« Abou Leila », un film d’Amin Sidi Boumediene : Au Paroxysme de la violence

La chaîne de télévision OCS diffuse actuellement le film « Abou Leila » d’Amin Sidi Boumediene, réalisé en 2019 et qui a obtenu plusieurs prix dans plusieurs festivals de cinéma. Il a été d’abord sélectionné au festival de Cannes en 2019, décroché le prix du meilleur film fantastique au festival du film fantastique de Neuchâtel, le prix des nouvelles vagues au festival du film de Séville, le prix de la critique au festival international du film de Montpellier et le prix d’interprétation masculine pour Lyes Salem au festival du film de Carthage, la même année.

« Abou Leila » n’est pas un film qui est à la portée du grand public tant son récit est loin d’emprunter le chemin linéaire. Son intrigue est mince et peut se résumer simplement à la recherche d’un dangereux terroriste qui s’est réfugié au sud du pays, après avoir commis un horrible assassinat. Deux policiers sont à ses trousses, Lotfi (Lyes Salem) et Sin(Slimane Bounouari, qui ont admirablement campé leurs rôles dans ce thriller sanglant et particulièrement violent.
Sin qui est devenu agent de la circulation grâce à un coup de pouce de son ami Lotfi est encore sous le choc de la violence terroriste dans l’Algérie de 1994, emprise par la vague des attentats et des assassinats.
Le réalisateur Amin Sidi Boumediene opte pour un road movie, cher au cinéma américain et donne à voir des paysage à couper le souffle du sud algérien. Une façon de donner du répit à la violence que distille son film, tant cette fiction dans son ensemble  atteint constamment le paroxysme de l’agressivité visuelle et verbale. En effet, les dialogues sont choquants et crus et des images des hallucinations de Sin, perturbantes.
Dans une des premières séquences du film, quand les deux personnages du film arrivent au sud et prennent une chambre d’hôtel. Alors que Lotfi descend à la réception pour demander un téléphone, il surprend une discussion où il est question  de terrorisme et d’attentats. La bande d’amis du réceptionniste n’hésite pas à clamer que les gens du nord méritent ce qu’il leur arrive avant d’ajouter que ce sont eux qui ont créé les groupes terroristes.
Sin est mal au point, il est hanté par des images insoutenables des crimes terroristes. Lotfi est au petit soin avec lui bien qu’il soit un peu agacé par le comportement fragile de son ami. Le récit du film se poursuit avec beaucoup de rebondissements et de suspenses. Difficile de deviner comment va aboutir cette curieuse incursion dans le sud.
Abou Leila est invisible, seul une photo montre son visage en premier lieu avant qu’un des cauchemars de Sin ne divulgue, son physique et sa force surnaturelle. Il est tantôt visualisé en monstre et parfois en fauve mais toujours dans une posture d’un dangereux prédateur.
Amin Sidi Boumediene s’éloigne du réalisme pour raconter la période de terrorisme qu’a vécu l’Algérie. Il a opté pour un genre fantastique, une première dans le cinéma algérien. C’est pourquoi, le film parait déconcertant. Mais sa force réside dans le fait qu’il ne laisse pas indifférent en dépit faut-il le souligner de sa violence, parce qu’il réussit le miracle d’accaparer l’attention du spectateur.
Abdelkrim Tazaroute