BoukhalfaLaâla, expert agricole : « L’Algérie peut devenir un pôle agricole par excellence »

Dans cet entretien, l’expert agricole BoukhalfaLaâla est revenu sur la performance du secteur agricole ainsi que sur les mesures prises par le président de la République pour faire de l’agriculture une véritable locomotive de l’économie nationale.

 

Propos recueillis par Amokrane H.

 

Comment analysez-vous la performance du secteur agricole ?

 

Tout d’abord, l’Algérie est un pays agricole par excellence. L’agriculture peut devenir la colonne vertébrale de l’économie nationale. En matière de sécurité alimentaire et de nutrition, nous sommes placés en tête par rapport aux pays arabes et africains et même ceux en zone verte comme les pays européens et autres, selon les rapports des organisations internationales, notamment l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui avait classé l’Algérie en première place aux niveaux arabe et africain, pendant trois années exécutives (2020, 2021 et 2022), en termes de concrétisation des objectifs du développement durable. Le forum économique de Davos avait aussi classé l’Algérie parmi les pays leaders dans le monde en matière de sécurité alimentaire à travers sa production nationale.

La production nationale couvre 75 % de nos besoins alimentaires, surtout pour les fruits et les légumes et les viandes blanches. Néanmoins, malgré ces avancées notables, nous restons dépendants des importations pour certains produits alimentaires stratégiques, tels que les céréales, les huiles, les viandes rouges, le sucre et la poudre de lait. L’importation de ces produits alimentaires stratégiques nous coûte une ardoise de dix milliards de dollars. Nous importons plus de 80 millions de quintaux de céréales pour un montant dépassant les 3 milliards de dollars. Nos besoins en céréales, surtout en blé tendre, dépassent les 100 millions de quintaux, alors que notre production locale se situe entre 25 à 45 millions de quintaux suivant les conditions climatiques. Cette faible production s’explique par diverses raisons, avec à leur tête les changements climatiques, les conséquences des effets de serre, les conflits mondiaux, surtout celui entre la Russie et l’Ukraine, également la crise sanitaire du coronavirus.

Justement, quelle appréciation faites-vous des mesures prises par l’État en faveur d’une agriculture productiviste ?

Le président de la République octroie des avantages particuliers et décisifs au secteur. Parmi les mesures prises en faveur de l’agriculture et des agriculteurs, notons l’augmentation des prix des céréales restitués aux unités de l’OAIC : le blé dur à 6000 DA le quintal, le blé tendre à 5000 DA le quintal, l’orge et le triticale à 3400 DA le quintal. Nous citons aussi le soutien des engrais qui passe de 20% à 50%, l’autorisation d’importation du matériel agricole et pièces de rechange, surtout les tracteurs dont l’âge n’excède pas les 5 ans, l’exonération des impôts et taxes pour certains produits agricoles, l’octroi des crédits d’investissement, le programme pour la construction des silos de stockage, pour atteindre la capacité de stockage de 90 millions de quintaux et la mise à la disposition des agriculteurs touchés par des sinistres, notamment la sécheresse et les incendies des semences et des engrais à titre gracieux. Avec l’ensemble de ces mesures, l’Algérie peut devenir un pôle agricole par excellence, produire ses propres besoins alimentaires et s’inscrire dans le cadre de l’exportation. À ne pas oublier également que parmi les orientations du président Tebboune, le passage obligatoire de l’agriculture traditionnelle à l’agriculture moderne par l’application des nouvelles technologies innovantes, surtout en matière d’irrigation intelligente, nous permettant de récupérer et d’économiser plus de 50 % de l’eau. L’application de ces nouvelles technologies innovantes nous permet de rehausser les rendements, d’améliorer la qualité et de réduire les coûts de production. Le chef de l’État insiste surtout sur la collaboration entre les structures de l’agriculture et l’université, source de savoir et de savoir-faire. Les start-up peuvent également contribuer au développement agricole par la création de fermes pilotes, surtout dans le secteur de l’élevage pour la production des viandes rouges, blanches et de lait. Il faut citer également parmi les mesures prises, la création de la Banque nationale des semences, dont la mission est la récupération de nos semences d’origine et d’apporter des améliorations continues sur les semences actuelles. Le président Tebboune accorde une importance cruciale à la réalisation des stations de purification des eaux usées pour les orienter vers l’agriculture. Avant 2000, l’Algérie ne disposait que d’une vingtaine de stations. Actuellement, on dispose de plus de 170 stations qui peuvent abriter un milliard de mètres cubes d’eau destinés au développement agricole.

Que pensez-vous de l’orientation de la stratégie vers les cultures sahariennes ?

L’orientation vers l’agriculture saharienne constitue une véritable opportunité pour assurer l’autosuffisance, réaliser la sécurité alimentaire et garantir même celle des futures générations. D’ailleurs, c’est l’objectif majeur du président de la République qui insiste sur la prise en charge des préoccupations des investisseurs intéressés par le développement de l’agriculture saharienne où les rendements sont plus consistants, pouvant aller jusqu’à 80 quintaux à l’hectare, alors qu’actuellement, le rendement national n’excède pas les 17 quintaux à l’hectare. Abdelmadjid Tebboune a donné une importance au développement agricole en général et aux filières agricoles stratégiques, notamment la céréaliculture et les plantes oléagineuses, particulièrement le tournesol, le colza, le soja et la betterave à sucre, avec la création de l’Office national de l’agriculture saharienne pour piloter ce programme ambitieux. Toutes les conditions sont réunies, notamment la disponibilité des périmètres agricoles, la source hydrique, l’ouverture des pistes pour permettre aux investisseurs de se déplacer, ainsi que les branchements électriques pour la réalisation des forages.

 

A.H

 

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