Ahmed Oumeri : Un révolutionnaire avant l’heure

Qualifié de Robin des bois du Djurdjura, de «bandit d’honneur», Ahmed Oumeri a donné du fil à retordre à la France coloniale. Ses exploits en faveur de la Révolution et sa rébellion contre le colonisateur ont fait de lui l’un des héros de la nation, honoré par les plus grands poètes kabyles.

Ahmed Oumeri, l’un des héros de la nation, qualifié de «Robin des bois du Djurdjura», de «bandit d’honneur», fait l’objet d’un grand intérêt de la part des internautes. Un long article, signé par Saber Aït Abdellah, lui est dédié sur les réseaux sociaux, sur la page de «Chère Kabylie» qui s’emploie à rendre hommage aux héros de la guerre de l’Algérie. L’auteur de cet article, qui a réalisé un important travail de recherche sur ce militant mort en martyr, dresse un portrait complet de ce héros dont les exploits ont inspiré de grands poètes kabyles. Il raconte qu’Oumeri, de son vrai nom Ahmed Belaïd, est un célèbre hors-la-loi, qui a pris le maquis au début des années 1940. «Son histoire étant sujet d’une tradition orale, il est devenu un héros justicier dans la culture populaire de Kabylie», rapporte-t-il, assurant que c’était un grand défenseur des pauvres et des opprimés, clément envers les faibles, mais impitoyable avec ses ennemis. «Il détroussait les riches au profit des pauvres. Il ridiculisa plusieurs fois l’administration coloniale qui s’était lancée à sa recherche pendant six années de 1941 à 1947. Il fait mieux : il tua définitivement dans le cœur des siens cette peur des gendarmes née au lendemain de la défaite de Cheikh El Mokrani en 1871, car bientôt, ce furent les gendarmes qui eurent peur de lui», souligne-t-il. Il a très vite constitué un groupe armé, avec comme quartier général les montagnes du Djurdjura. De là, il planifiait des attaques conte la gendarmerie coloniale et les colons. Il y aurait eu, plus tard, des contacts entre Krim Belkacem et Oumeri pour s’organiser et constituer des cellules clandestines. «Cela s’est passé deux semaines avant la mort de l’Oumeri. Sa légende fascinera plus tard les futurs colonels de l’Armée de libération nationale (ALN) de la Willaya III (actuelle Kabylie) comme Amar Ouamrane, Amirouche Aït Hamouda, Mohand Oulhadj, Mohammedi Saïd et beaucoup d’autres», signale-t-il. Il est né en 1911 à Aït Djemaâ, commune d’Aït Bouaddou, région des Ouadhias (Tizi-Ouzou). Il était issu d’une famille de condition très modeste et comme il n’avait ni terre à labourer ni bête à faire paître, il émigra en France pour subvenir aux besoins de la famille.
Les riches colons pour cible
Quand la Seconde Guerre mondiale éclata en 1939, il fut mobilisé de force pour combattre l’Allemagne en faveur de la France. «Il avait 28 ans. Il prit rapidement conscience que ce combat contre les Allemands n’était pas le sien et que ce combat devrait se faire chez lui, dans son pays, contre l’occupant français. Il finit par déserter et c’est là que commence sa vie de rebelle», dit-il. Dans le désordre qui fait suite à la défaite de la France face aux Allemands, poursuit-il, il échangea sa tenue militaire contre des vêtements civils et prit la direction de Paris en évitant soigneusement la route. «À Paris dans le quartier de Barbès, il est pris en charge par des émigrés de sa région qu’ils l’ont aidé à regagner son pays. Mais à son arrivéeà Alger il se fait arrêter puis emprisonner à la cadence de Belfort à Alger (actuelle prison El Harrach)», révèle-t-il. Mais il réussit à s’évader quelques mois plus tard et prit la direction du maquis. «Il est mis aussitôt hors-la-loi. Il se réfugie dans le bois du Djurdjura et dès lors, il est recherché par l’armée coloniale. Il choisit le surnom de «Oumeri» pour ne pas exposer sa famille et ses proches aux représailles coloniales. C’est ainsi que naquit la légende du «Robin des bois du Djurdjura», relate-t-il. L’Oumeri se révolta encore plus quand il vit la misère dans laquelle vivait la population.
Sans s’attaquer directement à l’administration coloniale, il prit pour cible les riches serviteurs de la France, les caïds notamment. «Il rançonnait les passagers des autocars en leur demandant de crier «Vive l’indépendance !». On raconte qu’il leur laissait toujours un quart de l’argent subtilisé pour qu’ils puissent rentrer chez eux», note-t-il. Avec ses compagnons, il s’introduisit, en 1942, dans la maternité des Ouadhias pour voler des draps, des serviettes et des objets et les distribuer aux populations pauvres, attaqua le dock de Mechtras pour dérober de la nourriture et l’offrir aux plus affamés, subtilisa des bovins appartenant à de riches propriétaires qu’il donna aux nécessiteux…Il meurt, trahi, en 1947, dans un guet-apens tendu par la France coloniale avec la complicité de l’un de ses compagnons d’armes.
Farida Belkhiri