Grande librairie d’Oran «Abdelkader Alloula» : Un sanctuaire du livre

Près de trois années après son ouverture, dans la prestigieuse artère du boulevard de la Soummam, la Grande librairie d’Oran «Abdelkader Alloula», au centre-ville, résiste encore à la crise du secteur du livre, mais surtout celle due à la pandémie.

Une tâche qui devient de « plus en plus difficile, » reconnaît le gérant de cet établissement mais qui est « appréhendée toujours avec autant d’abnégation et de passion », tempère-t-il. Il est 11h lorsqu’on pousse la porte de la libraire. Le calme et la fraîcheur qui y règnent contrastent avec le brouhaha extérieur et les gesticulations de ses passants en sueur, ultimes soubresauts d’un été qui s’en va comme il était venu. En toute discrétion. Au lendemain de la rentrée des classes, on pouvait s’attendre à ce qu’il y ait foule dans ce sanctuaire du livre composé de trois niveaux dédiés à quelque 3000 ouvrages, toutes disciplines confondues. Mais rien de tel. Seul le caissier qu’on salue furtivement et le gérant de l’établissement qu’on arrive tout de même à distinguer derrière sa bavette, en train de discuter au téléphone, occupent les lieux. On fait une première ronde dans les rayons du rez-de-chaussée. Deux minutes plus tard, un premier client pousse la porte. Il se dirige vers le rayon des livres de langue anglaise. Il a l’air de savoir précisément quoi chercher. Il choisit, rapidement, deux ouvrages (grand format) des éditions Oxford. Il vérifie le prix en utilisant un des divers lecteurs de code barre mis à la disposition des clients à chaque coin de rayon. Entre-temps, le gérant termine sa communication au téléphone. On l’aborde pour lui demander des nouvelles sur sa jeune librairie, après que nous nous sommes présentés.
« Dans l’ensemble, ça va. On résiste, même si depuis l’arrivée de cette pandémie, c’est devenu très difficile pour nous », nous répond-il avant d’être interrompu par le client, deux grands livres sur les bras. « J’espère que vous allez me faire une petite réduction comme la dernière fois. Je suis un client fidèle, demande-t-il, au gérant. Ce dernier répond qu’il est difficile de faire des réductions sur des prix déjà réduits à leur strict minimum. Après quelques minutes de négociations, le client décide finalement de prendre un seul livre au lieu des deux prévus, en dépit de la réduction qui lui a été accordée. Les temps sont durs pour tout le monde, y compris pour les libraires dont les finances frisent souvent la zone rouge, tirées vers le bas par la baisse des ventes, mais surtout par les diverses charges, notamment celles relatives à la location de leurs locaux commerciaux. La grande librairie « Abdelkader Alloula », cette magnifique bâtisse coloniale de style architectural haussmannien qui se déploie sur trois niveaux, d’une superficie globale de 400 m², ne fait pas exception.
La location de biens immobiliers de ce type, et de cette superficie surtout, se négocie facilement autour des 300.000 DA par mois au niveau de cette grande artère du centre-ville où se côtoient hôtels et restaurants de luxe ainsi qu’institutions bancaires et éducatives de prestige.
RÉSISTANCE
Le gérant de l’établissement nous rappellera d’ailleurs que cette librairie a été ouverte « en ces temps où ce genre de commerces ferment et où la lecture connait un grand recul ». Pour lui, un tel projet est une « véritable aventure », rendue possible grâce « à l’engagement du propriétaire, qui a relevé un vrai défi qui vise en premier lieu à promouvoir et encourager la lecture ». La librairie propose des livres scientifiques, théologiques, politiques, sociologiques, culturels, littéraires et artistiques, ainsi que des livres pour enfants, des dictionnaires et autres ouvrages de l’art de la décoration, du jardinage, de la cuisine, des bandes dessinées et des livres d’apprentissage des langues étrangères dont l’anglais, le français, le russe et le chinois. Sur les deux niveaux de la librairie, des milliers de livres récents ornent les étagères de cet espace culturel et scientifique, dans des domaines comme l’histoire, le droit, la physique et la chimie et d’autres spécialités. Le premier étage est réservé aux ouvrages récents destinés aux spécialistes et aux professionnels de la médecine, ainsi que des dictionnaires médicaux.
Yahia Benaïssa