Ali Daoudi, professeur à l’Ecole nationale supérieure agronomique : «Il n’ y a pas d’agriculture sans logistique»

Dans cet entretien, Ali Daoudi, professeur à l’Ecole nationale supérieure agronomique, met l’accent sur la volonté politique de garantir la sécurité alimentaire et donne son avis sur la réforme des subventions.

 
Le président de la République a insisté sur la sécurité alimentaire et à veiller au renforcement des capacités de stockage. Comment y parvenir ?
 C’est une excellente chose. Cela veut dire qu’il y a une volonté de renforcer le système alimentaire dans toutes ses composantes, avec une priorité pour le secteur agricole, les facteurs humains et financiers et de réglages dans le système de distribution et de stockage. Une agriculture performante a besoin aussi d’une logistique.
La sécurité alimentaire est l’affaire de tous. Il faut avoir une politique qui concerne l’ensemble du système alimentaire depuis les activités en approvisionnement en intrants agricoles, à savoir les semences, équipements, engrais et produits phytosanitaires, jusqu’à la distribution aux consommateurs, passant par l’agriculture, l’industrie de transformation, les marchés de gros, de détail… Tous ces systèmes contribuent à la sécurité alimentaire. C’est la raison pour laquelle ils doivent fonctionner de manière cohérente et complémentaire sans pertes et sans gaspillage tout au long de la chaîne de valeur pour garantir la sécurité alimentaire. Il y a bien évidemment des priorités. La première est la céréaliculture. Il va falloir investir dans la promotion de la production et de la recherche et dans le développement des capacités de stockages stratégiques. Cela nécessite une politique alimentaire globale inclusive qui intègre l’ensemble des secteurs qui agissent sur la sécurité alimentaire.

 

Le modèle de consommation ne constitue-t-il pas un aspect à revoir ?
Le modèle de consommation est déterminé par plusieurs paramètres, en premier lieu par les besoins alimentaires dont certains incompressibles qu’il faut satisfaire par tout ce qui est héritage historique et habitudes de consommation et par les prix et l’offre. Si aujourd’hui les Algériens mangent beaucoup de pain blanc, c’est par ce que son prix est accessible. Si demain le prix du poisson sera à 50 DA, les Algériens vont changer leur modèle de consommation. Ceci dit, il y a certaines choses sur le modèle de consommation qui relèvent de la responsabilité de l’Etat. Certains produits, notamment l’huile et le sucre, sont nocifs pour la santé. Pour réduire leur consommation, il faut une double stratégie, communiquer sur le côté néfaste de ces deux produits et arrêter de les soutenir.
Le chef de l’Etat a évoqué, lors d’une rencontre avec la presse nationale, la révision des subventions. Que faut-il revoir ?
Il y a des subventions aux producteurs et aux consommateurs. Il va falloir consolider les premières pour certaines filières. Cela a été décidé par le gouvernement qui a augmenté les prix des céréales. C’est une mesure d’incitation à la production. S’agissant des secondes, c’est une aberration de continuer à soutenir l’huile et le sucre. Par contre, pour certains, il est recommandé de les enlever progressivement. Pour d’autres, il faut les réorienter vers les consommateurs qui en ont le plus besoin, notamment pour le lait et le pain. Réformer leur subvention nécessite du temps et avoir des données qu’il faut pour pouvoir passer à une politique de subvention ciblée. Je pense qu’à court temps, c’est délicat d’engager ce dossier surtout avec la situation d’érosion du pouvoir d’achat assez généralisé. Il faut préparer la réforme et la différer à moyen terme en attendant que les conditions du marché se stabilisent.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda