La société civile ne peut remplacer les partis politiques

«Dans le monde entier, le mouvement associatif n’a jamais remplacé la classe politique. La prise de pouvoir n’a jamais été inscrite dans son ADN contrairement aux formations politiques dont l’objectif est justement d’accéder au pouvoir et d’appliquer leurs programmes politique, économique et social», a relevé hier,  l’ancien membre du Conseil constitutionnel, Amar Rekhila, lors du forum du quotidien El Wassat.

Pour preuve, le constitutionnaliste rappelle que les pouvoirs publics après la faible mobilisation autour du référendum sur la Constitution ont constaté que les associations ne peuvent se substituer à la classe politique. D’où les concertations engagées par le Président de la République en direction des partis en perspective des législatives. Dans ce sillage, la professeure en droit constitutionnel, Fatiha Benabou, a évoqué le nouveau code électoral, estimant qu’il est davantage politique que juridique. «D’une part, le scrutin qui se base sur la majorité au Parlement  à un tour ou deux tours, favorise les assemblées élues dont la composante sera issue de deux à trois  partis qui ont des relais sur tout le territoire et évince de facto les petites formations. D’autre part, le scrutin  proportionnel n’est pas également idéal. Les assemblées seront hétéroclites et de fait ingouvernables. Alors, la formation d’un gouvernement sera difficile», prédit elle. Mais Amar Rekhila a soutenu que les anciens partis qui avaient la majorité à l’APN reviendront par la grande porte. Comment ? «Le FLN et le RND ont des représentants dans chaque commune du pays. Ils ont les moyens humains de fabriquer des listes. Leurs relais respectifs se chargeront de mobiliser l’électorat, ce que ne peut pas faire les petites formations dont la présence est minime», a-t-il expliqué. A une question sur la place des jeunes dans les assemblées élues, Rekhila s’interroge sur leurs capacités à apporter plus à la collectivité. «Un jeune diplômé fraichement sorti de l’université, sans expérience dans aucun domaine ou formation politique, ne peut pas prétendre comprendre ou contribuer à rendre la vie meilleure aux citoyens. Dans la vie, tout s’acquiert après la pratique et la présence sur le terrain. Par exemple, dans le Sud, les notables possèdent une grande expérience et apportent des solutions aux multiples problèmes sociétaux», souligne-t-il.

Evoquant la tenue des élections communales à la même date que les législatives, Mme Benabou a estimé qu’aucune loi ne stipule la dissolution des assemblées élues locales. «La Constitution confère certainement au Président de la République le droit de dissoudre l’APN, mais en aucun cas, les APW et les APC. Cette démarche intervient seulement quand une assemblée élue est confrontée à un blocage et l’empêche de fonctionner», a-t-elle fait savoir.

Karima Dehiles