Abdelmadjid Meskoud, le come-back : L’Energie de la scène

Un biographe racontait l’histoire incroyable de Barbara, la grande interprète française qui souffrait le martyr avant d’entrer sur scène et qui par miracle laissait son atroce mal en coulisses, une fois devant son micro ou son piano. C’est ainsi qu’est rythmé la vie des artistes qui retrouvent la pleine attitude de leurs moyens et de leurs talents, une fois sur scène.

Une vidéo amateur d’El Hachemi Guerouabi le montre mal en point lors d’une fête privée et qui une fois invité à chanter a retrouvé son sourire et sa bonhomie comme par enchantement. Nous avons assisté au même phénomène la semaine dernière au théâtre nationale Mahieddine Bachtarzi, lors d’une soirée hommage à Nadia Benyoucef et Abdelkader Chaoui, organisée par l’Association du troisième millénaire, avec le retour triomphale d’Abdelmadjid Meskoud sur scène.
Il avait du mal à rejoindre l’orchestre et a dû être aidé pour s’installer devant le micro, les yeux en larme par trop d’émotions générées par une salle enthousiaste et les youyous stridents des spectatrices. Nadia Benyoucef est là pour le saluer et tendrement, elle l’embrasse sur la tête, en signe de respect. Meskoud adore cette ambiance spécifique des fêtes familiales chères à la musique chaâbi. Il sèche ses larmes, lève la tête, puis scrute la salle et sourit aux spectateurs venus nombreux à cette soirée, avec un fond musicale de sa célèbre chanson «  El Assima ».
Il déclara au public que cela faisait longtemps qu’il n’a pas chanté, depuis cinq ans, depuis son AVC. Et avec sa spontanéité légendaire, il se mit à raconter des anecdotes et son quotidien à la maison, avec sa femme. Il n’a pas perdu sa verve, il la retrouve le temps d’un passage sur scène, comme s’il venait d’être requinqué dans un établissement spécialisé ou mieux. Les artistes ont besoin de la scène comme tout être humain a besoin de sa dose d’oxygène. C’est vital. C’est leur façon de se ressourcer, de se sentir vivant et surtout aimé et adulé. Et comme s’il avait pris son traitement, il s’est mis à chanter « El Assima », sa chanson fétiche, celle qui lui a valu sa popularité, son succès mais aussi pas mal de déboires, vu que certains ont décelé des relents de texte raciste avec le passage sur l’exode rurale qui a dévasté les us et les coutumes d’Alger d’antan qu’il décrit avec délice et subtilité. La nostalgie prend place et s’installe confortablement dans les allées du théâtre. A ce moment précis, la charge émotionnelle est à son paroxysme. Une standing ovation s’en suivie, agrémentée comme il se doit de youyous, dignes des grands moments partagés dans la joie et la douleur.
Né le 31 mars 1953 à El Hamma, quartier de l’ex-Belcourt, Abdelmadjid Meskoud est un mordu du chaâbi. Il a appris cette musique en autodidacte mais parlait du chaâbi en connaisseur déjà du temps où il était comptable à l’hebdomadaire Algérie Actualités au 20, rue de la liberté à Alger. Il écrivait des textes à cette époque et nous en parlait fièrement sans nous révéler qu’il allait un jour chanter en public et épouser la carrière de chanteur. C’était durant la fin des années 80, période où il a écrit et composé « El Assima ». Comme tous les férus du chaâbi, il vouait une admiration sans limite au Cardinal. Meskoud est un chanteur doué et cultivé. Il connaissait les secrets des qcid qu’il interprète admirablement. C’est donc en toute logique que rapidement, il s’est fait une place au soleil dans la difficile sphère de la musique chaâbi, lui qui pourtant n’a pas fait d’école dans ce sens, mais le talent est inné.
Le temps d’une scène, Meskoud nous a fait revivre la nostalgie du temps passé avec talent et sourire en dépit des durs moments qu’il a vécus. Merci l’artiste !
Abdelkrim Tazaroute