Revirement de l’Espagne sur le conflit sahraoui : Condamnation unanime

Le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Brahim Boughali a appelé, ce lundi à Alger, les «honorables» parlementaires en Espagne à rejeter le changement de la position officielle  de leur pays à l’égard de la cause sahraouie, en appui à une cause juste et  en solidarité avec un peuple colonisé.

«A partir de cette tribune, j’invite nos honorables homologues parmi les parlementaires du Royaume d’Espagne à exprimer leur rejet de ces concessions inacceptables et de ce changement de position qui ne servira pas les intérêts du Royaume espagnol, et ce en soutien à une cause juste et à un droit légitime, et en solidarité avec un peuple qui souffre depuis des  décennies, d’une occupation sans fondement juridique et rejetée par toutes les instances internationales», a affirmé M. Boughali dans son allocution à l’ouverture d’une séance plénière de l’APN consacrée à la présentation et  au débat du projet de loi sur le découpage judiciaire.
Le même responsable a exprimé son étonnement quant au revirement de position de l’Espagne à l’égard de la question du Sahara Occidental, inscrite à l’ONU comme une question de décolonisation, «faisant ainsi fi des chartes internationales et du Droit international qui consacre le droit des peuples à l’autodétermination et à leur souveraineté territoriale». «La surenchère sur les droits inaliénables du peuple sahraoui pour servir des intérêts immédiats en cédant de manière injustifiée à de vils  chantages, ne compromet pas uniquement les efforts en cours pour permettre au peuple sahraoui d’exercer ses droits légitimes mais risque de plonger la région tout entière dans une spirale de tension», a-t-il soutenu.
Par ailleurs, M. Boughali s’est incliné « devant la mémoire des braves  militaires tombés, dimanche, au champ d’honneur pendant l’accomplissement de leur devoir pour défendre le pays contre les ennemis qui tentent d’attenter à sa sécurité», présentant «ses sincères condoléances aux éléments de l’Armée nationale populaire (ANP) et aux familles des martyrs».
Conseil de la nation : «Inadmissible»
Le Conseil de la nation a dénoncé le «soudain revirement» de la position espagnole envers la cause sahraouie, la qualifiant «d’impartiale et d’inadmissible» envers une question de décolonisation classée par l’ONU, qui reconnaît le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Le Conseil a, par la même occasion, rappelé les «positions complices similaires en 1975», soulignant que l’Espagne doit assumer sa responsabilité historique, politique et morale en vue d’effacer l’impact désastreux de sa décision sur le peuple sahraoui et sur toute la région depuis maintenant plus de quatre décennies et demie. La chambre haute du Parlement a également invité les membres du Parlement espagnol à «préserver la dignité des parlements ainsi que la crédibilité de l’action parlementaire humanitaire, en s’employant à corriger le tir et à revoir cette position regrettable et inhabituelle dans le traitement du dossier sahraoui par l’Espagne».
Les partis politiques s’indignent 
Des partis politiques ont exprimé dimanche leur dénonciation et leur condamnation de la «nouvelle» et «surprenante» position du gouvernement espagnol envers la question du Sahara Occidental, estimant qu’elle «est loin d’être sérieuse et réaliste, et qu’elle ne participe pas à mettre fin au conflit entre le Front Polisario et le Maroc».
A cet effet, le parti du Front de libération nationale (FLN) a exprimé sa condamnation avec force de la position «surprenante» de l’Espagne envers la question du Sahara Occidental, considérant qu’elle «suscite, non seulement, l’étonnement, compte tenu de la position précédente de l’Espagne, engagée à rester neutre et favorable à une solution politique juste sous l’égide de l’ONU, mais va complètement à l’encontre de la légalité internationale».
«Ce brusque revirement confirme clairement l’existence d’un accord de troc entre l’Espagne et le régime marocain du Makhzen. Cette position qui constitue aussi une trahison historique car étant loin d’être sérieuse, réaliste et crédible, est source de nouvelles tensions et ne participe pas à mettre fin au conflit entre le Front Polisario, l’unique représentant légitime du peuple sahraoui, et le Royaume du Maroc», a ajouté le parti. Dans le sillage, le parti FLN a appelé le gouvernement espagnol à «revoir sa nouvelle position et à se conformer aux résolutions de la légalité internationale en vue de trouver une solution juste et durable à même de garantir au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination», réaffirmant «son plein soutien à la décision de l’Etat de rappeler l’ambassadeur d’Algérie à Madrid pour consultations, ce qui exprime les positions de principe de l’Algérie en faveur de la cause sahraouie, considérée comme question de décolonisation».
Pour sa part, le Rassemblement national démocratique (RND) a condamné «la nouvelle position du gouvernement espagnol qui adopte de manière provocante la proposition marocaine relative au soi-disant ‘plan d’autonomie’ au lieu du référendum d’autodétermination, en opposition explicite aux résolutions onusiennes et à la volonté du peuple sahraoui et des peuples libres de décoloniser la dernière colonie d’Afrique». L’Espagne, «qui a toujours plaidé pour une solution politique au conflit au Sahara Occidental, assume une lourde responsabilité historique et morale dans la poursuite des souffrances des Sahraouis tout au long de ces décennies», a-t-il souligné, appelant le gouvernement espagnol à «rétablir ses relations avec Rabat, loin des intérêts du peuple sahraoui et de son droit à l’autodétermination via un référendum qui est un choix incontournable». Dans ce cadre, le RND a salué «l’attachement de l’Algérie à ses principes et aux constantes de sa politique extérieure concernant l’appui des questions de libération et de soutien à la paix et à la sécurité internationales».
Dans ce sens, le Mouvement El-Bina s’est dit «étonné» par le contenu du message du chef du gouvernement espagnol adressé au régime marocain du Makhzen , notant que « l’adoption par l’Espagne d’une nouvelle position concernant la question du Sahara Occidental suscite un grand étonnement, sachant qu’elle a toujours fait preuve de neutralité en plaidant pour une solution politique juste sous les auspices de l’ONU».  Le Mouvement El-Bina dénonce cette position «impartiale et subjective» qu’elle qualifie de «désengagement flagrant par l’Espagne vis-à-vis de la question de décolonisation, et de déni de ses responsabilités internationales envers la cause juste du peuple sahraoui». A ce propos, le Mouvement El-Bina a appelé le gouvernement espagnol à remettre en cause sa nouvelle position favorable au soi-disant ‘plan d’autonomie’, car n’étant qu’une illusion marocaine, et à se conformer aux résolutions de la légalité internationale pour parvenir à une solution politique durable qui garantisse au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination.

 

Saïd Ayachi, président du Comité algérien de solidarité avec le peuple sahraoui : «Une décision indigne»
Le président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui, Saïd Ayachi,a condamné vigoureusement le revirement «inattendu» de la position de l’Espagne sur le dossier du Sahara Occidental. Le  gouvernement de Pedro Sanchez  a, pour rappel, décidé de soutenir le plan marocain «d’autonomie» du Sahara Occidental.
 «C’est une décision grave, indigne, dangereuse…», a soutenu, ce lundi, Saïd Ayachi, sur les ondes de la radio Chaîne III. Une décision qui a scandalisé, dira-t-il, «une grande partie de la classe politique et de la société civile espagnoles». Elle perpétue, poursuit-il, «l’instabilité dans la région dans le sens où elle conforte la politique marocaine du fait accompli (…) et déclasse l’Espagne au regard de la communauté internationale». Pour Ayachi, c’est la deuxième grande trahison au peuple sahraouis après «le funeste» accord de Madrid 1975. Il précise, toutefois, que le peuple espagnol s’est démarqué de cette position et demeure dans son écrasante majorité solidaire avec le peuple sahraoui.
Interrogé sur les raisons ayant suscité une telle «dérive» de la part du gouvernement espagnol, l’invité de la Chaîne III explique qu’il y a eu des calculs «simplistes», pour préserver ses intérêts avec le Maroc, où plus de «200 entreprises espagnoles sont établies». Dans le détail, il relève que l’Espagne a un intérêt stratégique à rétablir ses relations avec le Maroc, essentielles notamment dans la lutte contre l’immigration illégale, la drogue et le terrorisme ainsi que par l’interférence des lobbies économiques. L’Espagne a, ainsi, «cédé à la pression et au chantage» du Maroc. Selon lui, ce «dérapage»  conduira l’Espagne «à l’isolement et au renforcement de l’insécurité dans la région, alors que ce pays devait contribuer à instaurer la sécurité dans la région». Il rappelle, par ailleurs, que Madrid a, jusqu’ici, «été favorable à une résolution du conflit, dans le cadre des Nations unies». «Le gouvernement espagnol avait refusé de se positionner sur l’ancienne colonie espagnole classée comme non autonome par l’ONU, et dont la majeure partie du territoire est sous contrôle du Maroc depuis la guerre menée en 1976 contre les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger», rappelle-t-il.
Renouvelant sa solidarité avec la revendication du droit à l’autodétermination, il affirme que la décision du gouvernement Sanchez n’altère en rien la détermination du peuple sahraoui qui lutte pour son indépendance.
Samira Azzegag