Vacances d’été : L’appel de la plage

A la veille d’un été qui s’annonce très chaud, les estivants ont du mal à organiser leurs vacances. Les raisons sont multiples, mais la crise sanitaire est passée par là, mettant à genoux un tourisme qui n’affichait pas déjà une grande forme. Les Algériens n’ont pas l’intention de laisser filer un second été dont ils subissent encore les désagréments. Ainsi, le cap est mis sur le littoral où des millions de personnes sont attendues par des hôteliers en quête de redressement et des voyagistes qui jouent des coudes. Mais à quel prix et pour quel confort ? Nos journalistes ont mis leurs shorts et maillots pour mieux éclairer le lecteur. Décryptage.

Parler du tourisme balnéaire en Algérie, c’est soulever un discours sur une activité qui nécessite une véritable planification. Les deux années presque de la pandémie ont engendré un réel recul de ce tourisme. Partout les sites balnéaires ont été agressés par une urbanisation anarchique sans foi ni loi. Notre façade maritime avec ses plages attire toutes sortes d’activités qui génèrent des rejets d’industries non appropriés et multiplient les risques d’une urbanisation anarchique, l’amenuisement des espaces naturels et agricoles et surtout les méfaits de l’érosion hydrique. Malgré la mise en place de la loi 02-02 février 2002 relative à la protection de l’environnement durable des zones côtières pour, entre autres, le reboisement et la construction des ouvrages de correction torrentielle, nos cités balnéaires demeurent encore «défigurées». Et pour cause, il s’agit d’un lieu d’activités humaines, mais aussi de concentration des pollutions. Les villes côtières subissent et nul ne peut le nier un processus d’urbanisation intense. Celui-ci est imputable à la fois au déversement démographique des grandes villes côtières, au développement du tourisme sous la forme principalement de résidences secondaires et à la dynamique d’aménagement touristique impulsée par l’État. Pourtant, le tourisme balnéaire peut être la colonne vertébrale du tourisme algérien. Un important programme et une grande importance ont été accordés à ce tourisme littoral. Selon un cadre du secteur, «au lendemain de l’indépendance, l’Algérie hérita des capacités de production évaluées à quelque 6.000 lits dont 50% relève du balnéaire. Et face aux flux d’estivants, le gouvernement a misé sur ces villes côtières avec la réalisation de nombreuses infrastructures». Selon ce spécialiste, cette politique s’est traduite en particulier par la construction des complexes touristiques balnéaires, destinés à une clientèle étrangère ayant un pouvoir d’achat élevé, localisés sur la côte à l’ouest d’Alger (Moretti, Zéralda, Tipaza, Sidi Fredj) et dans les régions à haut potentiel touristique comme Oran (Les Andalouses) ou Bejaïa (Hammadites). Cependant et comme le littoral est le principal milieu récepteur du tourisme balnéaire, le groupe Hôtellerie tourisme et thermalisme (HTT) a lancé de nombreux projets visant à moderniser ses infrastructures et villages touristiques à coup de milliards de dinars. Or, dans cet espace littoral, des contraintes peuvent surgir et des urgences s’imposent pour la prise en charge de ce milieu naturel fragile, rare et très convoité puisqu’en Algérie, le tourisme balnéaire est le plus recherché et son succès réside dans l’application de nouvelles politiques sur toute la façade littorale, estimée à 1.600 km, soit de Marsat Ben Mhidi à El Kala. Le littoral est, donc, un espace convoité ; la concurrence sur l’appropriation de son foncier et l’exploitation de ses ressources inquiètent l’équilibre de ses écosystèmes. La valorisation de ses alternatives pour le développement de l’activité touristique balnéaire s’est faite dans le cadre d’une vision socioéconomique sans prendre en considération la question paysagère ou environnementale.De l’avis des spécialistes, «la prise en charge de l’élément naturel dans l’aménagement touristique n’a commencé que vers le début des années 2000, mais la mise en œuvre des recommandations exprimées par les différents instruments reste difficile».

 

Mohamed Medjahdi