Agriculture saharienne :Des mégaprojets en perspective

Les pouvoirs publics mettent le paquet pour développer l’agriculture saharienne et n’ont d’yeux que pour le Sud, qui contribue à 26% à la production agricole. Ils veulent étendre la superficie arable et assurer la promotion et le développement des cultures dites stratégiques. L’extension des terres agricoles dans le Sud devrait atteindre un million d’hectares. L’orientation des autorités fut couronnée en 2020 par la mise en place de l’Office de développement de l’agriculture industrielle en terres sahariennes (ODAS). Sa mission ? La facilitation et la promotion de l’investissement agricole et agro-industriel par la mise en valeur des terres sahariennes et la gestion rationnelle du foncier. Dans le cadre de la promotion et de l’encouragement de l’investissement structurant dans le Sud, un portefeuille foncier de plus de 460.000 ha dédié aux investisseurs, dont plus de 283.517 ha ont été distribués au profit de 464 investisseurs. Le ministère annonce la création du couloir vert, tant pour les investisseurs nationaux que pour les étrangers intéressés par l’investissement agricole dans les wilayas du Sud, notamment dans les filières stratégiques, en leur accordant des facilitations pour bénéficier du foncier, d’autorisations de forage de puits et de raccordement au réseau électrique. Ce couloir vert s’inscrit dans le cadre d’une série de mesures prises par le gouvernement dans le cadre de ces efforts visant à assurer la sécurité alimentaire du pays, où il permettra la création de mégapoles intégrées pour le développement des filières stratégiques dans les wilayas du Sud. En raison des tensions géopolitiques qui ont affecté les prix des matières premières sur le marché mondial, la priorité a été aussi donnée aux cultures industrielles (maïs, plantes oléagineuses et betterave sucrière), le secteur vise à consacrer 45.000 ha à la culture des plantes oléagineuses durant l’année 2024. Il est aussi question du lancement du programme de production de la betterave sucrière dans le cadre des grands investissements dans les wilayas du Sud. Un programme est en cours pour la création d’un pôle spécialisé en production de la betterave sucrière dans la wilaya El-Méniaâ Le ministère œuvre à accélérer le rythme de mise en œuvre du programme de développement de la culture d’arbres fruitiers résistants avec le parachèvement des travaux sylvicoles programmés concernant 1,4 million de plants, dotés d’une enveloppe financière estimée à 2,4 milliards de DA. Les préparatifs sont en cours pour lancer une autre saison, à partir du mois d’octobre 2024, pour la plantation de 2,6 millions de plants, à l’instar des variétés d’amande, d’abricot, de pistache, d’argan et de noix à travers 37 wilayas montagneuses, steppiques et sahariennes. En 2024, un programme sera lancé pour planter un million d’oliviers et un million de palmiers, à travers des mécanismes de soutien et d’incitation au profit des agriculteurs.

MODERNISATION POUR PRÉPARER L’AGRICULTURE DE DEMAIN

En plus de vouloir révolutionner les techniques agricoles en modernisant les exploitations agricoles, en associant la recherche scientifique et les instituts de recherche, la démarche du ministère de l’Agriculture consiste aussi en l’introduction des technologies de pointe telles que les drones et les images satellite de l’Agence spatiale algérienne. L’objectif étant d’élaborer une carte nationale des sites et des capacités de production agricole. Le processus de cartographie est déjà en cours dans plusieurs régions du pays. L’innovation en agriculture couvre plusieurs domaines, notamment la protection des productions végétales avec des méthodes innovantes et, pourquoi pas, la création de fermes connectées. Des efforts sont déployés pour permettre une implication effective et efficace des start-up dans le développement de l’agriculture intelligente. L’Ecole nationale supérieure d’agronomie (ENSA) a lancé, il y a presque une année, un projet de coopération avec l’Université d’agronomie de Wageningen (Pays-Bas) pour la conception de serres intelligentes destinées aux cultures maraîchères dans les zones péri-urbaines du nord du pays. Par ailleurs, le ministère accélère le rythme de numérisation du secteur, notamment avec des bases de données des stocks stratégiques, la mise en œuvre de la plateforme de développement des technologies numériques au profit des agriculteurs et des investisseurs. En ce qui concerne la protection et la préservation des ressources biologiques, il est nécessaire de souligner l’importance de préserver les acquis dans le domaine de la production de semences, en particulier après avoir atteint l’autosuffisance en matière de production de semences de céréales, d’arbres fruitiers et de forêts. Ainsi, en 2024, le projet de banque de gènes, qui date de 1984 et compte une capacité de stockage initiale estimée à 80.000 variétés végétales et races animales, sera lancé. Il s’agit d’une continuation du projet de banque de semences lancé en 2022. Dans ce contexte, le ministère de l’Agriculture, à travers ses instituts scientifiques et techniques spécialisés, en coopération avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, continuera à développer des variétés pour s’adapter aux conditions climatiques. ­­Une stratégie a été élaborée pour développer la production céréalière, à travers laquelle des méthodes modernes seront appliquées pour améliorer la quantité et la qualité de la production, grâce à la création de comités locaux spécialisés composés de représentants de divers organismes et instituts techniques concernés. Le ministère anticipe également quant à la mise en place du plan de lutte contre les feux de forêt. L’accent sera mis sur la modernisation des mécanismes de suivi et de lutte, grâce à l’utilisation de technologies d’alerte précoce (drones).

PRODUCTION LAITIÈRE, FEUX DE FORÊT ET RECENSEMENT

Concernant la filière lait, il est attendu le lancement d’une unité de production d’une capacité de 1 million de litres par jour (complexe Giplait, Rouiba, Algzer), outre le développement de structures d’élevage pour la production de lait, la révision des mécanismes de soutien du lait cru et l’accompagnement des éleveurs, sans omettre le développement des structures d’élevage pour la production laitière tout en repensant les mécanismes d’accompagnement des éleveurs et la création de pépinières bovines. L’année sera également marquée par le lancement effectif du processus de recensement général de l’agriculture. Il aura lieu incessamment, rappelant que ce processus est considéré comme le troisième du genre depuis l’indépendance, après ceux de 1973 et 2001. Cette vaste opération nationale permettra la collecte de données statistiques complètes sur les investissements agricoles, qui fournirait une meilleure vision du secteur et permettrait le développement d’un système statistique efficace permettant de définir et de contrôler les politiques publiques et d’améliorer la prise de décision. Le plan anti-incendie consiste, aussi, en le renforcement du parc de camions, puisque 57 camions supplémentaires seront acquis en 2024, outre la réalisation de 2.713 km de pistes avec aménagement de sentiers forestiers avant juin 2024. Des travaux de protection des forêts contre les incendies seront également réalisés. Il s’agit de l’ouverture et de l’aménagement d’une superficie de 1.115 ha de tranchées pare-feu et la réalisation de 37 points d’eau. Concernant la réhabilitation du barrage vert, les travaux comprendront son aménagement à l’horizon 2030 sur une superficie de 4,7 millions d’hectares, qui concernera 13 wilayas, à travers 183 communes. Le plan d’action 2023-2030 vise à planter plus de 130 millions de plants.

A. H.

Cultures stratégiques : Agrodiv donne le ton

Les pouvoirs publics misent énormément sur les entreprises publiques activant dans le domaine des cultures stratégiques pour développer leurs projets respectifs, et ce, en leur facilitant l’accès à tous les avantages accordés par l’Etat. En plus de l’entreprise Cosider-Agrico, filiale du groupe public Cosider, de l’entreprise Agro-Alimentaire-Activité 3A SPA, filiale du groupe Sonatrach, de la société Global-Agri-Food, filiale du groupe Madar Holding, le groupe Agrodiv est en train de se déployer sur le terrain pour exploiter la plus grande partie des surfaces agricoles octroyées et, donc, participer à cet effort «d’augmentation de «la production céréalière et le développement des autres filières stratégiques en vue». L’État a mis en œuvre toutes les facilités possibles pour encourager l’investissement agricole, notamment en ce qui concerne l’émission de contrats de concession et de ressources hydriques, et ce, en coordination avec tous les secteurs concernés. On estime que toutes les conditions de réussite sont réunies aujourd’hui et que tous les moyens adéquats sont mis à la disposition des producteurs. Il y a lieu de noter l’existence d’une volonté politique réelle de la part des pouvoirs publics avec des instructions claires pour dynamiser la production céréalière, placée au cœur de la souveraineté alimentaire. Sans oublier le suivi quotidien du président de la République quant à la mise en œuvre de toutes les instructions et orientations présidentielles sur le terrain. Cela est constatable lors des différents Conseils des ministres où le chef de l’État est souvent revenu à la charge pour discuter de la mise en œuvre des décisions et des grandes lignes de la stratégie, et ce, dans le détail. Il est bien clair que les autorités veulent que les choses soient appliquées à la lettre. Agrodiv s’inscrit pleinement et durablement dans cette démarche visant le développement en amont et la promotion de la céréaliculture, notamment dans le Sud, et ce, pour contribuer à la diminution de la facture des importations qui ne peut se faire qu’à travers l’augmentation de la production. Il est grand temps que tout le monde s’inscrive dans cette politique pour, dans une première phase, diminuer cette facture à hauteur de 50%. Agrodiv est prêt à accompagner l’État dans l’application des mesures prises. Le temps de la réflexion est terminé, place au travail. Et le groupe public est très avancé dans la mise en œuvre des orientations présidentielles. Agrodiv est déjà sur le terrain pour monter des fermes susceptibles de porter au plus haut niveau la production. Pour ce faire, il compte déjà sur son expérience acquise. En effte, il a déjà réussi à développer une exploitation de 1.300 ha à Ouargla. Pour ce qui est d’Adrar, on annonce un investissement sur une superficie de 16.000 ha dédiée au blé dur, répartis sur trois fermes intelligentes. Le développement de cette assiette se fera de manière progressive. Enfin, le groupe public compte renforcer son déploiement sur le terrain pour développer en amont la céréaliculture, déjà forte d’un réseau de distribution de 400 points et de pas moins de 47 unités de production.

A. H.

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