Yahia Mouzahem, (réalisateur à Bejaïa) :  «Le cinéma, une affaire d’amour et de sous» 

Invité dimanche des masters class organisés par la maison de la culture de Béjaïa, le réalisateur Yahia Mouzahem s’est  prêté volontiers à l’exercice de partage d’expérience et de connaissances au profit de jeunes stagiaires intéressés par une carrière dans les métiers du cinéma.

Même s’il a fait une légère incursion dans le monde des comédiens celui qui a porté la casquette d’assistant réalisateur et de producteur, pour des genres filmiques divers (fiction, séries, docu et publicité), c’est de son métier de réalisateur qu’il a parlé le plus en évoquant son expérience de terrain. Pas de théorie avec Mouzahem, qui a tenu à avertir l’auditoire que l’amour qu’on peut porter pour une carrière ne prémunit pas contre les difficultés ni les revers. «C’est un métier complexe», ne manque-t-il pas de répéter, avec un premier conseil à son assistance. Pour lui, chacun doit s’investir d’abord dans l’accumulation de connaissances à travers la recherche documentaire, aujourd’hui facilitée par les technologies modernes.
Le réalisateur de la série «Timoucha» n’a pas caché toutefois que la réalisation ou la production d’un film est avant tout une question de gros sous. «L’amour du métier c’est bien de l’avoir, mais ça ne mène pas loin sans un budget conséquent», assène-t-il. «Mais avant cela, poursuit-il, il faut déjà savoir dénicher le bon scénario, détecter celui qui a le potentiel de se transformer en film, à succès de préférence». « Il ne faut pas oublier qu’on travaille pour un public», rappelle-t-il, en précisant qu’il faut éviter dans un film de mélanger les genres (comédie, drame, action), en respecter les codes et ne rien mettre qui n’ait pas du sens. Autrement dit,  «le réalisateur se spécialise dans un genre  où il peut se faire un nom et gagner l’estime des producteurs. Il doit aussi bien choisir les comédiens qui vont camper les personnages et son équipe technique, et savoir lui communiquer l’énergie positive pour l’inciter à donner le meilleur et, surtout, éviter les défections nuisibles au bon déroulement du tournage», conseillera-t-il dans la foulée.
«Dans ce métier, a-t-il renchéri, il faut subir les tensions sans lâcher. L’engagement doit être sans faille. Notre métier est difficile parce qu’il est prenant par ses exigences et qu’il y a aussi derrière un enjeu financier considérable.» Pour les extirper du monde du rêve dans lequel ils sont encore, Mouzahem a rappelé à des jeunes attentifs que choisir une carrière c’est d’abord pouvoir en vivre. «Et parfois, il faut accepter des projets «alimentaires» pour tenir le coup», lance-t-il en riant. Cela ne l’a pas empêché, a-t-il avoué, de refuser un projet de série qu’il trouvait trop long. «Je n’aime pas le répétitif. Si je m’ennuie, je meurs !», s’est-il exclamé.
 Il a recommandé enfin à son auditoire d’éviter tout égo surdimensionné, de changer de métier avant d’être humilié si on n’a pas le talent et de disposer d’un carnet d’adresses bien garni pour être sûr de décrocher des contrats.
Ouali M.