Marché des valeurs mobilières : Vers une relance des activités boursières

Le marché financier national devrait connaître, bientôt, un nouveau départ à la faveur d’une série de mesures visant à assurer une plus grande flexibilité dans le traitement des dossiers d’introduction en bourse et de délivrance de visa pour émission de valeurs mobilières.

Un nouveau plan de relance de la Bourse d’Alger, initié par le ministère des Finances, est en cours d’exécution. Il porte notamment sur la révision du cadre juridique global du marché financier et l’ensemble des opérations boursières. L’objectif étant de permettre à ce marché de contribuer de manière significative au financement de l’économie. Convaincus de la nécessité de recourir au marché financier pour assurer un financement équilibré de la croissance économique du pays, les pouvoirs publics veulent aujourd’hui encourager l’épargne en l’orientant vers le financement des entreprises cotées en bourse.

Une révision du règlement général de la Bourse (n°03/97)a été donc engagée en concertation avec l’ensemble des acteurs de la place financière, tels que les banques, les institutions d’assurance et les courtiers. La privatisation partielle ou totale, via la Bourse, de certaines entreprises publiques éligibles, rentables et bénéficiaires, constitue, selon les spécialistes, une condition sine qua none pour stimuler l’activité boursière et améliorer sa contribution au développement de l’économie nationale.

«Une telle opération, si elle se limite à la cession de 30% par exemple du capital de ces entreprises, ne changerait en rien de leur caractère étatique. En revanche, elle améliorait la gouvernance, la transparence et produirait de nouvelles ressources au Trésor», soulignent les mêmes spécialistes. C’est la raison pour laquelle, le gouvernement s’apprête à procéder à une ouverture du capital de deux banques, en l’occurrence le CPA et la BDL. Leur introduction en bourse répond à la volonté des pouvoirs publics d’accélérer à la fois la modernisation du système bancaire national et la redynamisation de l’activité du marché boursier.

Lors d’une réunion du Conseil des ministres, tenue début avril dernier, Abdelmadjid Tebboune, faut-il le rappeler, avait officiellement instruit le gouvernement «d’accélérer le processus d’ouverture du capital social de banques publiques, sur la base de procédures rigoureusement étudiées, de sorte à favoriser le changement de leurs anciens modes de gestion, axés jusqu’ici sur des méthodes administratives au lieu de critères d’efficacité économique».

Lancée il y a plus de 26 ans, la Bourse d’Alger, faut-il souligner, ne compte actuellement que quatre entreprises cotées sur le marché principal. Il s’agit du Groupe Saidal, actif dans le secteur pharmaceutique, d’EGH El Aurassi, évoluant dans le secteur du tourisme, d’Alliance assurances, actif dans le secteur des assurances et de Biopharm qui opère dans le secteur pharmaceutique. Sur le compartiment des PME de la Bourse, une seule entreprise est cotée depuis décembre 2018. Il s’agit d’AOM Invest qui évolue dans le secteur du tourisme. C’est dire que l’admission escomptée du CPA et de la BDL à la cote officielle devrait favoriser la relance de son activité et lui permettre à terme de mieux contribuer à capter l’épargne domestique, en particulier celle fuyant les circuits officiels.

Par ailleurs, la finance islamique qui a fini aujourd’hui par s’affirmer en tant que système financier alternatif capable de satisfaire les besoins financiers d’une frange de la société, peut, elle aussi, intégrer le marché boursier à travers des placements conformes aux percepts de la Chariaâ.

C’est le cas des titres participatifs assimilés à des Sukuk d’investissement. Le Groupe AOM compte d’ailleurs en lancer sur le marché très bientôt. L’ Établissement financier spécialisé dans le crédit-bail, Maghreb leasing Algérie (MLA) est lui aussi en train de mûrir un projet dans ce sens, selon les déclarations de son P-dg,  El Amine Senouci. Cependant, l’Autorité de régulation du marché boursier national, en l’occurrence la Cosob, est convaincue aujourd’hui que la réforme de ce marché et sa relance ne peuvent se faire sans le développement d’une culture boursière au sein de la société. C’est pourquoi elle mène depuis quelque temps un travail de sensibilisation aussi bien auprès des investisseurs que des émetteurs sur les multiples possibilités que la bourse peut offrir en matière de financement, de placement et de produit de l’épargne.

Lyes Mechti

 Youcef Bouzenada, président de la Cosob : «La réforme du marché boursier est nécessaire»

La Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (Cosob) a pour mission principale d’organiser et de surveiller le marché national des valeurs mobilières. Son président, Youcef Bouzenada, estime, dans cet entretien, que la réforme de ce marché est aujourd’hui nécessaire, afin de dynamiser la bourse et la rendre plus attractive pour les entreprises.

 Quel regard portez-vous, globalement, sur le marché national des valeurs mobilières ?

Comme tout marché financier, le marché des valeurs mobilières en Algérie, permet à l’Etat et aux opérateurs économiques qui sont en quête de financement de lever des fonds auprès d’investisseurs ayant un excédent de liquidité.

De plus, il offre aux différents intervenants la possibilité d’échanger sur le marché secondaire des titres préalablement émis. En somme, le marché des valeurs mobilières joue un rôle important dans le financement de l’économie réelle, tout en donnant l’opportunité aux investisseurs de placer leur épargne. Actuellement le marché des titres de capital (Bourse d’Alger) compte 4 titres cotés sur le marché principal, réservé aux grandes sociétés, contre un seul titre sur le marché des PME. Quant au marché obligataire des titres cotés, il se limite aux obligations émises par le Trésor public, bien qu’il y ait eu plusieurs expériences réussies avec des émissions par des entreprises dans le passé.

A l’heure actuelle, en plus de la volonté des pouvoirs publics, notamment les 54 engagements du président Tebboune, il y a un travail qui se fait à travers le lancement de divers chantiers de réforme, depuis 2020 déjà.

Le marché des valeurs mobilières en Algérie possède un potentiel considérable lui permettant de mobiliser des fonds hors circuit bancaire, attirant ainsi l’épargne des ménages. Il peut également contribuer de manière significative aux efforts de diversification de l’économie nationale en offrant une source alternative de financement.

 

Justement, quelles sont les mesures prises en ce sens et qui devraient contribuer au développement des marchés de capitaux et de la bourse?

Je crois que la réforme est toujours nécessaire, surtout à l’heure actuelle. Elle permet d’harmoniser les mécanismes de fonctionnement avec les standards internationaux en la matière et de les adapter aux exigences internes actuelles, notamment à la dynamique que connait l’économie nationale durant ces trois dernières années.

Cette réforme doit passer principalement par l’actualisation du cadre réglementaire existant depuis plus de trois décennies, et l’adapter au contexte national et international. Aussi, il est nécessaire d’améliorer, d’un côté, l’offre en valeurs mobilières, particulièrement en actions, par le déploiement des leviers réglementaires et fiscaux permettant d’assurer une alimentation qualitative et quantitative du marché, mais aussi de moderniser, d’un autre côté, les systèmes de négociation et de règlement livraison. En outre, il faut également renforcer l’activité d’intermédiation en opérations de bourse en la digitalisant, car elle constitue la porte d’entrée à la bourse et le lien entre les investisseurs (acheteurs d’actions) et les sociétés cotées. Dans ce cadre il est recommandé de digitaliser l’activité à travers l’utilisation des plateformes électroniques et des applications mobiles de gestion des comptes de la clientèle. Ceci permet une meilleure utilisation et constitue un moyen de stimulation de la demande.

Au final, il est temps de mettre en place une stratégie d’éducation financière et boursière pour assurer une vulgarisation en continue des pratiques financières et de la culture boursière au profit des différentes franges de la population, notamment dans les écoles.

 

Comment expliquer la réticence des entreprises en matière d’introduction en bourse?

Plusieurs facteurs freinent l’engouement des entreprises pour le marché boursier. Je peux en citer quelques-uns notamment l’abondance du crédit bancaire. Je crois que l’accessibilité aux financements bancaires à des taux avantageux constitue l’un des principaux freins à l’introduction en bourse. Les entreprises préfèrent souvent cette source de financement classique plutôt que de faire appel aux marchés financiers. Il faut savoir aussi qu’en Algérie, de nombreuses entreprises sont familiales et détenues par un petit groupe de personnes. Cette structure d’entreprise ne favorise pas l’ouverture du capital et l’introduction de nouveaux associés. Il y a également la contrainte des statuts juridiques des entreprises algériennes, notamment les petites et moyennes entreprises qui sont constituées sous forme de Société à responsabilité limitée (Sarl) et non pas de Société par action (Spa). La règlementation en vigueur exige que les entreprises aient le statut juridique d’une Spa pour toute opération d’appel public à l’épargne, que ce soit sur le marché boursier ou le marché obligataire. Cette exigence limite donc les options pour de nombreuses entreprises qui souhaiteraient accéder à ce type de financement.

 

Les banques CPA et BDL s’apprêtent à opérer une introduction en bourse. Où en est l’opération?

Je pense que les banques concernées sont les mieux placées pour en parler. Cependant, il est important de savoir que le rôle de la Cosob dans tout processus d’introduction en bourse commence dès la réception de la notice d’information jusqu’à la délivrance de visa et s’achève par l’octroi de l’autorisation d’admission définitive. Une fois cette étape franchie, les sociétés deviennent cotées en bourse et sont soumises au contrôle de la Cosob, ainsi qu’aux exigences de publication d’informations financières. Cela garantit la transparence et la protection des investisseurs, conformément à la réglementation en vigueur. En tant qu’Autorité de régulation des marchés financiers, nous estimons que l’introduction en bourse de ces deux banques enverra un signal fort en faveur de la reprise de l’activité du marché financier. De plus, elle renforcera la confiance sur le marché et encouragera d’autres entreprises à s’introduire en bourse.

 

Qu’en est-il de l’implantation de la finance islamique, notamment de l’emprunt obligataire Halal ?

Le principal instrument financier islamique sur les marchés financiers notamment sur le marché obligataire c’est les Sukuk dont le cadre règlementaire est en cours d’élaboration. Toutefois, il existe d’autres instruments assimilés qui peuvent constituer temporairement un instrument alternatif. Il s’agit des titres participatifs dont la rémunération est basée sur un rendement espéré et dont la partie fixe (intérêt) est annulée. Ce type d’instrument obéit aux mêmes règles d’émission d’un titre normal, mais il doit disposer d’un certificat de conformité à la Chariaâ délivré par le Haut conseil islamique. Il est à noter que ce mode de financement a connu un succès et un engouement sur les marchés où il a été mis en place.

Entretien réalisé par Lyes Mechti

Bouton retour en haut de la page