L’enjeu de préserver la biodiversité en Algérie

L’enjeu de préserver biodiversité est crucial pour l’équilibre écologique en Algérie. La loi exige la protection de certaines espèces.  

La biodiversité en Algérie fait face à des défis grandissants, notamment en ce qui concerne la protection des oiseaux, des espèces précieuses tant pour l’environnement que pour les humains. Alors que le commerce illégal d’oiseaux prospère dans certains marchés, les autorités et les organisations multiplient les efforts pour encadrer ces pratiques et sensibiliser la population à l’importance de la préservation de ces espèces.

Une liste de 125 espèces d’oiseaux protégées en Algérie

Nafissa Mahieddine, sous-directrice de la faune et de la chasse sauvage au niveau de la Direction générale des forêts (DGF), souligne que la législation algérienne sur la protection des oiseaux repose principalement sur le décret 12-234. Ce texte fixe une liste de 125 espèces d’oiseaux protégées, incluant aussi bien des oiseaux terrestres que des espèces aquatiques. «En vertu de ce décret, toute commercialisation d’espèces provenant directement de la nature est strictement interdite, sauf pour les espèces exotiques issues d’un élevage réglementé selon des normes internationales. Cela permet de prévenir les risques sanitaires et d’éviter la transmission de maladies», déclare-t-elle.

Cependant, des défis subsistent, notamment pendant la saison estivale, où de nombreux touristes expriment le désir d’exporter des oiseaux exotiques comme les perroquets. Selon Mahieddine, «la Direction des forêts se retrouve souvent dans l’obligation de bloquer ces exportations en raison de l’absence de traçabilité sur l’origine de ces oiseaux», ajoute-t-elle. Ce manque de documentation soulève des préoccupations sanitaires, obligeant les autorités à agir avec prudence.

La vente illégale des chardonnerets interdite mais se poursuit

Le cas du chardonneret, espèce très prisée pour la beauté de son chant, illustre un autre problème majeur. Bien que cette espèce soit protégée, le commerce illégal persiste. «Si nous ne pouvons pas identifier clairement l’origine des chardonnerets, notamment s’ils ont été capturés dans la nature, la vente est interdite», explique Nafissa Mahieddine. Toutefois, elle précise que «l’élevage encadré de cette espèce est encouragé et pourrait à terme contribuer à limiter le braconnage».

En parallèle, la Direction des forêts travaille à l’élaboration d’une législation conforme à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), renforçant ainsi le cadre juridique de la protection des oiseaux en Algérie.

L’importance des réseaux de suivi des populations d’oiseaux

De son côté, Najiba Benjedda, sous-directrice des aires protégées et des habitats naturels au sein de la Direction générale des forêts, met en avant l’importance des réseaux de suivi des populations d’oiseaux pour mieux protéger ces espèces.

Elle explique que l’Algérie abrite de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, sédentaires et nicheurs, dont le suivi est assuré par un Réseau national d’observateurs ornithologues (RNOOA). Ce réseau, qui regroupe plus de 700 membres, collabore avec des partenaires internationaux tels que Wetlands International, afin de collecter et analyser les données sur les migrations d’oiseaux.

Le rôle de la communication dans la protection des espèces

L’objectif de ce réseau est non seulement de surveiller les corridors migratoires mais aussi d’identifier les espèces en danger afin de mettre en place des plans d’action adaptés. Des commissions spécialisées, telles que la commission scientifique et la commission d’homologation, sont responsables de la validation des données récoltées et de la formation des observateurs sur l’identification des espèces et les techniques de dénombrement.

La communication joue également un rôle clé dans la protection des oiseaux. Najiba Benjedda souligne que des campagnes de sensibilisation sont organisées chaque année à l’occasion des Journées mondiales des oiseaux migrateurs, en mai et en octobre. Ces événements permettent de transmettre des messages de protection et de sensibiliser le grand public aux menaces qui pèsent sur ces oiseaux, notamment la dégradation de leurs habitats naturels.

Les oiseaux sont menacés en Algérie

Les oiseaux en Algérie sont confrontés à plusieurs menaces, dont certaines sont directement liées à l’activité humaine et aux changements climatiques. La sécheresse, qui touche certaines zones humides, considérées comme des corridors migratoires cruciaux pour plusieurs espèces, perturbe la migration des oiseaux et réduit la biodiversité. Les impacts climatiques aggravent également la situation, créant des déséquilibres dans les écosystèmes et forçant certaines espèces à modifier leurs habitudes migratoires, augmentant ainsi le risque d’extinction pour les espèces les plus vulnérables.

D’un point de vue sociétal, la préservation des oiseaux est un enjeu d’intérêt public. Les marchés illégaux d’oiseaux posent un problème éthique et sanitaire. La chasse non régulée d’espèces protégées compromet l’équilibre écologique, tandis que le commerce clandestin d’oiseaux exotiques met en péril les efforts de conservation. La lutte contre le commerce illégal et la protection des oiseaux en Algérie exigent une coopération renforcée entre les autorités, les scientifiques et la société civile. Les mesures de protection existent déjà, notamment grâce à l’implication des réseaux de protection des oiseaux, et seule une action concertée permettra de protéger ces espèces fragiles et de garantir la préservation de la riche biodiversité.

Rostom Belgacem

 

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