Baisse du niveau des élèves : Enseignants et pédagogues incriminent la formation

 Ce n’est un secret pour personne, le niveau scolaire en Algérie ne cesse de baisser, et ce, dans tous les paliers du cursus. Du primaire au supérieur, c’est le même constat. Et tous les acteurs et intervenants dans ce secteur imputent la raison au système d’évaluation.

Une enseignante du primaire fraîchement partie en retraite dénonce la complaisance de certaines de ses ex-collègues, rappelant que l’une d’elles a même donné les réponses du sujet sur le tableau en plein examen de cinquième. Conséquence: «Des élèves qui avaient une moyenne ne dépassant pas le 4/10 dans l’évaluation continue de l’année,  se sont retrouvés avec un 9/10 à cet examen qui ouvre droit au collège». Elle dénonce la compromission d’autres enseignants qui gonflent les notes pour faire plaisir aux enfants et aux parents. Autre exemple, «un enfant qui souffrait de dyslexie a reçu un 10/10 en récitation et en lecture sur son bulletin.»
Pour sa part, Ahmed Tessa, pédagogue et ancien conseiller au ministère de l’Education, relève des taux de redoublement effarants au passage de chaque cycle depuis trois décennies. Ainsi, «les élèves arrivent au palier suivant avec un faible niveau», note-t-il. Ce discours s’étend aux enseignants d’université qui restent pantois devant le niveau pédagogique des bacheliers.
Selon les statistiques,25% des élèves du primaire qui arrivent au collège redoublent leur première année.  Ce taux monte à environ 30% pour les lauréats du BEM et parfois jusqu’à 60% en 1re année universitaire pour les bacheliers. Pour Tessa, la première cause de cette situation est à chercher  dans  l’absence de formation initiale pour les enseignants, couplée à «des recrutements laxistes», outre «les programmes, le  système d’évaluation et les méthodes d’enseignement archaïques».
De son côté Mohand-Akli Lannak, enseignant et ancien secrétaire général à la Direction de l’éducation de Tizi Ouzou, ne manque pas, lui aussi, de fustiger le système en place. Au-delà des moyens matériels, humains, pédagogiques qui font défaut, surtout dans les zones déshéritées, il cite «un enseignement au rabais et une formation aléatoire des enseignants et des formateurs». Il évoque aussi des  causes sociales. A cela s’ajoutent «des réformes à la hussarde et une non-maîtrise  des programmes pédagogiques, de la méthodologie, des horaires et des évaluations »
Youcef Hannou, enseignant du secondaire qui assure aussi des vacations au niveau de l’Université, trouve que les programmes complexes du collège ne vont pas de pair avec le niveau «juste moyen» des enseignants, notamment pour les matières scientifiques. Et pour ne rien arranger, il rappelle les erreurs dont sont truffés les manuels scolaires et qui «ne permettent pas à l’élève, encore moins à son enseignant, de travailler correctement». Enfin, il relève la dichotomie entre  la formation en arabe durant tout le cursus scolaire et celle en français à l’Université. Selon lui, la non-maitrise des langues étrangères et les termes scientifiques et technique induit des taux d’échecs allant jusqu’à  80% en première année universitaire.
Quant aux solutions pour y remédier, Saliha l’enseignante estime qu’il est grand temps de spécialiser l’enseignement dans le primaire, comme cela se fait dans le privé, où chaque matière est enseignée par un enseignant qui la maîtrise.
Youcef Hannou, lui, préconise une révision du système d’évaluation, alors qu’Ahmed Tessa souligne  la nécessité de refonder le système éducatif dans son ensemble à la lumière des normes universelles.  Pour lui, la solution existe,  «il suffit juste d’une volonté politique».
Rachid Hammoutène