Femmes artistes : Plus visibles et moins contraintes

En Algérie, la pratique artistique se conjugue de plus en plus au féminin. Chanteuses, comédiennes, peintres ou écrivaines, les femmes  sont désormais plus visibles et subissent moins de  contraintes.   

Le temps où embrasser une carrière pour une jeune fille  était comme  s’engager sur le chemin de la perdition s’éloigne. La plupart ont cessé de se cacher sous un pseudonyme, premier signe du changement. Il est très remarquable  sur les scènes ou aucun metteur en scène ne songerait à un homme pour incarner le rôle d’une femme. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à écrire, danser ou peindre.  La jeune slameuse et comédienne Sarah Fatima Zohra Boualem est moins enthousiaste. «Être artiste femme n’est pas toujours facile», dit-elle. «Nous vivons dans une société qui n’accorde pas une grande importance et ne valorise pas la création des jeunes», regrette-t-elle Selon elle, il «existe toujours une catégorie de gens qui considère la femme comme une  intruse dans l’univers artistiquecar selon eux elle transgresselescoutumes et tradition». « Celle qui habite les quartiers populaires est mal vue, souvent harcelée et injuriée au point que sa famille lui demande de laisser tomber». «L’artiste se bat constamment pour imposer ses choix», assène la slameuse.       Chanteuse  d’andalou, Lamia Madini qualifie la femme artiste de vraie combattante. Pour elle, il faut du cran et du courage pour bien gérer sa vie et concilier entre  travail, passion et vie de famille. Pour l’interprète de haouzi, «la  femme souffre moins  qu’avant car elle s’est imposée et a appris à dédaigner les esprits chagrins  et les qu’en dira-t-on». Lamia Madinia tenu à rappeler qu’une femme, de nature, par ses tenues et son art de cuisiner, incarne la culture d’un pays à qui elle donne des couleurs. Sihem Kenouche Aarafa, conteuse, reconnaît  que la situation de l’artiste algérienne s’est nettement améliorée depuis quelques années. «Son statut est  globalement bien défini, elle dispose d’une  carte professionnelle et s’implique dans  des projets. Elle rencontre quelques problèmes mais pas autant qu’avant», souligne t-elle. «Il n’y a ni homme ni femme dans le milieu de l’art et de la culture», assène la conteuse. Estimant qu’elle est la principale détentrice du  patrimoine, la femme, poursuit-elle, occupera de plus en plus d’espace sur la scène culturelle. Parlant de sa propre expérience, elle rappelle que c’est grâce à elle que les contes de sa  grand-mère ne sont plus entre les murs mais ont une seconde vie car ils revivent en dehors de leur cadre traditionnel. Et de continuer : «L’artiste algérienne fait un véritable travail de transmission mais aussi de création qui honore le pays dont elles sont des ambassadrices ». Pour toutes ces femmes, l’art est une activité comme une autre et l’image de l’artiste qui a honte de son métier n’a plus cours. Les filles sont de plus en plus nombreuses à rejoindre les écoles de formation artistique (Beaux arts, Ismas). Chacune  se sent l’égale à l’homme. Comme pour tout le reste.
Rym Harhoura