Rebond des exportations hors hydrocarbures : Des projets ciblés concluants 

Le bilan fourni par le ministère du Commerce concernant les exportations hors hydrocarbures durant les 4 premiers mois de 2021 vient confirmer la capacité du pays à s’éloigner de l’économie rentière.

Le montant de ces exportations s’est élevé à 1,14 milliard de dollars, alors qu’il ne dépassait pas les 694 millions de dollars l’année dernière, soit une hausse de 64,56%. Un rebond qui laisse supposer que la diversification économique fondée sur la production et la création de richesse est bel et bien enclenchée pour constituer à l’avenir l’axe principal de la politique économique nationale. Le succès de cette nouvelle stratégie suggère, toutefois, une orientation de la rente pétrolière vers des projets d’investissement concrets, selon l’expert en économie le Dr Farid Benyahia.
«Nous assistons depuis quelques mois à une diversification de nos exportations en direction de certains pays africains, voire même vers les Etats-Unis. Mais le chiffre publié par le département du Commerce demeure insignifiant devant l’objectif assigné par le président de la République qui a annoncé une augmentation des exportations hors hydrocarbures pour atteindre les 5 milliards de dollars d’ici à la fin de 2021», a-t-il indiqué. «Nous sommes à peine à 10% de ces prévisions pour l’année en cours», a-t-il ajouté. Pour le DrBenyahia, qui est également consultant en diagnostic des entreprises, «il est difficile d’atteindre cet objectif en l’absence d’une économie forte, car tout modèle économique est destiné, avant tout, à développer le produit intérieur brut (PIB) et à renforcer l’exportation du produit national. C’est ce qui fait la force des économies coréenne, chinoise, turque, espagnole, portugaise et de bien d’autres pays.» Pour améliorer cet indice, il propose «l’augmentation des salaires et la création de nouveaux postes d’emploi pour assurer une dynamique économique efficace». Il suffit pour s’en convaincre de voir, dit-il, «l’exemple de la France où l’impôt indirect est à l’origine de 60% des recettes fiscales puisque on fait payer aux citoyens indirectement une consommation ou l’usage d’un service donné. C’est le cas de la TVA imputée notamment sur les factures d’achats et reversée ultérieurement à l’Etat par celui qui la reçoit». Il explique que «donner la priorité à l’augmentation des salaires impliquerait, inévitablement, une hausse de la consommation et la dynamique économique n’en serait que plus efficiente. Car la revalorisation du pouvoir d’achat des salariés stimulerait la consommation et la demande interne, et donc l’emploi».
Soutenir les entreprises sous-traitantes
Selon le Dr Benyahia, «l’Algérie à toutes les capacités de relever ce défi, réussir à créer une économie alternative et multiplier ses exportations en matière de produits agricoles et agroalimentaires, de produits dérivés et de ciment qui sont les plus importants produits exportés cette année». Il fait, ainsi, savoir que «le pays a besoin de créer de grandes entreprises, tous secteurs confondus, qui devront être appuyées par des milliers de petites entreprises chargées de la sous-traitance, en partenariat avec des étrangers». Et pour arriver à arracher une part du marché externe, l’économiste estime nécessaire d’«avoir une diplomatie économique parallèle pour promouvoir les intérêts économiques du pays en utilisant les outils de la politique extérieure». Malek Laïdouni, économiste et ex-cadre au ministère de l’Industrie, affirme, pour sa part, que «la diversification de l’économie nationale se heurte à des conditions défavorables liées notamment à la bureaucratie». Pour augmenter le volume de la productivité et des exportations, il plaide pour «la restauration de la confiance en facilitant le processus de création de richesse de manière efficace et en soutenant les entreprises sous-traitantes». Cette dimension essentielle à la politique de développement a besoin, dit-il, «de la prospective qui devrait contribuer à mieux apprécier l’ampleur de l’effort à accomplir avant d’atteindre l’objectif des cinq milliards de dollars d’exportation». Il cite, à ce titre, l’exemple de la relance de l’industrie minière sur laquelle compte le gouvernement dans le cadre de sa stratégie de diversification économique. Pour lui, «ce secteur est assurément appelé à créer de la richesse et contribuer à augmenter le volume de nos exportations hors hydrocarbures. Il demeure, néanmoins, tributaire  du développement de l’activité de sous-traitance et de l’amélioration du taux d’intégration». Et pour rendre nos produits plus compétitifs sur le marché international, Laïdouni insiste sur «l’importance de mettre en place des centres techniques qui doivent travailler conjointement pour l’amélioration de notre base industrielle, en relevant le niveau de nos compétences dans les différents métiers». «L’expertise des sous-traitants est un gage de succès des différents projets de développement, d’où l’importance de l’élaboration d’une loi pour la promotion de ce segment autre que celle qui a été mise en place pour les PME.» Il recommande, dans ce sillage, l’«octroi de subventions aux entreprises sous-traitantes pour investir dans des centres d’usinage, dont la fabrication de la pièce détachée, et pourquoi pas créer une direction générale de la participation de l’Etat qui dépendra du Premier ministre».
Assia Boucetta