Des politologues commentent la dernière sortie médiatique de Tebboune

Les déclarations du président de la République au magazine français «Le Point» ont contribué à éclairer l’opinion publique sur des questions majeures et à les faire entretenir dans le débat des experts en sciences politiques.

Abdelmadjid Tebboune est revenu sur de nombreux enjeux de sa présidence dont ceux liés, notamment, à la situation intérieure du pays et les relations de l’Algérie avec la France et le Maroc. Pour le politologue Abderzak Saghour, «le Président est la voix officielle de l’Algérie. Il est le seul à détenir les informations les plus crédibles concernant les agendas de certaines parties qui ont, comme il l’a reconnu, infiltré le mouvement populaire». Il a, de l’avis de ce politologue, «exprimé son point de vue et sa politique vis-à-vis de ce qui se passe à l’intérieur du pays et à l’étranger. Nous sommes face à un discours direct qui répond à des questions d’actualité». Au volet toujours des affaires intérieures, le Président avait évoqué, outre le hirak, l’éventualité de créer un parti présidentiel tout en affirmant qu’«il ne pense pas au deuxième mandat» et que «sa mission est de remettre sur pied le pays, lutter contre les passe-droits, reconstruire les institutions et faire que la République appartienne à tout le monde». Cet objectif serait, selon Saghour, «presque une évidence». Car, dit-il, «la création d’un parti politique affilié au Président est loin d’être une innovation, d’autant plus qu’on parle de la nouvelle Algérie». Celle-ci, poursuit le politologue, «a un besoin réel de nouveaux outils politiques avec des idées qui puissent répondre et s’adapter aux exigences de l’évolution politique, économique et sociale du pays», estimant que «la population aspire à un changement profond et radical». Le Dr Redouane Bouhidel, enseignant de sciences politiques à l’université d’Alger, abonde dans le même sens. Il estime que «le mouvement populaire authentique qui a spontanément rassemblé des millions d’Algériens dans les rues n’est plus le même depuis son infiltration par l’organisation du MAK et le mouvement Rachad», soulignant que «celui-ci a même disparu de la majorité des grandes villes après la satisfaction de ses revendications». Pour lui, la déclaration de Tebboune selon laquelle «l’islamisme en tant qu’idéologie n’existera plus jamais en Algérie». Selon lui, «la population n’est plus prête à voter pour des formations qui pratiquent la politique avec une idéologie extrémiste transcendant toutes les normes et lois et dont certaines affichent ouvertement leur loyauté envers l’étranger. Ce qui est considéré comme un crime par le droit algérien». Il demeure, également, convaincu qu’«il est difficile de voir les partis islamistes prendre la majorité dans le futur Parlement en l’absence d’alliance entre les différentes formations de même obédience et devant le nombre important de candidats indépendants».
L’armée tient à son rôle constitutionnel
Le Président avait également salué, lors de cet entretien, le rôle de l’armée dans la préservation de la sécurité du pays. «Sans l’armée, la situation aurait été pire que celle de la Syrie et de la Libye», a-t-il indiqué. C’est une manière d’affirmer, selon le DrBouhidel, que «l’institution militaire demeure à l’écart de la politique et se doit d’exécuter ses instructions en sa qualité de ministre de la Défense et chef suprême des Forces armées». «Ce message est destiné à l’extérieur, afin de mettre fin aux tentatives de désinformation qui visent l’institution militaire et qui ont pour objectif de porter atteinte à l’ordre public et de menacer la stabilité du pays», a-t-il expliqué, précisant qu’«fallait s’attendre à ce type de réactions de la part de certaines parties étrangères en cette situation exceptionnelle avec un nouveau Président, nouveau code électoral, dissolution du Parlement et des législatives anticipées».
Quant à l’ouverture des frontières avec le Maroc, les deux politologues s’accordent à dire que «rien n’a changé dans les relations entre les deux pays pour que l’Algérie change de position». Pour eux, «l’Algérie continue à soutenir la cause sahraouie et œuvre à cristalliser une solution durable à ce conflit. C’est la position constante du pays que le Président a tenu à réitérer à cette occasion». «Son message est sans équivoque. Il vient répondre aux attaques diplomatiques, médiatiques et électroniques du Maroc contre l’Algérie et qui nuisent aux liens qui unissent les deux peuples frères», soutient le Dr Bouhidel qui revient enfin sur les relations algéro-françaises. D’après lui, «les réponses du Président étaient très diplomatiques au vu des relations économiques entre les deux pays et la forte communauté algérienne vivant en France».
Assia Boucetta