Ali Debbah dit Allilou, drabki : Le rythme au premier plan

Allilou a marqué, sa vie durant, les esprits des mélomanes et des mordus du chaâbi par sa dextérité et sa maîtrise du rythme.

Quand il est à la derbouka, les cheikhs qu’il accompagne sont rassurés. Ils savent qu’il maintient le cap et qu’il manie la cadence à la perfection, lui qui a appris très jeune, l’art de battre la mesure. Ce qui n’est pas à la portée du premier venu contrairement à ce que l’on peut penser. Pensez un instant au rythme qu’il faut soutenir le temps d’un qcid, autant dire, une heure et vous comprendrez l’effort accompli par les grands drabkis.
Décidemment les Ali de la Casbah sont célèbres si nous faisons référence à Ali la Pointe, le héros de la guerre de Libération nationale et de la Casbah, Ali Bencheikh qui séduisait les fans du football et qui fait le buzz sur les plateaux de télévision avec ses avis tranchants pour certains mais succulents pour d’autres. Un autre Ali traverse notre esprit mais celui-là, nous préférons l’enterrer à jamais. Et puis, il y’a Allilou, le drabki, le virtuose et le magistral.
Il est unique celui-là, comme venue d’une autre planète pas seulement musicale. Frêle et petit mais pétri de talent, à première vue, il nous fait penser à Mohamed Zinet, le poète du cinéma algérien, tous les deux enfants de la Casbah et tous deux de familles modestes. Chacun d’eux a eu sa fulgurance et sa popularité comme seuls les artistes en connaissent. Un bon documentaire signé Mohamed Lebçir trace son parcours sur fond musical, tout en  percussion.
Allilou est né le 28 décembre 1924 à la Basse Casbah. Il est placé à la maternelle dès l’âge de 4 ans avant de rejoindre l’école primaire qu’il quittera très jeune. A l’âge de 12 ans, une voisine lui achète une derbouka, elle est la femme d’un zornadji, très connu à l’époque, Mohamed El Koli. Allilou jouait en cachette de son père alors que sa maman l’adorait et lui permettait absolument tout. Les parents de Allilou pensent sauver la scolarité de leur fils en le plaçant cette fois dans une école à Bejaia mais en vain. Il est attiré par la musique et par Sadek Lebdjaoui qui lui offre une derbouka parce qu’il a remarqué que le jeune Allilou adore le rythme. Sa destinée est tracée. Il regagne Alger quand ses parents se sont rendu compte que l’école et leur fils faisaient deux.
De nouveau à la Casbah, son père lui loue un magasin pour vendre du lait, sauf que celui-ci se trouve mitoyen d’un café où des musiciens s’adonnaient à la musique, au grand bonheur du jeune Allilou. Il fera la connaissance de Hadj Menouar et de Moh Seghir Laâma. Il aimait écouter les chansons orientales, Mohamed Abdelwahab et Oum Keltoum qu’il découvre avec Missoum, une autre célébrité de la sphère musicale algérienne.
Le pauvre père finit pas abandonner la location de l’épicerie et Allilou se fera intégré dans la troupe artistique que dirigeait Mahieddine Bachtarzi. Il fera la connaissance d’autres artistes dont Hssicen. La guerre de Libération éclate, il quitte l’Algérie en compagnie d’autres artistes et rejoint Tunis à partir de l’Europe. Ils se retrouvent avec Ahmed Wahbi, Sid Ali Kouiret, Mustapha Kateb Taha Lamiri qui formeront avec d’autres noms, la fameuse troupe du FLN qui sillonnera le monde pour illustrer la culture algérienne et pour dire que l’Algérie était en lutte pour son indépendance.
Une fois dans l’Algérie indépendante, Allilou travaillera énormément avec Hadj M’Hamed El Anka, El Hachemi Guerouabi et tant d’autres chanteurs algériens et arabes. Il était très sollicité parce que réputé pour la maitrise de son art.
C’est sans doute le Cardinal qui mettra Allilou sous les feux de la rampe en le mettant sur scène sur le même rang que lui, le maestro. La derbouka chez el Hadj a une place de choix et la musique chaâbi met en évidence la qualité du drabki. La derbouka est un instrument indispensable dans un orchestre chaâbi, c’est l’âme de son rythme lancinant, chaloupé qui se met en branle à chaque inqilab, généralement à la fin d’un qcid, appelé communément un khlass.
Allilou sait parler de l’histoire de son instrument fétiche. Il parle de son origine turque, faite avec du cuivre et de l’égyptienne préparée avec  de l’argile et disait  aimait jouer avec la derbouka tunisienne car l’algérienne est plus difficile à manier. Paroles d’expert !
Allilou parle aussi de l’artiste, souvent mal vu surtout par le passé. Il évoque aussi la dureté du métier où le travail se faisait la nuit. C’est éreintant et souvent incompatible avec la vie conjugale et familiale.
Abdelkrim Tazaroute