Sahara algérien : Le sol miracle !

Pour ses richesses abondantes, le chef de l’Etat en a fait du Sahara la cheville ouvrière de sa politique agricole en allant jusqu’à mettre sur pied un département spécifique à son développement. Aujourd’hui, les marchés de fruits et légumes du Nord du pays sont alimentés en grande partie par des produits venant tout droit du grand Sud. Naturellement, le nouvel eldorado ne laisse pas indifférents les opérateurs économiques, encouragés par la détermination du gouvernement à accompagner leurs investissements.

Depuis l’inauguration dans les années soixante du projet de la plaine d’Abadla, à Béchar, et à la faveur de la nouvelle politique de mise en valeur agricole instaurée depuis 1983 afin de remplacer l’agriculture traditionnelle, plusieurs projets d’actions sont initiés pour permettre au secteur agricole de relever d’autres défis. Le président de la République a, à cet effet, fait de la promotion de l’agriculture saharienne l’un des piliers de son plan de relance économique. C’est dans ce cadre qu’il a mis sur pied un ministère délégué chargé de l’Agriculture saharienne et des Montagnes. Une mission confiée à Foued Chehat, ancien directeur de l’Institut national de recherche agronomique. S’en suivis différents programmes pour le développement des régions du Sud. Ces derniers ont permis la réunion des conditions nécessaires pour notamment assurer la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie et des revenus des populations rurales.
Un premier pas a été franchi avec l’approbation, le 21 mai 2020, du décret exécutif portant création de l’Office national de l’agriculture saharienne, après la décision prise en Conseil des ministres le 3 du même mois pour la mise en valeur de millions d’hectares de terres sahariennes afin de développer les agro-industries. Et dans le souci d’accélérer l’identification de l’assiette foncière devant recevoir les grands projets d’investissement agricoles et industriels dans les régions du Sud, leministère de l’Agriculture a eu recours à l’utilisation des technologies géo-spatiales pour évaluer les capacités naturelles (eau et sol) en zones sahariennes. Par la suite, une feuille de route interministérielle dédiée au développement de l’utilisation des énergies durables dans le secteur agricole au niveau des régions du Sud et des Hauts-Plateaux fut élaborée.
Atouts et diversification des cultures
Dans son sous-sol, le Sahara cache l’un des plus grands réservoirs d’eau douce connue sous le nom de nappe de l’Albien. Les potentialités exploitables estimées par le modèle numérique du Système aquifère Sahara septentrional (SASS) à 6,1 milliards de mètres cubes à l’horizon 2050.
En énergies renouvelables, le solaire : 13.9 TWh/an, éolienne : 35 TWh/an et géothermique et nappes aquifères chaudes(Albien). A cela s’ajoute la disponibilité de terres pouvant être rapidement mises en exploitation. Le potentiel apte à une mise en valeur est de 1,4 millions d’hectares localisé dans les grands ensembles étudiés des anciennes palmeraies de l’OuedR’hir, du Touat-Gourara-Tidikelt et sur les nouveaux périmètres de GassiTouil, Hassi Messaoud, In Amenas et d’Abadla.
Grâce à ce potentiel et à la volonté des exploitants agricoles qui ont pu vaincre un milieu hostile, le Sud algérien est devenu le potager de l’Algérie. On y cultive différents types de cultures. La céréaliculture occupant plus de 81.900 ha localisés principalement dans les Ziban et le plateau des dayas. Les cultures maraîchères occupant près de 92.736 ha dont 41% sont réservées à la pomme de terre. Elles sont pratiquées au niveau du Touat, l’Oued Righ, le M’zab et principalement dans le Souf et les Ziban. Le cheptel est prédominé par un effectif ovin avec un taux de 69% concentré dans les régions des ksour des Dayas, Souf et Ziban, d’une part, et, d’autre part, l’élevage camelin représente l’activité spécifique des wilayas du Sud avec un effectif de 339.748 têtes constituant ainsi la quasi-totalité de l’effectif national. Le ministre délégué à l’Agriculture saharienne, Fouad Chehat, avait indiqué, en avril 2020, que quelque 250.000 ha de terre ont été déjà identifiées au niveau de sept wilayas et que des périmètres y ont été validés pour y développer, entre autres, des cultures de céréales, de betterave sucrière et d’espèces oléagineuses, à l’exemple du soja, du colza et de l’arachide. Par ailleurs et en matière de redynamisation de l’électrification agricole, demande insistante et persistante des operateurs, les investisseurs potentiels peuvent déjà compter sur le programme de l’Etat pour le développement des énergies renouvelables dans le Sud. L’année dernière, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, avait  indiqué que Sonelgaz travaille sur le raccordement électrique de 2.800 périmètres agricoles répertoriés. Il a ainsi fait savoir que près de 990 périmètres ont d’ores et déjà été raccordés. Le ministre de l’Energie a également rappelé que son département compte installer 4.000 MW de renouvelable entre 2020 et 2024, répartis en 8 lots de 500 MW couvrant toutes les régions du Sud et des Hauts-Plateaux, mais également dans certaines régions du nord du pays.
Des wilayas d’ores et déjà pionnières
Ces dernières années, plusieurs wilayas du Sud sont devenues pionnières dans l’agriculture saharienne. El Oued est en tête de liste. Non seulement elle inonde le marché de ses produits maraîchers, comme la pomme de terre, mais en plus, grâce à elle, le pays pourrait atteindre l’autosuffisance en produits de sucre de large consommation. Depuis plusieurs années déjà, les agriculteurs de cette wilaya ont tenté des expériences très réussies dans la culture de la betterave sucrière et de la canne à sucre. Selon l’avis des agronomes, grâce aux capacités agricoles du sud du pays, le rendement de la culture de la betterave pourrait atteindre 90 tonnes/ha, avec un taux de saccharose de 23,3%. Un taux qui est plus élevé que la moyenne mondiale, fixée à 16%. Pour ce qui est de la canne à sucre, les résultats des essais sont tellement positifs que la Chambre de l’agriculture de la wilaya a décidé de créer une pépinière de canne à sucre à El Oued, et ce, sur demande des producteurs agricoles locaux. Une première au niveau national. El Oued se distingue également par la production de la pomme de terre. La production est telle que les agriculteurs ne savant plus quoi faire des excédents. Au cours de cette année, des agriculteurs ont exporté une partie de leur production vers des pays européens.  Ouargla, quant à elle, s’est tournée vers l’agro-industrie. Elle a consacré 20.000  hectares de sa superficie agricole à la culture du maïs, les oléagineux, le blé, le tournesol et les légumineuses notamment. A El Ménéa, les spécialistes assurent que toutes les cultures stratégiques peuvent être développées dans cette région. D’ailleurs, elle est déjà réputée dans la production oléiculture, céréaliculture, des fourrages, des huiles alimentaires comme l’arachide, le soja et le colza, ainsi que la tomate industrielle. Par ailleurs, la wilaya de Ghardaïa, d’une façon générale, s’est investie également dans l’horticulture maraîchère et dans les plantes médicinales et aromatiques. Biskra, qui représente à elle seule 40% de la production agricole nationale depuis une dizaine d’années, générant un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros/an, s’est orientée ces derniers temps vers l’oléiculture. Une alternative à la phœniciculture dont le rendement n’est perçu qu’après de longues années. Actuellement, cette wilaya produit chaque année 200.000 quintaux  d’olives de table et 50.000 quintaux d’olives destinés à l’extraction de l’huile. Adrar est d’ores et déjà leadership dans la production de la tomate industrielle avec une production globale de 13 millions de quintaux pour la saison 2019-2020. Le même volume sinon plus est attendu dans cette wilaya pour la saison 2020-2021. Cette wilaya est également appelée à devenir un pôle agricole de production de maïs grâce auquel le pays atteindra une autosuffisance en ce produit tant demandé dans l’élevage.
Amokrane Hamiche et Farida Belkhiri