Ahmed Dekhinissa, expert en droit public et urbanisme : «L’esthétique urbanistique fait partie de l’ordre public»

L’esthétique urbanistique fait partie intégrante de l’ordre public, observe Ahmed Dekhinissa, expert en droit public et urbanisme, notant que la dimension juridique du respect de l’esthétique existe bel et bien, et le législateur a fait le nécessaire pour pallier à tout manquement.

Selon lui, l’Etat  dispose de tout un arsenal juridique pour préserver justement l’esthétique des constructions de toute agression  à travers la loi 08-15. «Tout est réglementé, mais le problème réside dans le respect justement de la réglementation», note-t-il. Plus précis, il soutient qu’«on remarque deux types de comportements dans cette problématique : d’un côté, le non-respect des lois en vigueur et, de l’autre, l’attitude des autorités qui s’abstiennent de sanctionner». Autrement dit, «il y a du laxisme chez les autorités», relève-t-il. A ce propos, il relève qu’on peut admettre le fait qu’il arrive que des promoteurs ou des citoyens ne respectent pas les lois, mais il est du devoir des autorités de remettre les pendules à l’heure, de corriger les comportements et de sanctionner. Aussi et aux yeux de l’expert, «c’est le problème foncier qui a été à l’origine de tous ces problèmes en rapport avec la construction» et il s’agit d’un problème «intriqué», commente-t-il. Interrogé sur la démarche concrète que devraient adopter les autorités face à cette altération de l’esthétique urbanistique, il évoque la mise en branle de la police de l’urbanisme. «Il faut que la police de l’urbanisme, sur ordre des autorités publiques comme les APC, veille à cet ordre public esthétique en faisant respecter les règles de l’architecture et de l’urbanisme en interpellant ceux qui enlaidissent nos villes.» Et pour cause, «l’ordre public doit être instauré par des sanctions et des contraintes juridiques».
Dans ce cadre, il n’omet pas d’insister sur le fait qu’«il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’actions ponctuelles ou temporelles ou qui relèvent de l’esthétique dans l’absolu. « Cela fait partie de l’institutionnel et du juridique, autrement dit c’est un ordre public esthétique». Dans le même ordre d’idées il souligne qu’il s’agit d’un phénomène «qui a pris de l’ampleur». Sur justement l’absence  de sanctions, il explique ce constat par «la défaillance des pouvoirs publics». Aussi et tout en notant que «cette situation n’exige pas, par ailleurs, l’élaboration de nouvelles lois», il recommande «l’application des lois en vigueur» au motif que «l’arsenal juridique existe déjà». Dans le même ordre d’idées, il préconise de ne pas laisser nos concitoyens et les promoteurs bâtir selon leurs convenances. «Il faut que l’administration fasse l’effort de démolir ce qui n’est pas conforme, quitte à faire des actions énergiques», insiste-t-il
Fatma-Zohra Hakem