Sid Ali Bensalem (président de l’Association 3e millénaire) : «Il faut honorer l’artiste de son vivant»

Il aime le TNA et tous les lieux où vivent et se produisent les artistes. Le responsable de l’association qui régulièrement organise des cérémonies d’hommage à ceux d’entre eux qui  vivent ces moments comme une résurrection nous parle de l’importance de la reconnaissance et de l’attention pour «les anciens»

Vous venez d’organiser un hommage après une longue hibernation…
C’est un grand soulagement. Nous revoilà de nouveau pour mettre en avant nos artistes, les plus anciens particulièrement. Au fait, je suis à mon quatrième hommage depuis la reprise des activités culturelles. L’absence a  pesé sur moi.    Les plateformes numériques et les réseaux sociaux furent certes, un outil de transmission, mais je préfère le contact direct entre l’artiste et son public. C’est cela  le plus important. Le programme de notre association se poursuivra. Rien ne changera, le public a besoin de retrouver ses artistes, mais il ne faut pas pour autant négliger les  mesures sanitaires pour assurer la santé de tout le monde. Personne ne peut faire fi de cet aspect. Les hommages répondent à une feuille de route bien tracée et l’organisation implique tous les artistes, mais aussi  les responsables de l’Onda et du TNA qui se sont pliés aux règles. Le changement verra la diminution du nombre de personnes qui seront autorisées à assister à nos activités.
Pourquoi se limiter aux  hommages ?
Pour faire remonter les anciens artistes sur scène, leur permettre de rencontrer leurs fans, et les rassurer. Leur bonheur est de savoir  qu’ils sont toujours dans nos cœurs et que leurs œuvres ne sont pas oubliées. Il est très difficile pour un ancien artiste de se retrouver écarté et  de sentir qu’il est oublié et marginalisé. Notre association est justement là pour prouver le contraire et entourer celui-ci d’affection. Il est très important de lutter contre l’oubli. C’est la raison qui explique pour quelles raisons nos activités portent essentiellement, sur l’organisation d’hommages aux artistes qui ont brillé à un moment donné.
Dans vos cérémonies  vous faîtes par contre  appel aux artistes jeunes  pour l’animation ?
Exactement. Chaque fois, nous invitons de jeunes  artistes, qui montent et qui font leurs  preuves sur la scène. C’est pour nous une façon de leur permettre d’évoluer en se produisant devant le public du TNA.    L’association de ce fait répond aussi à une de ses vocations qui est d’encourager et d’aider  les jeunes artistes. Elle se considère comme un lien, un espace de rencontre entre les générations pour la promotion de la culture algérienne dans toute sa richesse et sa diversité.
Vous côtoyez plusieurs anciens artistes qu’avez-vous à dire à leur sujet ?
Les artistes de l’ancienne école ont un style propre à eux et un cachet très particulier. Ils aiment l’art. Ils se sont construits dans un contexte d’adversité et ont donné le meilleur d’eux même pour faire connaître la culture algérienne dans toute son authenticité et sa diversité. Ils sont entiers et font les choses sans calcul.  Avec eux tout se passe bien. Ils ne demandent rien comme si leur seul objectif  est de répandre et de faire aimer l’art. Ils aiment le public, ils sont très actifs, voire  infatigables sur scène même à un âge avancé. Ils aiment surtout être sollicités et ne supportent pas d’êtres mis à l’écart. Ce qui est logique, d’où l’engagement de notre association à les faire remonter sur scène, leur permettre de renouer avec leur public.
Est-il possible de réunir les anciens et les nouveaux artistes dans un travail commun ?
Evidemment, c’est encore mieux. De la sorte l’ancien artiste continuera à travailler, et le nouveau sera merveilleusement bien encadré. Les anciens sont une véritable école et ont beaucoup de choses à offrir aux nouveaux comédiens, chanteurs et autres. C’est la continuité assurée.
Quels sont les obstacles rencontrés par l’association ?
Sincèrement, nous sommes très sollicités, mais  jusque là,  personne ne nous a posé de problème. Au contraire, tous les concernés nous aident et appuient notre démarche. C’est tout le monde qui s’y met lorsqu’il s’agit de rendre hommage aux anciens.
Peut-on connaître vos projets ?
Pour le moment, l’association s’en tient à sa mission qui est de lutter contre l’oubli. Par conséquent les hommages vont se poursuivre. Notre liste est bien pleine car des  femmes et des hommes  seront honorés en beauté au TNA au cours des prochaines semaines. Nous maintenons la formule de deux cérémonies par mois au cours desquelles quatre artistes remonteront sur scène. Les membres de l’association travaillent pour glorifier l’artiste de son vivant et ne pas attendre sa disparition pour pleurer et se lamenter. Il faut honorer l’artiste de son vivant.
L’association a même honoré des artistes arabes…
Tout à fait. Ce fut le cas  de la grande actrice Syrienne Mouna Wasef, il y a quelques années à l’occasion de la fête des mères.  Nous avons ensuite  accompli le même geste à l’égard de la défunte Madiha Yousri en présence, ce jour là, de la chanteuse Zakia Mohamed, qui l’avait sollicitée auparavant pour l’enregistrement de son clip de sa chanson «Oumi» qui avait connu un grand succès en Algérie et dans le monde arabe. On essaie de progresser, de créer une coordination et de tisser des liens avec tous les artistes algériens et étrangers.
Parlez-nous de votre expérience dans la réalisation ? 
J’ai réalisé et produit un feuilleton de 10 épisodes dont le titre est «Samahni». Celui-ci a été diffusé sur les chaînes de la télévision algérienne durant  le Ramadhan 2020. Il s’agit d’une histoire, qui traite notamment des problèmes d’héritage et d’autres maux sociaux. Un  grand nombre d’artistes connus comme  la défunte Nouria, Nadia Talbi, Saleha Kerbeche, NadjiaLâaraf, Anissa Mezaguère, Ouahiba Hadji, Abdelhamid Rabia, Abdelaziz Guerda, Djamel Bouneb, Madani Nâamoun et d’autres y ont incarné des rôles. Ce sont des comédiens de la belle époque qui travaillent au  théâtre et à la télévision. Le tournage a eu lieu dans la ville de Ténès dont les habitants sont d’une générosité exceptionnelle et leur accueil a été d’une exceptionnelle chaleur.
Qu’est ce que vous  inspire la célébration de la Journée nationale de l’artiste ?
On ne doit pas se contenter d’honorer l’artiste une fois par an. Celui-ci mérite plus qu’une journée, et doit être célébré tous les jours. On doit d’une part s’efforcer de se rappeler ceux qui nous ont quittés et, d’autre part, ne point oublier ceux qui sont encore en vie. Quant à la Journée nationale de l’artiste, elle ne doit pas être célébrée timidement encore moins expédiée comme s’il s’agissait d’une formalité. Elle doit permettre de mesurer les progrès et de régler les problèmes et de se projeter dans l’avenir. Cela ne servirait à rien  d’organiser de simples festivités, de programmer quelques représentations musicales et théâtrales et de croire que le tour est joué. Le plus important est ailleurs. Dans la  revalorisation des symboles artistiques algériens, la reconnaissance  pour  ceux qui nous ont procurés de la joie. Comment oublier ceux qui nous font rire et réfléchir, les compagnons des bons et mauvais jours ?
Entretien réalisé par Rym H.