Wassyla Tamzali: Une militante et un témoin de l’histoire

Celle qui exerça, dans ce qui s’apparente à une autre vie,le métier d’avocate auprès de la Cour d’Alger, a consacré beaucoup de temps, sinon toute sa vie,à la lutte pour les droits des femmes en Algérie et dans d’autres pays, notamment dans les Balkans.

Tamzali, qui,durant une vingtaine d’années dirigea le programme sur la condition des femmes de l’Unesco, incarne la figure de l’intellectuelle engagée contre diverses formes d’oppression et d’injustice.

Elle défend ardemment les droits des femmes et plaide pour une société plus égalitaire et inclusive. Son courage et sa détermination à briser les tabous et à questionner les normes établies font d’elle une figure emblématique de la lutte pour la justice sociale en Algérie et dans le monde arabe.

Elle a publié,en 2007,un récit à fort caractère autobiographique mais sans être intimiste, a-t-elle précisé,jeudi dernier,lors d’une séance de vente-dédicace à la librairie Cheikh de Tizi Ouzou.

«Une éducation algérienne : de la Révolution à la décennie noire», publié en 2007 chez les Editions Gallimard, continue d’être réédité. Après les Editions Chihab en 2013, il est paru en mai 2023 dans la collection Folio Histoire de son premier éditeur.

Le récit où elle articule histoire individuelle et collective fait référence au roman«L’Éducation sentimentale» de Gustave Flaubert a été traduit en arabe et révèle un processus d’apprentissage quia forgé sa personnalité et son caractère.

Rencontrée sur les lieux, l’auteure préfère être présentée comme militante des droits des femmes, plutôt que comme écrivaine.

«Les quelques livres que j’ai écrits sont le témoin d’un parcours de vie mais pas des œuvres littéraires», confie-t-elle.

Eveil dune génération

Dans son récit,Tamzali évoque son histoire sur fond d’éveil d’une génération qui a vécu l’Indépendance et les éléments de la vie qui ont nourri ses espoirs de vivre après la libération, la liberté. Elle relate également la grande histoire de sa famille et son développement sentimental. Selon elle,l’ouvrage donne aussi beaucoup de renseignements sur la période des années 1960, peu abordée et documentée par la littérature. «On a l’impression que rien ne s’est passé juste après l’Indépendance,alors qu’en réalité, il y avait ce qu’on peut appeler l’utopie nourrie des valeurs de la Révolution algérienne», fait-elle remarquer. Elle a tenu à expliquer que l’utopie n’est pas un rêve creux, mais quelque chose qui se construit sur la réalité. Elle met en lumière l’impact de la guerre de Libération sur la condition des Algériennes qui ont dû faire face dans la période post-indépendance à de nouveaux défis.

Tamzali, qui fréquentait assidûment la cinémathèque d’Alger,dévoile la source de l’utopie dans son deuxième livre,«En attendant Omar Gatlato», réédité et enrichi par des archives personnelles – tickets, invitations, photos – qu’elle a retrouvées.

Le cinéma, rappelle-t-elle,est le lieu où cette croyance en«une Algérie de gaité, de liberté et de poésie s’est créée».Elle fait revivre cette période où«Omar Gatlato»de Allouache, sorti en 1976,fait émerger le sujet, l’individu dans un cinéma dominé, jusque-là ,par des films qui s’inspiraient de la guerre de Libération ou des chantiers de transformation sociale. Les souvenirs de celle qui travailla dans la revue«Les Deux écrans» sont émaillés d’anecdotes savoureuses. Elle considère le 7eArt comme un précieux patrimoine qui peut intéresser les chercheurs car pour elle,«la société elle-même a besoin d’une mémoire».

Âgée de 83 ans, Mme Tamzali continue de militer pour les droits des femmes et d’accompagner auteurs et artistes émergents. Depuis toujours , les Algériennes ont lutté contre les discriminations et poursuivi cette quête d’égalité.

Pour elle, l’écriture est un moyen de témoigner des événements qui ont marqué sa vie et son pays. Son œuvre se veut un cri de révolte contre les injustices subies par les femmes et un appel à la lutte pour leur émancipation. A travers ses écrits, elle invite à la réflexion et à la prise de conscience pour stopper toutes les dérives.

Elle rappelle l’importance de défendre les valeurs universelles de liberté, d’égalité et de dignité humaine. Mais s’agissant du système onusien où elle a longtemps exercé, elle estime que celui-ci a montré ses limites devant tous les conflits qui agitent le monde.

 

Samira Belabed

 

 

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