Aide à la production cinématographique : Le flou persiste

La décision de la suppression du fonds d’aide à l’industrie cinématographique a circulé durant plus d’une année sans être confirmée par le ministère de la Culture, mettant du coup les cinéastes dans le désarroi le plus total.

Des voix se sont élevées pour dénoncer cette décision unilatérale qui priverait le public de films algériens. Comme c’est un sujet très sensible, les voix autorisées à s’exprimer se faisaient rares et nous avons assisté à des silences ahurissants qui, à s’y méprendre, nous indiquent que nous sommes dans une sphère où «tout ce que vous dites sera retenu contre vous». Pour rappel, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait suscité beaucoup d’espoir avec la nomination du cinéaste Ahmed Rachedi en tant que conseiller en cinéma et arts à la Présidence. Rien n’a filtré depuis, si ce n’est cette information sur le FDATIC mis en veilleuse. Ahmed Rachedi ne s’est pas exprimé sur cette problématique et tous les professionnels s’attendaient à ce que ce dernier éclaire la situation à l’occasion de la Journée de l’artiste où il était invité au forum d’El Moudjahid. Le réalisateur de «L’Opium et le bâton» et de tant d’autres films consacrés à la guerre de Libération nationale n’a pas soufflé mot, mais a rendu un vibrant hommage au grand cinéaste René Vautier, qui a épousé la cause algérienne et qui caméra au poing a contribué à immortaliser la lutte du peuple algérien contre l’occupant français et son armée. Décidément, la prudence reste de mise pour cette épineuse question d’aide à la production. Pourtant, la veille, la ministre de la Culture, Mme Soraya Mouloudji, avait annoncé que le «mécanisme de soutien» à la production cinématographique, qui s’effectuait jusque-là dans le cadre du Fonds national pour le développement de l’art et de l’industrie cinématographique, serait remplacé par «un nouveau mécanisme consistant en l’octroi de subventions au titre du budget de fonctionnement du ministère de la Culture et des Arts». La ministre ne s’est pas étalée sur le sujet, laissant les professionnels du secteur sur leur faim. Mme Mouloudji a, néanmoins, mis fin à la rumeur, en confirmant un changement du mécanisme de financement du cinéma algérien. Si avant la prise de parole de la ministre, une cinquantaine de cinéastes, producteurs et d’acteurs, signataires d’une pétition, ont exprimé leurs préoccupations et leurs peurs, rien n’a filtré depuis l’annonce du nouveau mécanisme. Il est question d’une rencontre explicative mais sans plus de précision ni de date par ailleurs. C’est le flou qui persiste et c’est dommage pour un secteur vital qui a montré toute sa perspicacité durant la Révolution algérienne et pendant plusieurs années après l’indépendance. Il faut donner les moyens aux cinéastes pour le besoin de voir nos images et pour la promotion de notre culture. D’autres secteurs de l’art, tels que le théâtre, le livre, la musique et les arts plastiques, ont aussi besoin de financement conséquent pour leur développement.
 Abdelkrim Tazaroute