Amar Rekhila, historien : «Une rupture»

Historien et professeur de droit international, Amar Rekhila revisite l’événement historique et en rappelle les leçons.

Vous avez mené des recherches sur le 8 Mai 45. Quelle lecture faites-vous de ces évènements ?
Il ne s’agit pas de simples évènements mais de massacres qu’il ne faut pas limiter aux régions de Guelma, Kherrata et Sétif. Ces crimes ont touché tout l’est algérien, une partie de la Kabylie et du centre du pays. Des massacres ont été recensés dans au moins de 45 endroits du territoire national.
Quelles ont été les conséquences sur la scène politique nationale ?
On a acquis la conviction selon laquelle il n’y avait plus de possibilité de conciliation avec les Français. Il y a eu des conséquences positives sur le mouvement national dans la mesure où ces massacres ont permis de comprendre qu’il n’y avait plus de possibilité d’entreprendre des pourparlers ou des négociations avec le colonisateur. De plus, les Algériens ont acquis la certitude que la meilleure manière de recouvrer l’indépendance était de passer à l’action et ne plus s’encombrer de discussions et pourparlers .
En somme une rupture ?
Une véritable rupture avec l’administration française. Et tous ceux qui voulaient négocier avec le colonisateur n’avaient plus de crédit auprès de la population
Faut-il demander réparation à l’ancienne puissance coloniale?
Pour être sincère, depuis l’indépendance du pays jusqu’au début des années 2000, il n’y a pas eu une demande dans ce sens de la part des Algériens. Ces deux dernières décennies, il y a eu une demande formulée même par la population. L’essentiel est de garder la mémoire des générations futures pour qu’elles n’oublient pas ce qui s’est passé durant la colonisation et sachent ce qu’a coûté la liberté.
Vous préconisez un travail de mémoire ?
Pour se prémunir contre l’oubli, il est impératif de transmettre l’histoire. S’agissant des indemnisations, les choses peuvent évoluer car les relations algéro-françaises ne sont pas statiques.
Les massacres du 8 Mai 45 sont-ils des crimes contre l’humanité ?
Oui, il est très possible de les qualifier ainsi pour une raison toute simple. L’atrocité des massacres du 8 Mai 45 avec d’autres commis dans d’autres contrées actuellement reconnus comme crimes contre l’humanité est sans commune mesure. Cette reconnaissance devrait s’étendre à ce qui s’est passé le  8 Mai 45. Le problème ne réside pas dans la qualification de crimes contre l’humanité mais dans le fait que les Algériens n’aient pas formulé une telle revendication.
Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem