Amer Ouali replonge dans les années 90  

Le livre de notre confrère : « Le coup d’éclat, de la naissance » exhume une période qui relève d’une histoire récente dont les protagonistes ont presque tous quittés la scène. Il conserve toutefois un lien avec l’actualité comme si les questions qui se sont posées à ce moment-là n’ont pas vraiment trouvé de réponse définitive.

Beaucoup de personnes évoquées ont disparu ou se sont éclipsés de la scène mais les noms d’autres surgissent encore au détour des événements qui rythment la vie  politique du pays. Ecrit sous la forme d’un journal, l’ouvrage s’ouvre sur le triomphe de l’ex-FIS aux élections locales de juin 1991 et le bras de fer que fut la grève que déclencha le parti islamiste qui faisait monter les enchères mais payera son entêtement par l’emprisonnement de ses responsables qui seront condamnés à de lourdes peines de prison. Il s’achève sur la tragédie de l’assassinat de Mohamed Boudiaf. Une année que le journaliste, alors au cœur des événements en sa qualité de correspondant local de  l’AFP, déroule comme une mémoire encombrée mais bien rangée pour y voir plus clair. On suit le fil des événements ou rien ne manque.  Ni l’atmosphère dans les quartiers d’Alger ni les différences d’appréciation de la situation  entre Chadli et l’armée ou les réactions des étrangers qui surveillaient la situation comme le lait sur le feu.  Les dates, les chiffres, les déclarations, Ouali a tout consigné presque au jour le jour. Nezzar, Chadli, Ait Ahmed, Ben Bella, Mehri,  Hamrouche, Ali Belhadj, Abassi Madani, Said Sadi, personne ne manque à l’appel.
Un parti d’une nature belliciste
Quand les événements s’accélèrent, notamment au cours de la quinzaine de jours qui précédent les élections du 26 décembre 1991 où la majorité des 430 sièges en jeu furent remportées par le FIS, l’auteur tend l’oreille et le stylo allant des mosquées Sunna et Ben Badis de Kouba fief des «Fissistes», aux salons feutrés où se déroulent conférences et tractations pour dénouer une crise complexe et dangereuse ou pour reprendre une expression de Sid Ahmed Ghozali, alors Chef du gouvernement, un douloureux paradoxe» .Au-delà des faits, Ouali ne perd jamais de vue l’aversion du FIS  pour les  valeurs  démocratiques et sa duplicité et son programme. Visitant une exposition où il est exposé, il qualifie le volet économique  de « populisme en fanfare». Le souci de ne rien oublier va de pair avec celui de rappeler que la démocratie ne servait  que de marche-pied à un parti  prêt à sacrifier des millions d’Algériens pour que triomphe Dieu dont il se dit et se croit dépositaire. De nombreux passages rappellent  sa nature belliciste et le processus qui mènera à sa dissolution puis à son recours à la violence avant la tenue des élections avortées.   Longtemps mise en doute, la fameuse exhortation de Mohamed Said à ses concitoyens «à changer leurs habitudes vestimentaires et alimentaires» est confirmée par Ouali qui se trouvait, le 27 décembre 1991, à la Mosquée El Arkam de Chevalley. A vrai dire, beaucoup a été écrit sur ces mois qui ont vu l’Algérie basculer dans l’incertitude politique puis dans l’horreur. Khaled Nezzar, Ali Haroun, Redha Malek, Sadi, Boukrouh, notamment qui étaient au cœur des événements, ont témoigné. Des journalistes, des romanciers (Boudjedra, Sari, Mimouni) se sont intéressés à cette séquence historique. Le grand mérite du livre de Ouali est de s’en tenir d’une manière rigoureuse aux faits mais sans oublier qu’il s’agit avant tout d’un tournant politique dont il faut tenter de comprendre le sens et en tirer les leçons.
Hammoudi R.