Dr Nadjia Chennit : «La mauvaise gestion des déchets, un risque pour la santé et l’environnement»

Dans cette interview, le Dr Nadjia Chennit, médecin généraliste, responsable du programme hygiène hospitalière au ministère de la Santé, revient sur la problématique de la gestion des déchets hospitaliers. Elle estime qu’une mauvaise gestion représente un risque pour la santé et l’environnement. D’après elle, le manque de civisme impacte fortement la gestion et aggrave les risques.

Pourriez-vous expliquer la mission de la Direction socio-environnementale ?
A la direction générale de la prévention et de la promotion de la santé, il existe une direction socio-environnementale qui comprend une sous-direction chargée de la prévention des risques liés à l’environnement et à l’alimentation. L’un des programmes phare de cette dernière, est l’hygiène hospitalière dont font partie les déchets d’activité de soins qui est une activité importante.
La direction, en collaboration avec le comité d’experts de prévention et de lutte contre les infections associées aux soins, ont procédé à l’élaboration de différents référentiels utilisés comme outils de base pour la formation et la sensibilisation dans ce domaine. Par ailleurs, la direction générale s’attelle à l’élaboration des différents textes réglementaires relatifs à la gestion de ces déchets et de son suivi.
Les déchets hospitaliers, ménagers ou industriels non traités ou valorisés représentent-ils un risque majeur pour la santé publique et l’environnement ?
C’est la mauvaise gestion des déchets qui représente un risque pour la santé et l’environnement. Par ailleurs, le manque de civisme impacte fortement le gestion et aggrave les risques.
S’agissant des déchets issus de l’activité de soins, le ministère a élaboré des textes de loi. Peut-on en connaître les grandes lignes ?
La gestion des déchets dans les établissements de santé est très bien réglementée (instructions, notes, directives nationales relatives à l’hygiène de l’environnement dans les établissements de santé publics et privés (fiche 33 du référentiel), sans oublier la collaboration avec le ministère de l’Environnement par le biais de son Agence nationale des déchets dans l’élaboration du guide national portant gestion des déchets d’activité de soins.
Néanmoins, il est nécessaire d’enrichir cette réglementation vu la diversité des risques dus aux différents déchets : chimiques, anatomiques, infectieux et nucléaires.  Pour une meilleure gestion des déchets, le ministère a organisé plusieurs sessions de formation. Il a fixé d’une manière générale la réglementation, et les établissements de santé organisent aussi à leur niveau des formations. La sensibilisation doit se faire d’une façon continue. Plus on réorganise des formations, plus le personnel est sensibilisé. Le nombre de campagnes de sensibilisation ne doit pas se limiter à une ou deux, mais doivent s’inscrire dans le temps.
 
Après ces formations, comment s’assurer du respect de cette réglementation ?
Toute formation est nécessairement suivie d’une évaluation qui permet aux formateurs d’estimer le taux de suivi des bonnes pratiques mais aussi de constater les faiblesses de la formation par rapport aux thèmes choisis et d’y remédier. Ces formations sont destinées à l’ensemble du personnel dans les différents établissements.
Selon l’Agence nationale des déchets, certains établissements de santé ne respectent pas la réglementation…
Il est probable que certains établissements enregistrent quelques insuffisances en matière d’application de la réglementation, notamment celle relative à la gestion des déchets. Néanmoins, dans l’ensemble, la réglementation en vigueur est respectée.
Quelles sont vos recommandations pour une meilleure gestion des déchets issus de l’activité de soins ?
Les déchets de manière générale restent une affaire qui concerne l’ensemble des citoyens. Cette méconnaissance du danger explique peut-être notre comportement. Il est grand temps de prendre le problème dans sa globalité et intégrer plusieurs secteurs dans la gestion de déchets. Le ministère de la Santé n’est qu’un réceptacle des conséquences de cette mauvaise gestion. L’épidémie de choléra vécue en 2018 est un indicateur édifiant de l’état de dégradation de notre environnement.
Entretien réalisé par Samira Belabed