Année universitaire : En dents de scie

L’année universitaire n’a pas été de tout repos. Aux problèmes pédagogiques dans lesquels se démenait l’enseignement supérieur est venue se greffer la pandémie du coronavirus. Résultats : Cours chamboulés et forme présentielle bannie au profit d’une formation à distance. Mais ni les administrations, ni les enseignants, ni les étudiants et encore moins la technologie n’ont pu suivre ces bouleversements. De l’avis de tous les acteurs, l’intégration de cette nouvelle forme d’enseignement, une première en Algérie, nécessitait des moyens adéquats, comme l’internet à haut débit, des salles réservées à ce genre de cours, des enseignants bien formés, une administration bien organisée. Pour la prochaine rentrée, le monde universitaire espère une amélioration des conditions pédagogiques, d’autant que la majorité des étudiants adhère à l’idée d’une formation à distance.

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) a rendu public un bilan exhaustif de l’année universitaire 2020-2021. Une première ! Un document de 147 pages, publié sur le site web du MESRS, évoque avec force détails la politique de la tutelle. Cette nouvelle stratégie de communication innove à travers ce bilan inédit. En introduction, le ministre du secteur n’a pas omis de rappeler cette difficulté de l’année universitaire fortement perturbée par la crise sanitaire. «Une année vécue du début jusqu’à la fin sous la menace de ce virus mortel. Depuis mars dernier où des centaines de millions d’étudiants dans le monde ont abandonné leurs écoles et universités.» Le ministre revient sur cette période pour évoquer l’alternative : «Nous avons choisi l’enseignement à distance comme bouée de sauvetage, avec détermination et constance, pour le dépassement des obstacles et vaincre la pandémie.»
En termes de capacités d’accueil, le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a bénéficié cette année de 42.000 places pédagogiques répartis à travers 11 wilayas. Le tissu universitaire qui compte actuellement 109 établissements, dont 9 centres universitaires, 53 universités, 35 écoles nationales supérieures et 11 écoles supérieurs des enseignants, accueille 1.469.984 étudiants inscrits, dont 76.259 en 3e cycle.
42.000 places pédagogiques dans 11 wilayas
Par ailleurs, l’université algérienne emploie 61.277 enseignants universitaires, une moyenne de 25 étudiants par enseignant. En dehors du secteur public, l’enseignement supérieur en Algérie comptabilise aussi 11 instituts privés agréés par les services de l’Etat. Aussi, à signaler que l’année en cours a vu l’inauguration de la bibliothèque du pôle universitaire d’El Kseur, à Béjaïa, celle de l’université centrale Ahmed-Ben Bella à Oran, une à l’université de Laghouat et une bibliothèque centrale à l’université Ferhat-Abbas à Sétif. Sur un autre plan, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a élaboré aussi un plan stratégique pour permettre l’adoption d’un système d’enseignement innovant et compétitif à l’échelle mondiale qui répond aux besoins du marché du travail. Pour réaliser cette stratégie, une mise à jour du kit législatif et réglementaire régissant l’établissement d’enseignement supérieur s’impose, afin de le mettre en phase avec les évolutions des nouvelles technologies de communications et l’amélioration de sa qualité et de sa compétitivité.
Des réformes s’imposent
Dans ce contexte, le ministère de l’Enseignement supérieur a signé plusieurs accords de partenariat avec différents départements ministériels pour conjuguer leurs efforts, dans l’objectif d’améliorer les formations prodiguées aux étudiants. La mise à jour des outils organisationnels et juridiques qui régissent ces études est ainsi nécessaire. Une avancée notable dans la formation et la pratique est projetée pour les années à venir. Abdelbaki Benziane avait, par ailleurs, mis l’accent, lors d’une rencontre d’évaluation avec les responsables et les enseignants de l’université de Bejaïa et des cadres des centres universitaires environnants, sur la nécessité d’améliorer la qualité de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique au sein des universités algériennes. «Une exigence de l’heure pour faire face aux défis socioéconomiques qui se posent au pays», avait-il précisé. Il avait même promis «des réformes approfondies». Un programme stratégique a été mis en place pour venir à bout des contraintes et corriger les insuffisances, à l’instar du système LMD qui, selon lui, «a atteint ses limites». Outre la qualité de la formation, Benziane n’a pas omis de parler sur la gestion de l’Office national des œuvres universitaires. Il a reconnu qu’elle «méritait une profonde révision». Une dynamique de réforme qui traduit la volonté politique du gouvernement. Il est à rappeler, dans ce contexte, que l’année universitaire avait été marquée par deux dames qui ont secoué l’opinion publique. Il s’agit du décès d’une étudiante dans un incendie dans la cité universitaire Ouled Fayet 2 à Alger et celui survenu à Oran, où un étudiant a été fauché par une voiture sur la route nationale, non loin de la cité universitaire Rezoug-Belkhir, où il résidait. Il tentait de fuir une agression à la sortie du campus. Des incidents qui ont suscité la réaction de la société civile, en particulier les organisations estudiantines qui réclament de meilleures conditions d’hébergement et la sécurisation des alentours des citées universitaires.
Samira Azzegag