Ammar Foufou, expert en agro-écologie : « Responsabiliser les générations futures »

Expert en agro-écologie, Ammar Foufou appelle à ce que les générations futures soient responsabilisées dès à présent sur l’importance de la protection et de la préservation de l’environnement et de la planète Terre.

La Journée mondiale de l’environnement est célébrée, cette année, sous le slogan de «Une seule Terre», pour encourager l’émergence de modes de vie écologiques et plus propres. Est-ce que vous pensez que l’Algérie peut relever ce défi ?
L’Algérie peut relever ce défi dans la mesure où il y a une prise de conscience de la part des citoyens notamment, qui commence à se faire sentir. Cette prise de conscience se voit dans le comportement quotidien et au travers des actions du mouvement associatif, éducatif et sportif. Les générations futures sont à responsabiliser dès maintenant sur la protection et sur la préservation de l’environnement et de la planète Terre. À travers aussi les programmes nationaux lancés par le gouvernement depuis des décennies, bien que leur impact ne soit toujours pas perceptible sur la vie quotidienne des citoyens, car c’est ce dernier qui est appelé à prendre en charge la question environnementale par son implication directe et active. À titre d’exemple, le tri des déchets en Algérie est loin d’être une affaire résolue, tout comme la problématique des usines dans les villes industrielles. La réduction de la pollution nécessite des actions plus concrètes qui devraient se traduire par la modernisation des villes et la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Le parc automobile public, en outre, fonctionne toujours au gasoil. Les citoyens pensent toujours que la voiture est l’outil le plus approprié pour se déplacer au quotidien, alors que d’autres alternatives sont possibles, comme la création des pistes cyclables dans les villes, le développement des réseaux ferroviaires, le tramway… Sans oublier le transport maritime qui pourrait résoudre la problématique de la pollution.
Justement, avons-nous, au niveau des écoles, des entreprises et des institutions cette culture de préservation de l’environnement ?
Les entreprises algériennes, des secteurs public et privé, doivent s’impliquer davantage dans les programmes nationaux relatifs à la protection de l’environnement à travers des actions de sensibilisation, d’éducation environnementale. Être, en somme, une entreprise citoyenne responsable. Les textes relatifs à la conformité environnementale et à la fiabilité écologique de toute entreprise créée existent depuis des années. Reste à savoir s’ils sont vraiment appliqués et traduisent réellement la volonté de ces entreprises à se lancer dans le défi de la protection de l’environnement. Les entreprises doivent et peuvent s’impliquer dans le financement de la recherche scientifique et s’ouvrir davantage sur les universités et les centres de recherche pour exposer leurs propres problématiques écologiques et environnementales et permettre ainsi aux laboratoires de recherche de répondre aux questions par des résultats et des données fiables et applicables sur le terrain. La protection de l’environnement n’est pas seulement une affaire du gouvernement, elle est désormais l’affaire et la tâche de tout un chacun, tels les universités à travers leurs laboratoires de recherche, les centres de recherche, les entreprises publiques et privées, le mouvement associatif et la société civile.
Vous allez prendre part à un séminaire national à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement. Pourriez-vous nous dire quel sera l’objet de votre intervention?
Mon intervention sera axée sur le rôle de l’homme dans l’équilibre de l’espace rural et écologique, illustrée par une étude de cas de l’exode rural et de son impact sur la sécurité alimentaire du pays. Ça sera sur le rôle de l’homme dans l’équilibre spatial en Algérie et sa contribution dans la valorisation des ressources naturelles disponibles. L’homme rural est un élément clé dans le maintien des activités économiques et sociales dans les territoires de l’arrière-pays. La fixation et le maintien de la population rurale dans l’espace est une priorité absolue pour reconquérir les territoires perdus durant la vague de l’exode rural massif de la décennie noire. Lorsque l’espace se sépare de l’homme, le territoire devient inerte et improductif. L’espace rural algérien ne cesse de perdre sa population qui cherche désormais des conditions de vie meilleures. Cela se répercute sur l’équilibre spatial, car producteurs hier, consommateurs, aujourd’hui, est une réalité à laquelle nous devons faire face pour assurer la sécurité alimentaire de notre pays.
Entretien réalisé par Farida Belkhiri