Achir Mohamed, enseignant d’économie à l’Université de Tizi-Ouzou : «Il faut des dispositifs stratégiques et non conjoncturels»

Enseignant d’économie à l’Université de Tizi Ouzou, Mohamed Achir appelle à la mise en place d’un nouveau dispositif qui établit des contrats bien négociés à échéance. De son avis, «il faut bien baliser les dispositifs avant de les proposer dans le cadre de l’emploi d’insertion sociale».

Comment réagissez-vous à l’intégration des titulaires de contrat de pré-emploi ?
 C’est une décision sociale qui vise à faire sortir une catégorie de fonctionnaires de la précarité, puisque ce sont des travailleurs qui touchaient moins que le SNMG et qui travaillaient pendant 8heures par jour et même plus parfois que les permanents. Donc, on peut dire que leur intégration est une justice rendue.
Que pensez-vous de ceux qui ont travaillé pendant 20 ans sans être intégrés à des postes permanents. Qu’en pensez-vous ?
Effectivement, certains ont travaillé pendant 20 ans en percevant 6.000 DA par mois. C’est une catégorie qui a été lésée par la politique de recrutement de la Fonction publique. On a recruté des diplômés et on a oublié qu’ils ont une expérience dans l’administration et attendaient d’être intégrés dans des postes permanents.
Quelles leçons peut-on tirer de ce dispositif ?
C’est qu’il faut miser sur la stabilité de l’emploi. Un emploi stable signifie une productivité meilleure. Quand on rémunère bien un employé, et est rassuré dans son poste d’emploi, il est motivé davantage pour mener à bien ses tâches.
Faut-il revoir ce dispositif qui laisse des fonctionnaires sans permanisation pendant de longues années ?
En effet, il faut le revoir. Il faut que ce soit des contrats bien négociés à échéance. C’est-à-dire qu’il est question de postes pour 2 à 3 ans, et puis, c’est la permanisation. On ne recrute pas des diplômés qu’on laisse après sans permanisation. En plus, ils ne cotisent ni pour la sécurité sociale ni pour la retraite. Ce n’est pas normal !
Faudrait-il s’éloigner des dispositifs conjoncturels ?
Il faut penser à des dispositifs stratégiques et non conjoncturels. Il ne faut pas créer des dispositifs et ne pas savoir par la suite s’il faut les reconduire ou les prolonger. Il faut bien baliser les dispositifs avant de les proposer dans le cadre de l’emploi d’insertion sociale.
Quel est le dispositif approprié, selon vous?
Il faut créer un nouveau dispositif qu’il faut davantage orienter vers le secteur public économique et dans lequel l’employé est payé par l’Etat et par l’organisme employeur. Il faut aussi une autre partie qui doit être dédiée à la formation. Autrement dit, l’Etat aura à s’engager à donner des métiers de formation à l’entreprise pour pouvoir mettre à jour ces nouveaux diplômés. Il faut aller vers un nouveau dispositif en complétant l’allocation chômage par le contrat de pré-embauche. Cela va donner une opportunité aux nouveaux diplômés de se former, d’entamer la vie active. De son côté, l’entreprise n’aura pas à supporter la charge salariale puisque l’Etat fournira son aide. Les entreprises qui souffrent depuis la Covid-19 seront ainsi aidées par ce genre de dispositif.
F.-Z. H.