Ali Bey Nasri, président de l’Association des exportateurs algériens : «L’année 2022 est prometteuse»

Le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) affiche son optimisme s’agissant des opérations d’exportation prévues cette année.

Contacté, il a fait savoir que 2022 est une année «prometteuse» pour les exportations. Il ne cache son impatience de voir l’accord de ratification d’entrée de notre pays à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) mis en œuvre. Prévu le 1er juillet ce rendez-vous ne sera pas raté du point de vue du président de l’Anexal. «Les opérateurs sont prêts. L’Afrique pour nous est une destination d’exportation. L’accord a été ratifié il y a une année par le président de la République. Sa mise en œuvre ne peut être pour nous qu’une bonne nouvelle. Cela renforcera la compétitivité de nos entreprises et le positionnement de nos produits sur le marché africain», a-t-il souligné, souhaitant que tous les pays africains adhèrent à ce processus commercial.
Ali Bey Nasri a fait observer que l’Algérie recèle d’importantes potentialités en termes d’exportation, citant entre autres les produits sidérurgiques, notamment le ciment et le rond à béton. Selon lui, avec le lancement de ce processus, le volume des exportations hors hydrocarbures connaîtra inéluctablement une courbe ascendante. Il table de finir l’année en cours avec 6 milliards de dollars, contre 5 milliards en 2021, soit une augmentation de près de 25%. Un volume qu’il qualifie de très important, soulignant qu’il représente le triple de ce qu’a été réalisé en 2020. «Une augmentation des exportations de 300% en deux années seulement, c’est un exploit. C’est même inimaginable», a-t-il dit, expliquant que les niveaux des exportations sont tirés vers le haut grâce aux produits fertilisants (ammoniaque, urée…).
Ciment, dattes, céramique…
Ils sont suivis, en seconde position, par les produits sidérurgiques, principalement le ciment. Pour ce qui est du secteur de l’agriculture, Nasri a estimé qu’il a encore du chemin à faire, vu que l’offre n’est pas encore suffisante pour franchir ce cap. L’exportation des dattes, par contre, connaîtra, selon lui, une augmentation en volume et en valeur de près de 20% comparativement à l’exercice dernier, pour atteindre les 100 millions de dollars d’ici à la fin de l’année. L’autre secteur qui sera compétitif, avec l’exonération des droits de douanes, est celui de la céramique. «Nous avons une offre très importante et diversifiée», a-t-il dit, tout en avançant également des indicateurs de performance concernant le secteur pharmaceutique, indiquant que les exportations pourraient être multipliées par dix par rapport à 2021 eu égard à l’objectif fixé à atteindre de 50 millions de dollars contre 5 milliards.
Au sujet des zones franches, le président de l’Anexal a souligné que celles-ci doivent être installées au niveau des ports, d’autant que cela nécessite la mise en place d’espaces et infrastructures nécessaires. «Ce que nous proposons pour le Sud, c’est la mise en place de zones économiques spéciales qui seront installées au niveau des destinations dont une à Tindouf, à In Guezzam, une autre à Debdab, Bordj Badji Mokhtar et à El Oued, et ce, assurer cette proximité avec les pays de destination», a-t-il dit, ajoutant que l’Anexal n’est pas favorable aux zones franches au niveau des frontières avec l’Afrique. «Celles-ci sont, en principe, exclues des préférences tarifaires», précise-t-il.
Wassila Ould Hamouda
 
 
 
Mourad Goumiri, expert en économie : «Nos entreprises vont devoir entrer en concurrence»
Dans cet entretien, l’économiste Mourad Goumiri explique ce qui attend nos entreprises après l’entrée en vigueur officiel de l’accord ratifié par l’Algérie concernant la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et souligne les mesures à prioriser pour rendre les zones franches plus efficaces et rentables.
 
La ratification de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine entrera en vigueur à compter du 1er juillet 2022. Sommes-nous prêts pour ce rendez-vous ?
Il y a un temps d’adaptation entre la ratification d’un accord et sa mise en œuvre. Nos entreprises publiques et privées vont devoir entrer en concurrence avec les autres entreprises étrangères qui ont une longueur d’avance sur nous. Il me semble que nous devons cibler certains marchés et certains pays avec lesquels nous avons de bonnes relations et des proximités naturelles, dans un premier temps, puis aller plus en avant en liant des partenariats sur le moyen et long terme. Le marché commun est confronté à un certain nombre d’obstacles tels que des procédures administratives lourdes, des infrastructures peu développées ou bien encore les politiques protectionnistes de certains de ses membres qui pourraient freiner son développement.
Comment y faire et placer le produit algérien sur le marché africain ?
Le commerce extérieur est construit sur la base de normes et de règles écrites et non écrites, il est impératif que nos entreprises s’adaptent à ces dernières, mais l’Etat et les instruments qu’il contrôle doivent également jouer leur rôle par la «diplomatie économique» qui tarde à se mettre en place. Les instruments classiques sont les banques, les assurances, les transports, les foires et expositions et enfin les accords bilatéraux pour lever les obstacles. Sommes-nous prêts à cet exercice? Nous le verrons sur le terrain des affaires.
Dans le cadre du projet de loi définissant les règles générales applicables aux zones franches commerciales, il est prévu la création d’une société algérienne des zones franches et d’une commission nationale des zones franches commerciales. Quelles seraient leurs missions ?
Les zones franches concernent les pays frontaliers, donc c’est une partie des marchés, et la création d’une société des zones franches peut contribuer à dynamiser le processus à condition qu’elle ne relève pas d’une administration, ce qui est mal parti puisque qu’elle va dépendre du ministère du Commerce. Ensuite, sa composante humaine doit être majoritairement constituée de professionnels de l’export-import et non de bureaucrates. A cet endroit également, les textes préliminaires n’augurent rien de bon.
Les zones franches vont-elles résoudre le problème de la contrebande ?
Certainement pas, elles risquent même de le développer. Il faut donc être très vigilant pour qu’elles jouent leur rôle de développement des marchés et du commerce mais dans le cadre des lois et règlements mis en œuvre pour cette activité particulière et sensible, puisqu’elle concerne plusieurs pays frontaliers. Le dispositif sécuritaire doit être renforcé pour sanctionner tous les trafics (drogues, armes, produits subventionnés, contrebandes, propagandes…) et ne permettre que le commerce des produits légaux.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda