Abdelkader Missoum, pédagogue et coordinateur national des écoles associées à l’Unesco : «L’élève doit être acteur de ses apprentissages»

Le pédagogue, formateur et coordinateur national des écoles associées à l’Unesco, Abdelkader Missoum, décortique l’état des lieux de l’école et propose un changement de mentalité à tous les niveaux pour basculer dans l’enseignement moderne avec des méthodes nouvelles.

Les épreuves du BEM ont commencé. Pensez-vous que les candidats sont assez préparés pour affronter cet examen ?
Les élèves ne sont jamais complétement prêts. Ils ont des lacunes dans une matière ou un cours. De fait, la question des acquisitions se pose partout dans le monde comme en Algérie. Et pour cause, la méthodologie suivie dans les apprentissages en est l’une d’elles. Autrement dit, l’enseignement classique qui a débuté au début du XXe siècle est arrivé à expiration. Tous les secteurs ont fait leur révolution avec l’avènement de l’internet et les progrès enregistrés dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pourquoi pas l’éducation ? L’Unesco et d’autres organisations ont réfléchi à la meilleure manière d’inculquer des connaissances aux apprenants. Parmi ces principes mis en œuvre, je cite la nécessité pour l’élève d’être acteur de ses apprentissages.
Cette démarche moderne figure dans nos programmes scolaires mais n’est pas prise en compte. La classe inversée consiste donc à apprendre son cours à la maison, une fois en classe, l’élève pose des questions et à l’enseignant d’y répondre. Contrairement à l’enseignement classique, où la leçon est dispensée à l’école et l’élève révise chez lui pour approfondir ses connaissances.
Justement, l’introduction des technologies de l’information et de la communication dans le système scolaire peine à se faire. Quelles en sont les raisons?
Le e-learning a été lancé au début des années 2000. D’ailleurs, un budget lui a été alloué depuis 2006 pour l’acquisition d’équipements informatiques pour les établissements scolaires. Par la suite, la réforme et la loi d’orientation de 2008 comptent des dispositions dans ce sens. Quelques écoles ont bénéficié de ce matériel, qui est actuellement obsolète vu les progrès enregistrés dans le domaine. En somme, le projet a stagné et la numérisation n’est pas à l’ordre du jour dans le système scolaire. Dans ce sillage, la pandémie de la Covid-19 est venue nous rappeler notre retard et notre négligence. S’il y avait un minimum de recours aux TIC dans l’enseignement et la gestion des établissements, il n’y aurait pas eu une confusion dans la prise de décision. Dès lors, il suffisait juste d’améliorer la situation et permettre ainsi aux élèves de poursuivre leurs cours à domicile via les moyens existants.
Les programmes sont conçus de sorte qu’ils soient adéquats à l’âge et aux aptitudes intellectuelles de l’élève. Chaque année le prépare pour la prochaine. Qu’en pensez-vous ?
Absolument. Le cursus scolaire est une chaîne continue. Un chaînon se brise et ce sont les acquisitions qui en prennent un coup. Ces dernières années ont été difficiles pour la famille de l’éducation. La pandémie a impacté les élèves qui se sont vu priver de certains cours prévus dans leur programme. L’année 2019-2020 a été chaotique et celle d’après perturbée. 2021-2022 s’est plus ou moins déroulée dans des conditions normales mais non parfaites. Une bonne partie des cours n’ont pas été dispensés et l’élève qui passe au niveau supérieur traîne des lacunes dans les connaissances de base. D’où le taux important de redoublants en 1re année secondaire qui est de 27%. Le même topo est observé en première année universitaire.
Quelle est votre prévision s’agissant du taux de réussite au BEM ?
La loi d’orientation de 2008 stipule la mise en œuvre de tous les moyens pour atteindre un taux de réussite de 70% dans les examens scolaires. Actuellement, nous en sommes loin. Le taux sera le même que les précédentes sessions.
Entretien réalisé par Karima Dehiles