Algériens déportés : Caledoun, terre d’exil et de bagne

Entre 1864 et 1897, des milliers d’Algériens sont déportés en Nouvelle-Calédonie. Une terre du Pacifique, devenue française en 1853, à 22.000 km de l’Algérie. Un trajet de 3 à 4 mois en merdans les cales des bateaux.
Mis dans des cages en fer, les déportés algériens sont laissés pour compte dans cette île du bout du monde, qu’ils ne sont pas près de quitter même après la fin de leur détention. La déportation des Algériens en Nouvelle-Calédonie  s’est faite dans un cadre légal.  La loi de 1854 instituant les bagnes coloniaux est l’une des lois françaises ayant codifié la répression, tout comme le code de l’indigénat, communément appelé décret Crémieux et la loi sur la conscription.  La majorité de ces exilés, appelés également «les Chapeaux de paille», sont les résistants des insurrections de 1871, qui se sont déroulées à Bejaïa, Sétif, Bordj Bou Arréridj… contre la colonisation et qui a duré un an. Pendant cet épisode douloureux, plus de 200.000 personnes se sont soulevées contre la spoliation de leurs terres. Parmi ses révoltés, 2.000 ont été jugés et condamnés par des tribunaux militaires et spéciaux. Ils sont déportés par la suite en Nouvelle-Calédonie.
Le dernier bagnard d’entre eux est décédé en 1968 dans cette terre lointaine.
Aujourd’hui, le martyre qu’ont vécu ces exilés est toujours vivace dans la mémoire collective de l’île notamment parmi leurs descendants. Cette période de l’histoire de notre pays relative à «Caledoun», le nom que ces détenus  donnaient à la colonie française, n’a pas bénéficié de tout l’intérêt qu’elle mérite au vu des sacrifices de ces hommes qui ont été déracinés à mille lieues de leurs familles et de leur patrie. Outre les prisonniers «politiques», il y avait aussi des détenus de droit commun. L’objectif des autorités coloniales était de se débarrasser des propriétaires terriens et des paysans et de mettre la main sur ces sols fertiles. Durant cette période, une répression barbare s’est abattue sur les populations. Des massacres, des déportations, des  expulsions des tribus de leurs terres ont été commis par les troupes françaises.
Abandonnés à leur sort
Une fois sur place, les bagnards sont abandonnés sur cette île où il n’y avait aucune ressource pour y vivre. Au fil du temps, ils se sont adaptés et ont intégré la communauté locale en travaillant la terre et en faisant de l’élevage.
Bon gré mal gré, les déracinés se sont mélangés à la population locale en épousant des femmes européennes ou mélanésiennes. De ces unions, des métissages ce sont créés entre toutes les composantes démographiques.
Les premières unions ont lieu à Bourail.  Dans les générations suivantes, les unions se faisaient entre la communauté arabe de l’île.Il n’est pas rare de trouver une personne portant un prénom français  suivi  d’un  patronyme arabe. Pour la langue et la religion, elles se perdaient de génération en génération.  Mais les descendants des «Chapeaux de paille» entretiennent leur mémoire et leur souvenir contre l’oubli et le mépris. Dans ce sens, des voyages émouvants  de cette génération vers leur pays d’origine ont été organisés, découvrant ainsi la patrie de leurs aïeuls. Aujourd’hui, les traces les plus visibles de cette présence, qui touche environ 1.500 à 2.000 personnes, sont les noms et prénoms, le cimetière musulman de Nessadiou créé en 1896, un centre religieux et un croissant sur les armoiries de la ville de Bourail.
Enfin, l’Algérie n’a pas oublié cette période de l’histoire. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a  inauguré  une fresque murale, réalisée à la place du chahid Boudjemaâ-Hemmar à la mémoire des Algériens déportés par l’occupation française dans des contrées lointaines. La fresque murale exprime la reconnaissance des Algériens et leur fidélité à leurs frères déportés en Nouvelle-Calédonie et dans d’autres contrées lointaines.
«A la mémoire des déportés et en reconnaissance de leurs sacrifices, la nation algérienne s’incline devant leurs âmes pures», lit-on sur l’inscription apposée en bas de la fresque.
Karima Dehiles