Recueil de nouvelles de Mustapha Bouchareb: Âmes sous l’emprise de démons

Comme à son accoutumée, Mustapha Bouchareb présente l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus beau et de plus laid.

C’est l’indicible faculté de basculer de la douceur et de la bonté à l’horreur et à la cruauté que traite l’auteur de «Fatwa»- prix Mohammed-Dib 2016- dans 8 nouvelles qui composent son recueil publié aux éditions Aram en 2023.

«Rue des femmes enceintes», titre du recueil de la première nouvelle, a pour décor Riyad en Arabie saoudite. Trois femmes, une veuve et deux divorcées, se rendent,tous les jeudis, dans un quartier éponyme où des femmes enceintes ont l’habitude de venir marcher, bien qu’elles ne soient ni mariées ni enceintes.

Toute sont hérité de fortunes et ne se privent de rien.Leur jeunesse de fortunées fait naître chez elles un sentiment d’arrogance et de puissance décrit avec subtilité. Cette arrogance poussera la narratrice,Hathloul, à commettre l’irréparable et détruire la vie d’un homme qui a osé rester indifférent à son charme et à celui de ses acolytes.

De la première à la dernière nouvelle, la violence est omniprésente. Souvent gratuite, elle naît d’un sentiment de jalousie, d’envie et de haine qui nourrissent le désir de vengeance qui transforme le plus docile des êtres en bête meurtrière capable du pire. Autre détail,le nom d’une ville, Seg, que l’auteur situe à 150 km d’Alger, où se déroulent les événements de la majorité des histoires et d’où sont originaires des protagonistes de quelques récits.

Dans «Monserrat», nom d’un vin algérien célèbre,il raconte l’histoire d’un groupe de quatre lycéens, dont le narrateur, une personne insignifiante et effacée, fréquente trois gamins de son âge, aux noms insolites : Yourouba, Kisra et Labalise. Ce sentiment d’effacement conduit au pire.

Après une beuverie,les gamins se retrouvent au milieu d’une bagarre, avec des jeunes du quartier jouxtant leur lycée.Celui qui ne montre habituellement aucun signe de violence commet l’irréparable. Après avoir évité de se mêler à la rixe, il s’en prend sans réfléchir à un des jeunes de la bande rivale, auquel il assène plusieurs coups de pierre sur la tête. Geste fatal qui conduira ses camarades en prison, et non pas lui. Personne n’avait remarqué sa présence durant l’affrontement.

S’il n’y a pas de meurtre dans «Fedala», la mort est tout aussi présente et violente. La jalousie et l’envie détruisent une amitié entre deux adolescents issus de Seg. La providence se charge d’accomplir les desseins inavoués de l’opprimé de l’histoire.

«Aksoum-is»,(sa chaire, en kabyle),est digne d’un film d’horreur. Toujours à Seg, durant la guerre de Libération, trois amis deviennent, par la force des choses, les pires ennemis. Abbad, Mennacer et Malleki, les protagonistes de cette nouvelle, sont amis depuis leur tendre enfance. Adultes, la vie leur dessine des chemins différents qui seront à l’origine de destins funestes. Mennacer, jaloux d’Abbad commet deux actes abjects.

Après avoir assassiné Abbad, il ose s’en prendre à sa femme dont le charme et la beauté sont à l’origine de la jalousie et de la haine qu’il porte à sa victime. Malleki,chargé par les maquisards d’exécuter Mennacer,collaborateur de l’armée française, ne se contentera pas d’accomplir sa mission. Il assouvira son désir de vengeance d’une manière atroce qu’il n’avouera,à la femme de son défunt ami, que des années après l’indépendance.

«Bakounine», «337», «Prédateur», «Deux sœurs», sont d’autres nouvelles où intrigues politiques, enquêtes policières, violence et délinquance, jalousie, trahison, vengeance mènent à l’acte ultime, la mort, par laquelle se terminent toutes les histoires.

Bouchareb aborde, de manière subtile, la violence enfouie en chaque être humain. Elle est tapie comme une bête féroce, guettant le moment propice ou l’excuse ultime pour s’exprimer et faire du plus docile des hommes un criminel et un sanguinaire.

 Hakim Metref

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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