Abdelkader Bendameche, directeur de l’AARC : «Nous contre-attaquons l’appropriation culturelle»

Abdelkader Bendameche est directeur de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) depuis mars 2019 dont le siège se situe à Dar Abdelatif. Il est profondément ancré dans la culture, la valorisation du patrimoine algérien et sa préservation depuis son plus jeune âge. Dans cet entretien, il révèle riposter « aux tentatives d’appropriation culturelle d’un pays voisin » et détaille les missions de l’AARC.

 
Quelles sont les missions de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel ?
L’AARC a connu des moments très forts dès sa création en 2008, d’abord en tant qu’établissement public à caractère industriel et commercial et puis, ces dernières années, elle a connu un petit revers. Depuis 2019 on a repris les choses en main et puis nous nous sommes installés au sein de ce magnifique monument historique qui est voué aux artistes.
Il a été offert aux artistes à un moment donné de l’histoire parce que cette bâtisse a été construite en 1715 par un dignitaire turc de l’époque et puis après au cours de l’histoire elle a été rachetée par un Algérien qui s’appelle Abdelatif qui l’a offerte aux artistes. Depuis, cette tradition s’est perpétuée. Quelques 200 artistes de renommée mondiale sont passées par là. C’est devenu aussi une résidence. Une résidence d’écriture, une résidence de production d’art plastiques et de toutes les formes artistiques. Les gens viennent de partout dans le monde. Ils y disposent d’un hébergement et de toutes les conditions idoines pour terminer leurs œuvres ou les commencer.
L’Etat algérien, dès l’indépendance a continué cette histoire. Cela n’a pas fonctionné comme il se doit, mais depuis 2008 c’est devenu un établissement qui met en valeur et fait rayonner les productions artistiques de par le monde. Puisque la principale mission de l’AARC c’est l’action culturelle et le rayonnement à travers le monde. La seconde mission est d’accueillir toutes les productions artistiques du monde et vice-versa.
Quels sont les artistes qui vont représenter l’Algérie à l’exposition universelle de Dubaï ?
Actuellement, nous sommes présents à Dubaï. Nous avons mis en valeur un coté musical. Mais cela ne suffit pas car l’exposition dure 6 mois. Il faut encore plusieurs initiatives pour montrer la culture, la touche algérienne, l’identité algérienne, la présence de l’Algérie dans le monde.
Pour l’instant c’est le groupe Dey qui représente l’Algérie. Il domine aujourd’hui l’actualité, produit beaucoup et connait un franc succès. Il y a d’autres groupes aussi auxquels nous pourrons faire appel en temps voulu. Une artiste de Tizi-Ouzou va bientôt partir et en janvier d’autres artistes et ce jusqu’à la fin de l’exposition universelle. Nous avons jugé utile, et c’est une décision qui vient du gouvernement, d’augmenter la participation algérienne et nous sommes entrain de réfléchir à comment occuper la place à Dubaï.
Quels artistes sont passés par l’AARC ?
Il y a beaucoup de grands écrivains, de grands peintres. Depuis mon arrivée, nous avons fait des résidences d’art plastique, musicales… Il y a des gens du Sénégal, du Canada, de France et de Tunisie qui sont venus. On prône et réalise un brassage culturel pour la création d’œuvres inédites. Ce brassage culturel est pour dire que finalement la culture est un véhicule de paix, de tolérance, de vivre-ensemble. Qui est contre la guerre, l’animosité à ce que nous sommes entrain de vivre maintenant.
Quel a été l’impact de la Covid ?
Nos activités n’ont pas cessé avec la Covid. Nous n’avons pas réalisé de grands spectacles en présence du public. Nous l’avons fait quelques fois mais suite aux grandes décisions du gouvernement vu la situation sanitaire, il a fallu cesser les événements en présentiel qui rassemblent un grand public. Néanmoins, nous avons utilisé le virtuel et nous avons réussi cela car il y a eu beaucoup de rencontres à l’international. En arts plastiques par exemple, nous avons fait visiter les ateliers de beaucoup d’artistes à travers le monde mais aussi algériens. Nous avons organisé et diffusé des concerts chaque semaine avec une audience très importante par rapport aux concerts avec un public en présentiel. Ici nous sommes limités à 200 spectateurs mais quand c’est en ligne nous touchons 1000 voire 10000 spectateurs parfois !
L’activité a donc simplement été transformée avec en toile de fond notre volonté que l’artiste ne soit pas marginalisé. Car le premier à être sanctionné dans cette histoire là c’est l’artiste. C’est lui qui a accusé le coup lors de la pandémie avec les fermetures de salles et toutes les limitations. Nous avons milité dans le sens contraire et avons permis à beaucoup d’artistes de travailler. Nous avons même demandé des sponsors comme l’ONDA, le Syndicat des musiciens d’Alger, et avons réalisé beaucoup d’activité ici, sans public mais en direct sur les réseaux sociaux.
Quels sont vos projets actuels ?
Vu la situation sanitaire actuelle où il est question d’un pic de contaminations, une réduction des activités culturelle est envisagée. Nous sommes à l’écoute de ce qui se passe autour de nous. Nous attendons alors mais nous préparons. Nous préparons beaucoup de choses, par exemple des tournées artistiques vers l’Est et l’Ouest. En parallèle, des gens de l’Est et de l’Ouest vont venir à Alger, d’autres du sud également. On a aussi organisé des grands événements comme le Mawlid ennabaoui à l’Opéra avec des artistes qui sont venus des quatre coins de l’Algérie.
Ces derniers temps, nous sommes entrain de développer une sorte de contre-attaque d’un pays voisin qui cherche à s’approprier des schémas et productions culturels de notre pays. De la littérature populaire par exemple qui est notre et qu’ils sont entrain de préparer des dossiers pour l’UNESCO. C’est de l’appropriation de notre travail, notre culture, identité et expression culturelle algérienne. Maintenant nous sommes entrain de travailler pour les en dissuader car c’est notre produit et notre patrimoine. Nous fournissons les preuves nécessaires pour étoffer nos propos en organisant des séminaires et rencontrent historiques pour corroborer cela. Ils se dérouleront à la fin de l’année et début janvier. Ceci afin de contre-attaquer les tentatives d’appropriation culturelle de ce pays. Evidemment, d’autres événements, tels que des tournées et expositions de grande valeur vont être organisées. Nous allons bientôt organiser une grande rencontre au sein de la nouvelle galerie du CIC, ce sera quelque chose d’exceptionnel car nous allons l’occuper pour montrer toute la diversité des arts plastiques algériens et en montrer toute sa force et son étendue.
Entretien réalisé par Sarra Chaoui