Activité commerciale en perte de vitesse : Des commerçants dans l’expectative

Un malheur n’arrive jamais seul. Bien des commerçants en conviendront. Après la Covid-19 qui a terriblement affecté l’activité commerciale, la baisse du pouvoir d’achat a été une sorte de massue, notamment pour les vendeurs de vêtements et d’articles électroménagers qui ont confié leur lassitude et leurs inquiétudes à nos deux journalistes. Ils passent leur temps à compter les clients et non l’argent. Ils ne sont pas les seuls à se plaindre ou à baisser rideau, même dans des quartiers réputés pour leur vocation commerciale. Dans ce dossier, seule exception : notre correspondant de Tizi-Ouzou parle de «net regain d’activité», même si se faire enregistrer au CNRC s’apparente souvent à une simple formalité. La revalorisation des salaires va-t-elle inverser la tendance et entrouvrir les portes de la relance ? Un économiste répond à cette question qui taraude les commerçants dont le dynamisme est un indicateur de santé économique.

Depuis quelque temps, les commerçants, toutes activités confondues, sont voués aux gémonies, même si les colères des consommateurs sont en rapport avec des moments précis, comme le Ramadhan, l’Aïd et la rentrée scolaire. Ils sont accusés de tout et de rien, mais peu se rendent compte qu’eux aussi, à partir de 2014, ont entamé une descente aux enfers. Avec la Covid-19, d’aucuns, pénuries aidant, ont pris un raccourci pour pointer du doigt des commerçants, eux-mêmes confrontés aux plus grosses difficultés d’approvisionnement dans un contexte où leur est fait obligation de s’astreindre impérativement aux règles établies, notamment la durée réduite d’activité en raison d’horaires adaptés au confinement. Ces dernières années ont vu se succéder les épreuves. Les bénéfices ont fondu et les charges ont explosé, sans compter le «tour de vis» des services des impôts.
Beaucoup ont dû se résoudre à mettre fin à leurs activités, céder leur commerce, appauvris pour certains, et dans le meilleur des cas devenir salariés si tant est que se présente une opportunité. D’importants opérateurs économiques privés ont fait faillite et déposé le bilan, mettant involontairement au chômage des centaines de travailleurs. On a beau eu à gloser sur les mesures gouvernementales prises en matière d’aide ou d’indemnisation pour tenir à bout de bras les activités les plus touchées, il fallait se rendre à l’évidence. 10.000, 20.000 ou 30.000 DA pour un commerçant dont l’activité est quotidiennement dérégulée, ne pèsent rien. Les difficultés rencontrées ne résorberont pas parles solutions préconisées, à moins qu’elles ne soient accompagnées d’une batterie de mesures, comme l’octroi de crédits bancaires sans intérêt, remboursables sur une longue échéance, un dégrèvement fiscal, en plus d’une suspension des impôts tant que durera la crise.
 Beaucoup de commerçants et industriels mangent du pain noir ou se contentent de gagner chichement leur vie. Plus éloigné de la crise sanitaire, un autre cas de figure pénalise, dans beaucoup de villes, une bonne partie de commerçants dont l’activité se situait sur des axes d’extension du parcours du tramway. C’est le cas à Ouargla, dans le quartier d’Hussein Dey à Alger et dans la ville d’Ali-Mendjeli à Constantine où le parcours de plus de 4 kilomètres était jalonné de nombreuses boutiques. La vocation commerciale s’est perdue au gré des aménagements urbains. La vocation piétonnière destinait forcément aux rushs des clients, mais ces espaces, bien avant la crise sanitaire, allaient se désertifier en grande partie de toute présence humaine en raison de travaux pharaoniques et d’obstacles dressés pour éviter tout risque.
Toutes sortes d’activités ont été mises en berne, notamment celles de restauration, cybercafés, cafés, vêtements, coiffure, pâtisseries. Comble du paradoxe, elles ne reprendront pas en grande partie, à cause un quasi effacement du trajet désormais parcouru par des rames. Les voyageurs n’en descendent que pour aller rejoindre leurs domiciles.
Abdelhamid Lemili