Ali Maâchi et Farid Ali : Les artistes engagés de la Révolution

Ils s’appelaient tous les deux Ali et étaient tous les deux artistes et avaient la fibre patriotique. Alors tous les deux, ils ont mis leur art au service de la Révolution algérienne quand l’appel de l’Algérie indépendante a retenti un certain 1er Novembre 1954, dans l’ensemble du territoire algérien. Les deux Ali ont alors troqué leurs costumes de scène contre la tenue militaire et ont milité aux côtés de leurs frères là où la révolution avait besoin d’eux.

Ils s’appelaient Ali et avaient comme patronyme Maâchi pour le premier et Farid, pour le second, quoique son véritable nom soit Khelifi. Ali Maâchi et Farid Ali sont des artistes engagés, connus et reconnus pour leur engagement pour la cause des Algériens. Le premier est né le 12 août 1927 à Tiaret, plus exactement à la cité Benaceur, dans une maison qui appartenait à son père, un fellah qui possédait plus de 500 ha dans la région d’Aïn Bouchekif, à une vingtaine de kilomètres à l’est de la ville de Tiaret.
Le jeune Ali a eu le privilège de faire ses études et décrocha son certificat. Il n’avait pas l’âme d’un terrien et se fit marin, avant de faire son service national. Une fois démobilisé, il s’installa à Alger où il sera technicien à la radio où il a côtoyé de nombreux artistes. Son père Kaddour pensa à le marier, et c’est ce qu’il fit. Les noces seront animées par le célèbre Khelifi Ahmed. En 1953, Ali Maâchi crée «Safir Ettarab» (ambassadeurs de la chanson)au moment où l’éveil nationaliste battait son plein grâce aux actions de sensibilisation des partis politiques algériens. Si le groupe d’Ali Maâchi se distingua avec la chanson oranaise et orientale avec des imitations de Farid El Atrache, il optera, plus tard, résolument pour le chant patriotique. Ali Maâchi se fera remarquer par sa superbe chanson «Angham El Djazaier» (Les Mélodies d’Algérie), écrite et composée en 1956. Cette ode à l’Algérie sera reprise avec beaucoup de succès par Nora, après l’indépendance.
Ali Maâchi sera arrêté et assassiné avec deux de ses frères d’armes : Mohamed Djehlane et Djilali Bensotra à Tiaret par les soldats de l’armée française, le 8 juin 1958. Ali Maâchi est mort en martyr et symbolise le combat des artistes pour  que vive l’Algérie indépendante. Le prix Ali Maâchi est institué en 2008 par le ministère de la Culture pour récompenser de jeunes créateurs de divers milieux artistiques. En signe de reconnaissance à son parcours d’artiste militant.
Le second, Farid Ali, a vu le jour le 9 janvier 1919 à Ikhelfounène, dans la commune de Bounouh. Après quelques courtes années d’études, il quitte son village pour rejoindre Alger où il exerça le métier de cordonnier, en 1933. Il s’exil en France en 1940 et s’initia à la musique en côtoyant Amraoui Missoum et Mohamed El-Kamel, deux Algériens, et El-Djamoussi, le Tunisien. Soupçonné d’avoir participé à un attentat contre un responsable de l’ORTF, il sera expulsé de France. Une fois à Alger, Farid Ali activera au sein du PPA/MTLD et sera arrêté et torturé par l’armée française en 1956. Il sera libéré en 1957 et rejoindra la troupe artistique du FLN à Tunis pour participer à l’enregistrement du célèbre double album 33 tours, qui illustre la richesse et la diversité du patrimoine lyrique algérien. Le 33 Tours enregistré à Tunis sera édité en ex-Yougoslavie. Farid Ali s’illustrera avec sa complainte «A Yemma Azizen Ur Tsru» (Chère maman, ne pleure pas), assurément une des meilleures chansons patriotiques qui fera le succès de ce chanteur engagé. Farid Ali décède le 18 octobre 1981 des suites d’une longue maladie.
Abdelkrim Tazaroute