Abdelkader Dahdouh, universitaire et chercheur : «Le trafic des biens culturels ne doit pas être sous-estimé»

Le nombre important de sites historiques et archéologiques dont recèle l’Algérie, et l’étendue de son territoire, font d’elle une cible de choix pour les trafiquants et pilleurs de biens culturels. Cependant, «nous ne pouvons pas parler de trafic à grande échelle et de réseaux organisés comme c’est le cas dans beaucoup de pays», a déclare l’universitaire et chercheur Abdelkader Dahdouh, ancien directeur de  l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC).

L’Algérie, affirme Dahdouh, n’a pas lésiné sur les moyens pour protéger et préserver son patrimoine culturel. «Un intérêt que traduit le nombre important de textes et de lois que consacre l’Etat à la protection du patrimoine, ainsi que le nombre d’organismes impliqués dans la lutte contre le trafic et la vente illicite de biens culturels», ajoute-t-il. Lancien directeur de l’OGEBC rappelle que tous les corps constitués possèdent des cellules et brigades spécialisées dans la protection du patrimoine et la lutte contre son le trafic. Il souligne qu’au niveau des douanes algériennes, il existe des spécialistes pour identifier les pièces archéologiques et tout ce qui constitue un bien culturel classé et protégé.
Les statistiques et les chiffres déclarés annuellement par ces différents services concernant la récupération de pièces archéologiques volées démontrent leur vigilance et leur connaissance de ces biens.
D’autre part, Dahdouh souligne que le nombre important de sites archéologiques dont dispose l’Algérie  et qui dépasse les 15.000 identifiés et connus dont 1.043 classés au patrimoine national protégé, fait qu’il est difficile de les couvrir et les protéger complètement. Il ajoute que le manque de prise de conscience du citoyen sur son patrimoine culturel et son importance, constitue également une entrave dans la lutte contre le trafic et le pillage. Cependant, souligne Dahdouh, on ne peut pas parler de trafic à grande échelle et dire que les opérations enregistrées constituent un danger pour notre patrimoine culturel. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer cette activité délictueuse et la sous-estimer. Il signale aussi qu’un grand nombre de sites n’a pas encore été identifié où découvert par les experts. «Ce sont ces sites qui sont plus exposés au pillage et au vandalisme», affirme-t-il.
Pour les biens concernés, il affirme qu’il s’agit généralement de pièces de monnaie et autre objets de petite facilement transportables. Les délits, ajoute-t-il, sont souvent enregistrés aux frontières Est du pays et dans les régions des haut plateaux. Même si les frontières Sud de l’Algérie sont plus vastes, le trafic n’y est pas aussi important qu’à l’Est.
L’ancien directeur de l’OGEBC affirme que l’Office est chargé de la gestion des biens protégés et n’a pas les moyens et les prérogatives d’intervenir sur d’autres sites. Il préconise l’élargissement des prérogatives de l’Office et l’augmentation de ses moyens financiers et humains, afin de lui permettre d’assurer une meilleure protection des biens culturels.
Hakim Metref