Aquaculture : Priorité vitale

Ces dernières années, l’aquaculture a pris une importance grandissante. Beaucoup d’opérateurs économiques s’y intéressent et le ministère de la Pêche et des Productions halieutiques a fait du développement de cette activité un axe prioritaire de son programme.

Un bilan des activités du secteur pour l’année 2020 fait état de l’accompagnement de la réalisation de huit nouveaux projets d’investissement privé dans l’élevage de poissons, dans les wilayas de Bejaïa, Boumerdès et Tizi Ouzou, en plus de trois nouvelles entreprises d’élevage de coquillages de mer au niveau des wilayas de Relizane et de Tipasa, et de l’octroi d’une concession pour la réalisation de deux fermes d’élevage de crevettes. Le nombre de projets parachevés dans le domaine de l’aquaculture s’élève à 86 projets en cours d’exploitation et de production, ce qui a permis à la production de passer de 1.327 tonnes en 2015 à près de 10.000 tonnes en 2020. Le secteur œuvre à augmenter le volume de production dans la filière de l’aquaculture, d’ici à 2024, afin d’améliorer la disponibilité des produits halieutiques sur le marché national. Depuis, plusieurs projets sont entrés en production l’année dernière. L’objectif est d’augmenter de 50.000 tonnes le volume de production dans la filière de l’aquaculture.
Le même département s’emploie à la mise en place de toutes les facilitations administratives et juridiques d’accompagnement des investisseurs. Il s’agit, entre autres, de prendre en charge les intérêts des prêts dans le cadre du Fonds national d’aide au développement de la pêche et de l’aquaculture, de l’acquisition du foncier au niveau portuaire et terrestre et de l’encouragement des industries ayant trait à cette activité. Le bilan comporte aussi la signature d’un accord-cadre de coopération en matière de développement technologique des aquacultures, notamment en ce qui concerne la conception de cages flottantes entre le Centre de recherche en technologies industrielles (CRTI), le Centre national de développement des technologies avancées (CDTA), le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) et le Centre national de recherche et de développement de la pêche et de l’aquaculture (CNRDPA), avec la création d’un complexe pour la conception des modèles pour les cages flottantes.
S’agissant du développement de l’aquaculture en eau douce, le ministère a fait état du lancement de trois projets innovants dans la culture d’algues dans les wilayas de Khenchela, Aïn Defla et Tlemcen, et d’un projet de culture hydroponique en coopération avec l’Office national de l’irrigation et du drainage (Onid). Cela sans compter deux projets, premiers du genre dans la wilaya de Tamanrasset, qui concernent l’élevage de la Spirulina platensis et de la Tilapia.
Amokrane Hamiche
 
Rachid Annane, directeur au ministère de la Pêche et des Productions halieutiques : «L’investissement aquacole connaît une croissance remarquable» 
Le directeur du développement de l’aquaculture au ministère de la Pêche et des Productions halieutiques, dans cet entretien, sur l’essor de l’aquaculture et les actions des pouvoirs publics visant à ériger celle-ci en une véritable activité créatrice  de richesses.
Quelle importance accordez-vous au développement de l’aquaculture ?
Parmi les axes prioritaires dans le programme du gouvernement, au titre du plan  d’action du secteur de la Pêche et des Productions halieutiques pour la période 2021-2024, figure le développement de l’aquaculture qui occupe une place de choix,  vu sa place stratégique. La production mondiale ne cesse de s’accroître en raison de la régression des captures de la pêche naturelle maritime.
A l’échelle mondiale, un poisson sur deux est issu de l’aquaculture. En Algérie, celle-ci n’est pas seulement considérée comme alternative pour combler le déficit de la pêche mais une activité économique importante dans le cadre de la croissance bleue. Dans ce contexte, il faut préciser que la chaîne de valeur de l’aquaculture englobe plusieurs disciplines et filières qui peuvent construire un tissu industriel capable de créer des postes d’emploi et générer de la valeur ajoutée. En dépit de la double crise financière et sanitaire et de ses effets négatifs sur la croissance, l’investissement aquacole connaît une croissance remarquable. Cette dynamique est caractérisée par la captation de capitaux issus de l’autofinancement qui contribue effectivement à l’introduction de ces capitaux dans le cycle économique formel. Ces activités nous ont permis la commercialisation d’environ 5200 tonnes de produits aquacoles en 2021. On enregistre par ailleurs 101 exploitations aquacoles, dont 13 nouveaux projets réalisés en 2021.
Qu’en est-il des prévisions de production ? 
On prévoit une croissance de la production aquacole de 100% en 2022, résultat des efforts de l’alevinage en 2021 qui a atteint 16,3 millions d’alevins de poisson marin et de dizaines des projets en souffrance qui ont accompagné la reprise de l’activité.  Par ailleurs, 35 projets aquacoles ont eu le statut de start-up. Un groupement économique a été créé. Constitué de fabricants, de bureaux d’étude, de chercheurs des secteurs public et privé, il s’emploie actuellement à accélérer la fabrication locale de cages flottantes avec toutes leurs composantes, de la phase de conception à la réalisation, jusqu’au  montage et à la maintenance, après qu’elles eurent été importées moyennant d’importantes dépenses en devises (100 000 dollars l’unité). La réussite du montage et de l’exploitation de 6 cages flottantes dans la wilaya de Mostaganem avec un taux d’intégration estimé à 65% constitue notre motivation. La fabrication d’une cage flottante à 100% algérienne a été lancée moyennant un coût estimé à seulement 60% du prix induit à l’importation, qui entrera en service au niveau d’une ferme aquacole dans la wilaya d’Oran avant la fin de l’année pour servir de prototype opérationnel en vue de la promotion de cette industrie.
C’est à dire…
Le gouvernement a opté pour le développement des investissements dans l’aquaculture (marine et d’eau douce) dans l’objectif d’atteindre 50 000 tonnes/an à travers 103 nouveaux projets, moyennant un investissement global estimé à 30 milliards de dinars. La filière de l’aquaculture marine représente 80% du programme initialement fixé en raison de sa capacité de production élevée (600 tonnes par projet), ainsi que de la fluidité de la commercialisation due aux habitudes de consommation de la société algérienne ; ce qui accélère l’atteinte des objectifs, la captation de capitaux importants pour le cycle économique, ainsi que la stimulation de la croissance à travers la mise en mouvement des différentes boucles de la chaîne de valeur de la filière dont différentes spécialités et professions chevauchent les activités. L’expérience réussie de production du tilapia au niveau de la ferme agricole filiale Cosider à Khenchela et la réussite de la commercialisation dans les points de ventes à Alger, nous a poussés à donner une grande place à cette filière.
Qu’en est-il des autres espèces cultivées ?
La production marine comprend actuellement trois produits principaux, à savoir la daurade,  le loup de mer et les moules, et pour diversifier les espèces cultivées, le secteur a prévu d’étendre l’activité à l’engraissement du thon rouge et à la crevetticulture. Afin d’assurer la viabilité et la croissance de la filière, conformément aux objectifs généraux du programme du président de la République, le programme 2021-2024 se caractérise par une stratégie globale qui se préoccupe de toutes les étapes de réalisation de l’augmentation de la production tout le long de la chaîne de valeur, avant, durant et après la production. Dans ce contexte, il est prévu de développer les petites et moyennes industries à travers le lancement de l’industrie des intrants, qu’il s’agisse des aliments artificiels, des larves et des alevins, ou des équipements entrant dans la production et la promotion des industries de transformation, de développer également des industries aquacoles comme celles pour la fabrication des catamarans et de cages flottantes, de créer des zones d’activité aquacoles et d’accélérer leur aménagement en affectant des enveloppes financières pour les études de réalisation et d’aménagement, ainsi que l’accélération du rythme des études et des réalisations concernant les zones qui ont pu bénéficier d’enveloppes financières. Il est aussi prévu d’assurer l’accompagnement technique des investisseurs à travers la formation et diverses activités de vulgarisation. La stratégie de développement est basée sur la promotion de l’industrie aquacole des intrants en exploitant des ressources humaines, matérielles et ingrédients locaux afin de minimiser la facture d’importation. Dans ce cadre, on a 3 fabriques d’aliments et 12 autres projets sont en cours de démarrage. Même chose pour l’alevinage, le lancement d’écloseries marines est en cours, une étape précédée par une maîtrise de la reproduction de plusieurs espèces à travers le transfert de technologies dans le cadre de la coopération internationale. S’agissant de l’aquaculture en eau douce, on recense 39 fermes en production et 15 projets en cours de réalisation et plus de 300 demandes d’investissement. La pêche continentale est aussi une source importante de production. L’aquaculture continentale a contribué par 2500 tonnes en 2021. La filière aquacole a permis de créer 13 000 emplois directs et indirects et on vise 14 000 à l’horizon 2024. La filière représente une valeur commerciale de 3,8 milliards de dinars.
Entretien réalisé par Amokrane H.