Farid Khodja, Chafika Feghir et Zaki Mihoubi : Passion en notes et couleurs 

Trois artistes nous guident dans leur univers pour nous faire découvrir et partager leur amour de la musique et de la peinture.

Interprète du genre andalou, Farid Khodja confie, d’emblée, que sa pratique musicale se veut en même temps l’expression d’une passion personnelle et d’une vocation familiale. Pour lui, «la musique andalouse matrice de la musique chez nous est un art qui se doit d’être transmis aux jeunes générations».
«Je me sens investi de la mission de la pérenniser à travers mes concerts. C’est ma façon de participer à la sauvegarde mais aussi à la promotion de cet art, d’autant plus qu’aujourd’hui le patrimoine longtemps préservé comme dans un écrin subit, au contact d’autres cultures une forme d’altération», dit-il. Evoquant son parcours, l’artiste raconte qu’il fut séduit par le solfège dès son jeune âge. «Mon oncle Mohamed DziriKhodja était professeur de musique andalouse, et c’est auprès de lui que j’ai appris très jeune les premières gammes musicales», se souvient-il. Après avoir fréquenté des associations de musique à Alger, Khodja a beaucoup appris de ses deux maîtres, Mohamed Toubal et Mohamed Kheznadji, et des violonistes Noureddine Messaoudi, Farid Oudjdi, Mustapha Latrech et  d’autres. «Ils m’ont marqué par leur savoir musical, leur façon d’être, de se comporter avec les élèves. Ils ne se contentaient pas de transmettre un savoir mais ils nous initiaient en même temps aux choses de la vie et nous donnaient des leçons de civilité».
Le parcours artistique de la  peintre-plasticienne Chafika Feghirne connaît de limites que celles de  son imaginaire. A travers ses tableaux, elle livre un récit intime sur sa propre conception de l’art. Dans ses couleurs, il y a comme des partitions de musique, une rythmique tantôt joyeuse, tantôt mélancolique. Emportée, dès son jeune âge, par le courant artistique, la peinture était pour elle la manière la plus juste de percevoir le monde et de capter sa respiration
Utilisant une technique mixte, le peintre s’aventure dans l’imaginaire collectif pour retranscrire  le patrimoine national. «Je peins souvent les ruelles de la Casbah, les anciennes citadelles d’Alger ou encore l’ambiance d’antan», explique-t-elle . Selon Chafika, la persévérance et l’application dans le  travail sont les clés d’une belle œuvre. «Mon père me l’a inculqué. On n’a rien sans rien. Dans la peinture c’est pareil, il faut de longues heures pour réussir à maîtriser les techniques», proclame-t- elle. L’artiste avait mis sa carrière entre parenthèses pendant près de vingt ans, avant de repartir de plus belle. Elle a présenté ses œuvres dans plusieurs expositions, notamment à la salle Aïcha Haddad, la médiathèque d’Alger-centre et au Palais de la culture. Pour l’artiste, un tableau abstrait est un espace de liberté, où tout un chacun est libre se s’y promener à sa guise. «Il n’est pas important d’avoir des notions en art abstrait, ce qui l’est en revanche, c’est de pouvoir ressentir les émotions de l’artiste, de contempler l’œuvre en elle-même et de savoir l’écouter». Jeune musicien et interprète, Zaki Mihoubi aime voir s’ouvrir les horizons pour regarder plus loin. Selon lui, «la  musique ne constitue pas uniquement un legs  ancestral qui est en quelque sorte notre respiration quotidienne». «Elle se révèle comme un langage universel qui permet de transmettre ses émotions au public d’ici ou d’ailleurs», renchérit-il. Il rappelle le fou de rythme que «la musique a fait naître, la danse et même la transe, qui s’adressent directement à l’âme qu’elles secoue». Parlant de sa musique, il pense qu’elle lui ressemble parfaitement. Il la qualifie d’ouverte et électrique puisant  aux rythmes de gnawi et d’autres genres folkloriques. Amar Ezzahi, Maâllem Benaïssa, Cheb Hasni et Khaled ou encore Youcef Boukella furent ses maîtres. Le jeune artiste aspire à concrétiser bon nombre de projets mais reste à l’écoute de tout ce qui se fait et se produit sur la scène musicale.
Walid Souahi