Apiculture : Les abeilles désertent les ruches

Nul besoin de statistiques. Le constat on le fait dans des champs et jardins. Comme d’autres insectes, les abeilles sont désormais moins nombreuses à voleter et à butiner d’une fleur à une autre. On n’est certes pas encore au stade où les apiculteurs se voient contraints de recourir à la «location» de colonies mais le péril est perceptible sur une filière qui peut encore se développer dans notre pays. Apiculteurs et chercheurs évoquent, dans ce dossier, les raisons et les dangers de ce phénomène sur lequel de grandes personnalités ont alerté. Le recours aux pesticides et les changements climatiques expliquent, pour une grande part, ce qui s’apparente à un désastre écologique. Néanmoins, cela n’empêche pas – jusqu’à quand ?- de voir le volume de production de miel augmenter et le produit se vendre mieux lors de foires dédiées aux produits du terroir.

L’absence des abeilles, beaucoup  moins  visibles qu’il y a une dizaine d’années en ces jours de printemps, n’est pas bon signe. Elles sont rares à voleter et butiner d’une fleur à une autre. Pour nombre de scientifiques,  l’heure est grave. Au fil des années, les abeilles ont déserté nos champs et jardins où le silence a remplacé leur bourdonnement. Les colonies ont déserté les forêts et les abeilles s’agglutinent de moins en moins devant les étals des pâtissiers. Des ruches entières sont décimées et les populations sont en nette diminution. Or, les abeilles jouent un rôle central dans la biodiversité grâce à la  pollinisation, cruciale également pour l’agriculture. La filière milléfère est pourtant très rentable. Il suffit de visiter les foires qui se tiennent dans nos villes pour se rendre compte que le miel, dont les vertus curatives sont innombrables,  est très demandé et consommé.
Le recours aux pesticides, les feux de forêt, les insectes ravageurs et autres maladies sont les principales causes de cette situation. La raréfaction des abeilles  n’affecte pas uniquement la production de miel, mais presque 80% des produits agricoles et arboricoles.  Tôt ou tard, l’ensemble des cultures sera touchée et en cas de faible fréquentation, les pertes peuvent baisser de 40%.
Selon les chiffres fournis par l’Association nationale des apiculteurs professionnels algériens (ANAP), la  production de miel se situe entre 6.000 et  7.000 tonnes par an et la consommation annuelle est de 125 g par habitant.
Selon Mme Meriem Hammal, animatrice au sein de l’association, l’Algérie n’échappe pas à ce qui se passe à travers le monde, où l’abeille tend à devenir une espèce en voie de disparition. Créée en 2015, l’ANAP, qui compte plus de 258 apiculteurs issus des 32 wilayas, a pour mission de  réunir les professionnels de la  filière et de prendre en charge leurs besoins, notamment en matière de formation.  Amélioration durable des produits de la ruche, accès aux intrants de qualité, plus de visibilité sur des marchés rémunérateurs, développement et pérennisation d’une offre de services adaptée aux besoins des apiculteurs et de leurs territoires figurent parmi les priorités de l’association.
Notre interlocutrice évoque aussi un autre problème, celui de l’importation des reines, qui se révèle une nouvelle source de danger et de pollution domestique pour les espèces locales qui résistent de moins en moins aux maladies et autres aléas climatiques. «Nos deux espèces locales, la tellienne et la saharienne, sont en voie de disparition à cause des importations. L’urgence est de lutter contre les importations qui menacent notre production locale», assène-t-elle.
L’absence des insectes polinisateurs en général, et des abeilles en particulier, durant la belle saison est un signe d’alerte. Elle vient rappeler que le  désastre écologique, qu’aggrave le  changement climatique, a plusieurs visages.
Samira B.