Le CNESE plaide pour un prix réel de l’eau

Les conclusions du dossier relatif à la révision des subventions seront présentées aux autorités avant la fin de l’année en cours, a indiqué, ce mardi, le président du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE),  Reda Tir.

Intervenant en marge d’une rencontre organisée sur le «stress hydrique», Tir a fait savoir que ce dossier, qui sera prêt d’ici à trois ou quatre mois, a fait l’objet d’un examen, associant syndicats, sociologues et spécialistes du CNESE, dans l’optique, a-t-il dit, de sortir avec des solutions consensuelles. Il a fait savoir que l’approche prône le passage d’une subvention des biens et des services à la subvention des revenus. Il s’agit, pour lui, de préserver l’intérêt du citoyen, mais également de rationaliser les dépenses publiques en matière d’eau, d’électricité, de gaz naturel et des télécom. «Il y aura une refonte générale sur de bonnes bases par rapport aux normes internationales», a-t-il précisé, soulignant que la révision des subventions vise aussi à mettre un terme au gaspillage, notamment d’eau. «La rationalisation de cette ressource est l’affaire de tous», a-t-il dit, appelant à l’optimisation  de l’exploitation des ressources souterraines.
L’expert, consultant international, le professeur Ahmed  Kettab, a relevé que la tarification de l’eau à sa juste valeur est un moyen d’optimiser et même d’augmenter la ressource, à travers de réelles économies pour tous. Il a rappelé que la revalorisation de la tarification n’a pas changé depuis 16 ans, alors qu’elle devait se faire de manière progressive pour qu’il n’y ait pas un impact brutal sur le revenu du citoyen. Citant, à titre d’exemple, l’eau produite par les stations de dessalement, le professeur a fait savoir qu’elle revient entre 150 et 160 DA le mètre cube au robinet de consommateur alors que la première tranche, inférieure à 25 m3 par  trimestre, est facturée à 8,65 DA le m3 depuis 2005. «Une augmentation juste de 1DA par et par mètre cube aurait donné un prix de l’ordre de 25 DA/m3/en 2021», a-t-il précisé. Kettab a noté quela révision de la grille tarifaire doit tenir compte du salaire minimum et des bas revenus, mais aussi des standards internationaux.
Des tarifs selon le volume de consommation
Ainsi, il propose un tarif solidarité eau en accordant gratuitement 9 m3 par trimestre à chaque citoyen, un tarif social de 21m3/trimestre à un prix très raisonnable, un tarif normal de 20m3/trimestre avec subvention de l’Etat et un tarif confort pour les consommations supérieures à 50m3. «Cette tranche de consommateur doit payer le prix réel de l’eau de telle sorte à garantir équité et justice, de mettre à contribution les grands consommateurs d’eau et surtout d’éviter le gaspillage de cette ressource rare», soutient-il. L’agriculture, grande consommatrice d’eau(70%), devra s’inscrire dans cette catégorie. Dans ce sens, l’expert estime qu’une stratégie nationale devrait se fonder sur la valorisation des eaux épurées et des quantités des eaux dessalées à travers aussi le confortement des infrastructures avec la construction de nouveaux barrages et de stations de dessalement.  Dans cette perspective, il a souligné l’impératif d’adopter une charte nationale consensuelle avec la révision de la loi sur l’eau.
En se référant à un classement établi par l’Institut mondial des ressources en eau, le Pr Kettab a fait savoir que sur 164 pays souffrant de stress hydrique, l’Algérie est classée à la 29e place, se situant ainsi dans la catégorie rouge des pays au stress hydrique «élevé».  Selon des données pluviométriques, le déficit est de plus de 20% à l’Ouest et entre 12 et 13% dans le reste du pays. La moyenne globale de remplissage des barrages est de 44%.
Wassila Ould Hamouda