Nacer Djarane : «La situation de l’artiste est difficile»

Natif de TiziOuzou, Nacer Djarane vit en France. Sa jeunesse a été bercée par des artistes comme Idir, Matoub, Ait Menguellet, Djamal Allam. C’est dans sa ville qu’il débute dans la chanson en compagnie de jeunes de son âge  dans le  groupe «Thiziri» (Clair de lune). En 2000, il commence à compose ret écrire ses propres chansons et sort plusieurs  albums «Thibura» (Les portes), «Anroh» (Nous partirons) et «Pas de problèmes». Il chante sa Kabylie et  donne la voix à sa  jeunesse laissée-pour-compte. Djarane se veut aussi la voix de la nouvelle génération d’artistes immigrés qui ont choisi l’éloignement pour donner libre cours à leur inspiration. Alliant rythmes et belle poésie, son dernier produit est un single en hommage à Idir. Sorti au début de l’année en cours, il y chante la grandeur de l’artiste, un des  pionniers de la musique moderne algérienne. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et sur la situation de l’artiste, en Algérie ou ailleurs.

Quand et comment a commencé votre aventure artistique?
Tout a débuté dans les années 90.Jefréquentais la maison de jeune de la Carrière (quartier de Tizi Ouzou). Après, j’ai atterri à la maison de la culture qui fonctionnait à plein régime avec Sid-Ahmed Agoumi.  Dans les années 90 est né le groupe «Thiziri» avec le chanteur Ali Bouchiker, Mouh Halata, Tahar Merad et d’autres musiciens avec qui j’ai fait quelques spectacles en tant que chanteur. Comme j’aimais composer, j’écrivais sur  tout ce qui se rapporte à l’actualité, au quotidien, à l’histoire, la culture et aux événements. Au début des années 2000 j’ai composé mes propres chansons. Malheureusement, en ces années noires tout est resté au fond du tiroir. En 2006,j’ai décidé de m’installer à Paris. Comme j’aimais bien m’exprimer et ne pas rester  dans l’indifférent, en 2013 j’ai sorti mon premier album Tiboura où différents thèmes relatent notre vécu.
Vous êtes installé en France. Sur le plan artistique que vous apporte cet exil ?
L’exil m’a permis de voir l’Algérie, vue sous d’autres angles et vivre le quotidien de notre émigration avec ses joies et ses douleurs. Je m’en suis inspiré notamment dans la chanson (Tamdanit) qui a eu beaucoup de succès et dans  (Anroh).
 
Comment vivez-vous cette période de pandémie ?
La pandémie je la vis entre mon  travail et mon foyer. Le  reste du temps je me consacre à la musique et à la composition. J’ai profité de cette période pour produire un single en hommage au regretté et grand Idir, qui nous a énormément éclairé. A travers lui, je rends hommage à tous les grands artistes comme Matoub, Imazighen Imoula, Ait Menguellet, Djamel Allam, qui nous ont bercés et contribué à l’éveil de générations entières.
On constate souvent un contraste entre le choix de vos  musiques, plutôt festives, et vos textes qui expriment des sujets sociaux délicats comme l’émigration, la situation de la jeunesse et aussi la male-vie parfois. Pourquoi ce décalage ?
En clair, mes chansons ne sont pas un projet de chanson c’est plutôt un instantané, un vécu, un témoignage. C’est une simple poésie populaire. Derrière, il ya de la recherche pour mettre la chanson à la portée de tous les auditeurs. Maintenant la musique et le rythme priment sur le texte et la poésie. Donc il faut aller chercher cette touche pour passer les messages. En effet ce qui m’intéresse c’est la création je reste dans ma signature avec l’idée d’un nouvel album qui va apporter de nouvelles idées et couleurs.
Quelles sont les difficultés auxquelles se trouve  confronté un artiste ?
En Algérie ou en France, la situation de l’artiste reste difficile sans revenus et sans  spectacles. C’est quasiment le chômage. Par le passé, un chanteur créait  et chantait et  le producteur ou le manager  s’occupait du reste (production et programmation).De nos jours, les choses ont complètement changé. Le chanteur est livré à lui-même et se retrouve son propre producteur. C’est un travail difficile pour rentrer dans ses frais. Cela a d’abord pour effet de diminuer la qualité de son travail. L’organisation de galas devient coûteuse et il n’y a presque plus de vente de CD et les plates formes comme I.Tune ou YouTube qui paient peu. C’est la totale avec la pandémie qui a tout bloqué. J’espère seulement que les choses vont s’améliorer.
Propos recueillis par Hakim Metref