Maison d’hôtes à Ath-Yenni: Une formule pour booster le tourisme domestique

Les sept villages d’Ath-Yenni coiffent des collines verdoyantes, à une quarantaine de kilomètres de Tizi-Ouzou. Avant d’y arriver, des  haltes  s’imposent  tout au long d’une  route qui, après le défilé étroit de Takhoukht, entame une ascension comme si elle partait à l’assaut du ciel.

Les vues panoramiques qu’offre le   Djurdjura qui se dresse en barrière,  tacheté de  plaques de neige, procurent déjà  du calme et apaisent. Les champs sont  dominés par  des  oliviers au feuillage presque noir et  ornés de  fleurs minuscules  avec quelques  pétales blancs et jaunes qui commencent à éclater.

Au terme de la  route qui déroule ses lacis, on finit par arriver dans cette commune de montagne où le   visiteur peut  prendre le temps  de se perdre dans des venelles tortueuses. Et  d’admirer, à nouveau, à partir des crêtes ou de l’auberge «Le bracelet d’argent» qui a rouvert ses portes, en  octobre 2023,  après des travaux de rénovation, une succession de  ravins et de  maquis. A deux pas de l’établissement,  quelques vaches qui tournent dans un enclos.

Transformé en hôtel, l’édifice  porte bien son nom.  Un vrai bijou dont le  décor,  mélange de modernité et de traditions,  donne un aspect original. À la terrasse, au restaurant et même au parking, le visiteur découvre d’autres sites. Les séquelles des terribles incendies de l’été 2022 sont toujours visibles mais la nature commence à reprendre ses droits.

Ce n’est pas seulement l’artisanat qui fait la renommée de la  localité. Beaucoup d’hommes célèbres en sont originaires, notamment   l’écrivain Mouloud Mammeri, Idir, Brahim Izri, le groupe Afous et Mohamed Arkoun. Sur la liste des célébrités figurent  aussi les noms de Mahieddine Khalef, Kasdi Merbah, les peintres Azwaw Mammeri et Ali Silem.

Mais à Taourirt-Mimoun, Aït-Lahcene ou Agouni-Ahmed, c’est surtout  la fabrication de bijoux qui  fait la réputation de la  communauté. En été, une fête qui se tientchaque année  attire des centaines de visiteurs qui viennent des quatre coins du pays.

Un  endroit où passer la nuit

Sami Cherrat, qui se présente comme militant associatif depuis  les années 90, se rappelle des années 70 et 80 où pendant les week-ends, des touristes, surtout étrangers, arrivaient par cars entiers. La romancière Ferroudja Ousmer confirme. « J’ai quitté mon village Aït-Larbaâ à l’âge de cinq ans, mais je revenais régulièrement pendant les vacances scolaires.

Des touristes se déversaient dans nos ruelles étroites et pentues, au grand bonheur des artisans », raconte-t-elle. Elle se souvient  des  femmes qui   sortaient de chez elles et s’agglutinaient devant l’atelier de Da Houna pour discuter avec des  visiteurs.

« L’atelier de Ramdane Nechiche, alias Da Houna, était le plus prisé. Les jeunes ont baptisé gentiment cet atelier Louis XIV en raison de son authenticité et rusticité », ajoute-t-elle.

Les enfants suivaient les touristes jusqu’aux bus. C’était un peu leur divertissement. Mais on a beau dire, Beni-Yenni, devenu depuis une daïra, manque de lieux d’hébergement.

À moins d’avoir des amis, on ne trouve pas, hormis à l’auberge qui compte une vingtaine de chambres, où passer la nuit. C’est ce manque qui a conduit quelques habitants à ouvrir leurs demeures aux touristes.

« Nous avons toujours rêvé de créer un lieu où les gens pourraient se ressourcer, loin de l’agitation quotidienne et répondre à la demande des touristes qui cherchent un endroit où passer la nuit», confie Cherat, propriétaire d’une maison d’hôtes en bordure du  village d’Aït-Lahcene.

Pour cet ancien chef cuisinier d’une société privée dans le Sud du pays, le lancement de la formule en vogue « logement chez l’habitant » représente une belle opportunité pour éviter le chômage.

Sa nouvelle demeure  a été transformée en maison d’hôtes  portant son nom. Une   nouvelle vie a commencé pour lui   après huit mois  de chômage.Pour réaménager un étage de sa maison en trois appartements, il lui a fallu plusieurs mois de travaux.

« Lorsque j’étais  dans le   Sud, j’ai confié sa construction à un entrepreneur, mais son travail n’a pas été à la hauteur de mes attentes. À l’intérieur, j’ai démoli une grande partie et réaménagé selon ma conception », confie-t-il. Le rez-de-chaussée compte trois appartements avec deux chambres ultramodernes, une cuisine bien équipée et une salle d’eau.

« Même si l’endroit peut accueillir beaucoup de touristes, seules 15 personnes peuvent y passer la nuit, conformément à la circulaire interministérielle du 16 juin 2012 relative au logement chez l’habitant », précise-t-il.

Il a ouvert ses portes lors de la célébration de la fête de Yennayer  en présence de l’ambassadrice de la Norvège et des touristes chinois et nationaux  venus d’Alger, Tipasa,  Blida et Boumerdès.    Il  a  fait savoir que les tarifs sont fixés à 7.000 DA avec le petit déjeuner, le déjeuner,  le dîner et même le goûter. Pour attirer plus de touristes, le propriétaire compte beaucoup sur les partenariats avec des agences de voyages et les réseaux sociaux. « Lors de la première journée on a reçu 400 personnes pour le dîner de Yennayer  », confie-t-il  avec satisfaction.

Au cœur de la nature

Pas trop loin, se dresse la maison  d’hôtes «Akviche chez Da Ouali ». En contrebas d’Aït Lahcen, le temps semble s’être arrêté. Mme Yasmine Deghoul, diplômée en tourisme et gérante de la belle bâtisse, est venue  de Draâ Ben Khedda où elle habite pour nous faire visiter l’endroit.

Son premier  objectif est de « promouvoir le tourisme domestique et de développer la notion de l’écotourisme chez le touriste algérien ».

Au total six chambres ont été aménagées pour accueillir jusqu’à à treize personnes,  dans   un véritable cocon alliant confort et charme d’antan. De la terrasse en surplomb,  on peut admirer des  villages en face, emprunter  des sentiers et prendre son café ou dîner  sous les étoiles.

La nuitée est tarifée à 3.000 DA par personne pour les chambres triples, les chambres doubles sont proposées à 4000 DA et  les repas à 1400 Da.

Selon elle, le service proposé  est le meilleur des standards hôteliers.  C’est une activité passionnante qui  touche à   la restauration, l’accueil, l’animation et aux  visites à l’extérieur.

Cerise sur le gâteau,  les hôtes  de « Da Ouali » sont invités à s’y rendre dans un  atelier de Ouali Degheb, propriétaire de la maison pour suivre tout le processus de fabrication de bijoux.

C’est une sorte de  petit musée où sont exposés  des bijoux très anciens, un phonographe, des   45-tours, des tableaux, des poteries et  objets en bois.

A chaque coin de la maison, l’immense patrimoine de la région s’étale. Les réseaux sociaux, pour notre interlocutrice, l’ont beaucoup aidée pour faire connaître la maison de son oncle. La relation entre les quatre maisons d’hôtes  de la  localité n’est pas concurrentielle.

« Quand  nous n’avons pas  de place chez nous,nous orientons nos invités vers nos confères », assure Mme Deghoul.

A l’en croire,   « la crise de la Covid-19 a donné un nouveau souffle au tourisme local et le retour des touristes dans les montagnes et zones rurales   est graduel ».

Durant la journée, des balades  dans les environs permettent de découvrir les charmes de  la campagne, des maisons traditionnelles,   de goûter à    la gastronomie locale  et de rencontrer  des  habitants. Ces endroits ne sont pas des lieux pour uniquement se reposer. Ceux qui y   séjournent   peuvent joindre l’utile  à l’agréable   et rentrer avec  des tas de  souvenirs et  ils songent bien souvent à revenir.

Samira Belabed

 

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