Aïn-Taya : Cool jeûne  

Dans la petite ville de Aïn-Taya, on coule son Ramadhan d’autant plus paisiblement qu’on se croirait en sinécure. Tout, ici, pousse au farniente.

La mer d’abord, par qui est nom cette petite commune nichée à plus de 30 km à l’est d’Alger, qui doit également sa renommée aux Sadek Djemâaoui, leader d’ex-groupe mythique El Bahara, au célèbre numéro dix de l’ex-DNC, Benbouteldja ou à la paire royale du handball national, Slahdji et Hammad.  Il y a aussi une vieille tradition sociale où des lieux phares, comme le jardin (boulodrome), les cafés de la placette ou encore le stade communal, codifient presque à eux seuls le comportement des habitants. Tandis que le mois sacré tire à sa fin, les Aïntayaouis donnent leur de ne pas trop s’en soucier préférant vaquer à leur occupations quotidienne, qui tirant des boules dans une partie de pétanque, qui grattant sur une guitare à l’occasion d’un récital de châabi à la maison des jeunes où des soirées musicales ont lieu dans une ambiance bon enfant ou encore celles où ceux pour qui le Ramadhan est une belle occasion pour pratiquer une activité physique, que ce soit dans les aires sportives ou dans la périphérie de la ville s’étalant sur une traînée de champs infinie.
Aujourd’hui comme hier, le visiteur peut encore s’étonner de ces rituels qui résistent au temps et traversent les âges. C’est comme un patrimoine immatériel que les gardiens de la mémoire locale gardent jalousement pour le transmettre fidèlement aux générations actuelles et futures. S’ils se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main, leurs successeurs sont là prêts à reprendre le flambeau avec autant de bonne volonté et de détermination. Histoire aussi de pousser un peu pour permettre à la ville de retrouver son lustre touristique. Ramadhan oblige, l’Aïd el-Fitr aussi, les soirées à Aïn-Taya sont rythmées par des cohortes humaines qui écument les magasins de vêtements qui courent leur grand boulevard. Une belle affaire et pour les commerçants, qui voient leurs chiffres d’affaires grimper en peu de jours, et naturellement, pour les familles qui s’offrent ainsi des sorties nocturnes et une détente assurée.
De part et d’autres les boutiques d’habillement, d’autres proposant pour faire le plein une panoplie de produits allant des friandises jusqu’aux rôtisseurs du coin perdus derrière une montagne de fumée fumant de succulentes merguez ou brochettes de dindes. Les hommes, eux, quand ils ne se plantent dans les terrasses de cafés, s’adonnent volontiers à ce qu’il parait être à Aïn-Taya, un sport local : à savoir la marche à pied. Une fois terminée la prière des tarawih, c’est un charivari humain frétille dans tous les sens. Mais c’est en bord de mer que les flâneurs préfèrent « dégripper » leurs jambes et respirer à plein poumons une brise marine gorgée de fraîcheur. En un mot, comment en cent, comme en mille, à Aïn-Taya on coule le Ramdhan de la façon la plus cool.
Amine G
Pêche et poissons : Succulente variété  
C’est à ne rien comprendre. Le poisson est souvent plus cher dans les villes portuaires que dans la…campagne ! Difficile à vrai dire d’en élucider les raisons pour la complexité de ce secteur. Aïn Taya ne déroge pas à la règle. Très peu exploitée, la pêche est quasi traditionnelle et donc ne répond pas aux besoins du marché local.  Et pourtant, ce ne sont pas les potentialités qui lui font défaut tant de bout en bout de la ville s’étale majestueuse une bande bleue, riche par ses ressources, halieutiques en premier chef. En ce mois sacré, la pêche est bonne, dit-on aux abords du marché communal où des marchands proposent une variété de poissons qui fait baver y compris le plus ascète des jeuneurs. De la dorade, au sar, en passant par la sépia et le roi rouget, il faut bien dire que la mise est assurée par les pêcheurs locaux qui, malgré une logistique de fortune, bravent la Bleue en quête de la précieuse chair blanche. « Nous naviguons à vue, avec les moyens du bord » déplore l’un d’eux non sans s’interroger sur certaines initiatives entrepreneuriales proposées et encouragées par les pouvoirs publics. «On gagnerait à saisir ces opportunités dans l’espoir de, pourquoi pas, lancer son propre projet en la matière» poursuit-il.
Malgré un contexte peu motivant, notre ami continue avec le même plaisir renouvelé à narguer la mer en jurant de lui extirper ses plus belles- et plus bonnes- espèces. Le couffin bleu en plastique qu’il traîne presque en bandoulière témoigne du savoir-faire du pêcheur. Au grand bonheur d’abord de sa femme et enfants, et ensuite de ses propres clients qui l’abordent une fois quittant les lieux. Il n’est certes pas le seul à Aïn Taya à s’adonner pleinement à sa passion, devenue une sorte de métier pour combler le vide et l’ornière de la retraité. Ils sont nombreux dans le coin à envahir la mer en ce mois de Ramadhan mais pas tous à des fins mercantiles. Il y a à côté des pêcheurs de circonstance dont le seul plaisir est de se mettre en face de la mer, balancer son le fil à pêche et planter la canne dans l’espoir de glaner un poisson qui ne s’annonce pas toujours au rendez-vous.
Quoiqu’il en soit, passion ou métier, à Aïn-Taya on aime la pêche comme on aime sa femme, et rares sont ceux qui n’ y tombent pas sous le charme.
A. G.