Ahmed Tessa, pédagogue : «Les élèves doivent réviser»

Ahmed Tessa a exercé dans tous les cycles du système scolaire et intervient souvent dans la presse sur les questions qui agitent l’école algérienne. Il est aussi l’auteur d’un livre sur «l’enseignement du français en Algérie» et a occupé les fonctions de conseiller au ministère de l’éducation du temps de Benghebrit.

Pouvait-on éviter l’arrêt provisoire des cours ?
La mesure était inévitable, et ce, pour une raison simple: la vie de nos enfants dépasse de loin leur scolarité et réussite scolaire. L’Algérie n’a pas les moyens de faire face à la pandémie de coronavirus, et la moindre des choses est de prévenir la flambée des cas. Je pense que la mesure de mise en vacances des élèves aurait même due être prise bien avant, à en croire des épidémiologues et praticiens qui n’ont pas cessé de la proclamer.
Va-t-elle avoir des conséquences sur la marche de l’enseignement?
 Non, elle ne laissera pas de séquelles. Il suffit de donner des révisions à faire à la maison. On pourra également récupérer le temps perdu lors des prochaines vacances. Sur le plan pédagogique, une dizaine de jours, ça se rattrape, et les effets peuvent vite s’atténuer si les enseignants donnent des devoirs à la maison aux élèves.
Des enfants qui étudient à la maison, est-ce une bonne formule ?
Bien sûr. Ils peuvent réviser les cours, refaire ce qu’ils ont étudié en classe, en plus de la lecture de contes et de livres. D’aucuns évoquent les moyens, mais lire un petit livre de contes et réviser ses leçons à partir des cahiers de cours est à la portée de tous les élèves. Ce n’est pas quelque chose de difficile.
Quid du numérique ?
Le numérique est un objectif à atteindre après avoir assuré le minimum pédagogique aux enfants, lequel se résume à un bon programme, une bonne méthode et de bons enseignants. En tout état de cause, nous avons cinq mois devant nous. C’est largement suffisant pour pouvoir se rattraper. Il faut que les enseignants, les élèves et les parents sachent que la fin de l’année scolaire, c’est le 3 juillet. Jusqu’à cette date, les enfants doivent étudier, réviser et s’améliorer. Malheureusement, ce n’est pas le cas actuellement, puisque dès la fin avril, tout le monde est en congé. La mafia des cours payants a tout massacré et gangrené. Fin avril, ils rejoignent les appartements, les caves et garages pour s’adonner à un business lucratif. Ce n’est pas seulement un drame mais un crime que commettent ces enseignants qui dispensent ces cours. Les autorités publiques ne sont pas moins responsables. Il faut savoir que durant ces 10 jours, les écoles sont fermées mais les caves et les garages sont ouverts.
Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem