Nadjib Drouiche, directeur de l’Agence nationale des résultats de la recherche et du développement technologique : «L’Algérie s’engage dans une gestion responsable de ses ressources hydriques»

La gestion rationnelle de l’eau pendant le mois de Ramadhan est une démonstration claire de l’engagement du gouvernement envers la durabilité environnementale et le bien-être du citoyen. La gestion responsable de l’eau a été identifiée comme une priorité majeure lors de la dernière réunion du gouvernement, présidée par le Premier ministre. Nadjib Drouiche, directeur de l’Agence nationale des résultats de la recherche et du développement technologique et membre du réseau parlementaire de l’environnement et du climat, reconnaît dans cet entretien l’importance critique de la préservation de ses ressources en eau, la promotion des comportements éco-responsables et l’optimisation des systèmes d’approvisionnement en eau.

Quelles stratégies et actions concrètes peuvent être mises en œuvre pour renforcer la sécurité hydrique, surmonter les déficits prévus entre la demande et l’offre d’eau au mois de Ramadhan et assurer une gestion durable et intégrée des ressources en eau?

L’Algérie fait face, actuellement, à une pression sans précédent sur ses ressources en eau, phénomène exacerbé par la croissance rapide de sa population. Les projections indiquent qu’avec les pratiques actuelles, le pays se dirige inévitablement vers un déficit entre la demande anticipée et l’offre disponible en eau. Par ailleurs, la persistance d’une pénurie chronique d’eau, l’incertitude hydrologique et les phénomènes météorologiques extrêmes attribués au changement climatique sont reconnus comme étant parmi les plus grandes menaces pour la sécurité hydrique du pays. Face à ces défis complexes inhérents à la rareté des ressources en eau, une réévaluation fondamentale de la gestion de ces ressources et des services connexes s’avère impérative.

Pour pallier les risques croissants liés à la sécurité hydrique, à la pénurie d’eau et à l’incertitude grandissante, des investissements substantiels dans le renforcement institutionnel, la gestion de l’information, ainsi que le développement d’infrastructures, qu’elles soient naturelles ou artificielles, s’avèrent indispensables. Dans cette optique, des outils institutionnels, tels que les cadres juridiques et réglementaires, la tarification de l’eau et les incitations doivent être déployés afin d’optimiser la répartition, la régulation et la conservation des ressources en eau. La mise en place de systèmes d’information est également cruciale pour la surveillance des ressources, la prise de décision en situation d’incertitude, l’analyse des systèmes et la prévision des phénomènes hydrométéorologiques, avec pour objectif ultime d’assurer une gestion plus efficiente. Ainsi, explorer des investissements novateurs dans des technologies visant à améliorer la productivité, conserver et  protéger les ressources en eau, ainsi que promouvoir le recyclage des eaux pluviales et usées apparaît comme une nécessité.

Parallèlement, le développement de sources d’eau non conventionnelles et l’exploration de possibilités pour améliorer le stockage de l’eau, notamment par la recharge des nappes phréatiques, doivent être envisagés. La rapide diffusion et l’adaptation, ou l’application adéquate, de ces avancées technologiques et pratiques seront incontournables pour renforcer la sécurité hydrique à l’échelle nationale. En somme, la réalisation de la sécurité hydrique nécessitera une approche intégrée et à long terme.

Comment l’Algérie peut-elle concrètement instaurer une distribution équitable de l’eau et mettre en place des pratiques durables pour gérer efficacement ses ressources hydriques?

En ce qui concerne la nécessité de réviser la distribution, il serait judicieux d’accentuer davantage la mobilisation des eaux destinées à la consommation humaine, en augmentant l’utilisation d’eaux usées traitées, tout en prenant les mesures nécessaires, notamment dans les secteurs agricole et industriel.

En effet, la promotion de l’utilisation des eaux usées épurées, de manière régulée et conforme aux normes, dans l’agriculture et l’industrie peut significativement accroître la disponibilité des ressources hydriques destinées à la consommation humaine. La rationalisation de l’utilisation des eaux agricoles par le biais de l’innovation représente également un levier essentiel pour augmenter la mobilisation des ressources en eau destinées à la consommation humaine.

Cette démarche s’inscrit dans une perspective de gestion durable des ressources en eau, reflétant la volonté de concilier les impératifs de développement socio-économique avec la préservation judicieuse des précieuses ressources en eau du pays.

Comment le problème persistant du gaspillage d’eau peut-il être abordé de manière plus efficace au sein de la société algérienne?

Selon l’avis de plusieurs experts et rapports scientifiques, il est largement prévu que l’Algérie fera face à des pénuries d’eau d’ici 2050. Dans cette perspective, la gestion intégrée des ressources en eau émerge comme l’option la plus viable pour surmonter cette crise imminente, dont les signes précurseurs sont déjà perceptibles. La préservation de l’eau doit constituer une composante essentielle de cette approche, mettant particulièrement l’accent sur la sensibilisation et la participation active des citoyens.

L’intégration des enseignements islamiques sur la conservation de l’eau dans les discours des imams, le domaine éducatif et les médias pourraient jouer un rôle crucial pour sensibiliser le public à l’impératif de gérer la pénurie d’eau. Cependant, cette initiative doit être soigneusement coordonnée et impliquer toutes les parties prenantes, s’intégrant harmonieusement dans la gestion globale des ressources en eau. Les activités de préservation de l’eau exigent des changements comportementaux, souvent de progression lente. Par conséquent, la mise en œuvre de plans d’action à long terme est essentielle, car les initiatives ponctuelles et isolées s’avèrent inefficaces.

Le lancement de projets pilotes de sensibilisation du public, suivis d’ajustements pertinents, puis de leur reproduction à plus grande échelle constituent une approche judicieuse. Parallèlement, l’introduction du concept d’empreinte hydrique dans les manuels scolaires dès le jeune âge pourrait inculquer aux citoyens la valeur de la conservation de l’eau. Un exemple concret de gestion réussie de la crise de l’eau peut être tiré de la ville du Cap en Afrique du Sud, qui a évité de peu le jour zéro de la sécheresse en 2018.

La ville a pris des mesures drastiques, telles que l’interdiction de remplir les piscines, de laver les voitures et la limitation de la consommation d’eau à 50 litres par jour. Une augmentation des tarifs de l’eau et la mise en place d’un nouveau système de pression ont également contribué à réduire la consommation.

Justement comment susciter une prise de conscience significative, notamment au mois de Ramadhan?

Le schéma de distribution de l’eau potable pourrait être adapté en fonction des besoins quotidiens des ménages pendant le mois sacré de Ramadhan, en particulier pour la préparation des repas. Cependant, la question de savoir si la sensibilisation de la population est suffisante pour susciter une prise de conscience effective parmi les citoyens demeure pertinente. Il est évident que la sensibilisation seule peut ne pas être entièrement efficace, et c’est ici que la vulgarisation scientifique ciblée et intelligente entre en jeu.

Le ministère des Ressources en eau, à travers ses agences telles que SEAAL, ONA, SEOR, AGIRE, investit dans des moyens innovants pour atteindre son public cible, à savoir les décideurs politiques et les consommateurs, qu’ils soient industriels ou résidentiels. Une sensibilisation améliorée contribue non seulement à améliorer les moyens de subsistance des populations, en particulier dans les régions confrontées à un stress hydrique, mais aussi à soutenir une transformation sociale. Cette transformation vise à expliquer l’urgence de minimiser l’empreinte de l’eau, à optimiser l’efficacité de l’utilisation de l’eau douce et à promouvoir une gestion durable de l’eau dans le contexte d’une économie circulaire.

Dans la région d’Alger et la wilaya de Tipasa, la SEAAL a initié diverses actions visant à promouvoir la diffusion, la formation et la sensibilisation environnementale dans le domaine de l’eau. L’objectif est d’encourager l’acquisition de connaissances tout en favorisant un changement de mentalité, érigeant ainsi la durabilité environnementale en principe directeur. Étant donné que la gestion de la ressource en eau est une responsabilité collective, l’adoption de bonnes pratiques par les usagers et les compagnies du service public de l’eau peut contribuer à atténuer l’épuisement des ressources en eau disponibles. Les améliorations technologiques des infrastructures d’approvisionnement en eau joueront un rôle essentiel dans la sécurisation de l’approvisionnement futur. Il est reconnu que l’une des méthodes les plus économiques et efficaces pour réduire le risque de stress hydrique est de réduire la consommation. Toutefois, en Algérie, où les modes de vie sont souvent gourmands en eau, la compréhension des facteurs qui peuvent conduire à une réduction de la consommation à long terme est cruciale.

Les modèles de comportement pro-environnemental identifient deux types de comportement : rationnel, basé sur l’information, et pro-social, tenant compte de l’éthique individuelle. La plupart des consommateurs ont une évaluation irréaliste de leur consommation d’eau, en se concentrant souvent uniquement sur la consommation directe et négligeant l’utilisation indirecte de l’eau dans la production de biens. Le concept d’empreinte hydrique (Water Footprint – WF) émerge comme un outil analytique permettant d’analyser les choix de consommation de l’eau et de les transformer en pratiques plus durables.

Comment pouvons encourager une transition vers un mode de vie écologiquement responsable, axé sur la réduction de la pollution et la conservation des ressources naturelles?

Le mois du Ramadhan, avec ses activités, prières et habitudes alimentaires distinctes, offre une opportunité propice à la transition vers un mode de vie vert, caractérisé par le respect de l’environnement, la réduction de la pollution, l’élimination du gaspillage et la conservation des ressources naturelles, en particulier de l’eau. L’adoption d’un mode de vie écologiquement responsable vise à améliorer la qualité de vie tout en promouvant le développement durable.

Les enseignements du Saint Coran et des Hadiths guident les croyants vers les principes de justice sociale et d’équité, les incitant à pratiquer la préservation des ressources naturelles, en accordant une attention particulière à la conservation de l’eau. Selon les préceptes de l’Islam, l’eau est considérée comme une ressource collective et un droit fondamental pour l’ensemble de l’humanité.

Pensez-vous que les mosquées sont à même de contribuer à instiguer un changement de comportement significatif?

Dans le contexte islamique, les imams, en tant que leaders communautaires jouant un rôle central dans la transmission des enseignements islamiques, sont des acteurs essentiels pour sensibiliser le public à la conservation de l’eau à travers les mosquées. Pour ce faire, ils devraient bénéficier d’une formation adéquate et d’une information approfondie sur les questions liées à l’eau, notamment sur les pénuries, les pratiques de conservation et la nécessité d’engager le public.

Les spécialistes de l’eau ont ainsi la responsabilité de former, éduquer et informer les imams, en mettant à leur disposition des outils et du matériel audiovisuel facilitant leur mission éducative.

Entretien réalisé par Assia Boucetta

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