Les perdants du scrutin : Rebondir ou disparaître

Treize partis seulement siégeront au sein de la chambre basse du Parlement issue des élections législatives du 12 juin dernier. Les autres formations politiques considérées comme perdantes ne composeront pas le staff de la neuvième législature.

Quelles seraient leurs futurs plans pour rebondir ? Au-delà des circonstances électorales, ont-elles des chances de s’imposer autrement ? Le politologue Moussa Boudane est convaincu que les listes défaillantes cette fois-ci se doivent de rattraper le coup en dépassant notamment «les intérêts étriqués et l’individualisme ayant durement pénalisé les candidats». «Beaucoup de postulants aveuglés par l’ambition ont fait preuve d’égoïsme. Au lieu de se concentrer sur le citoyen, ils ont préféré agir en solo au détriment de leurs confrères figurant sur les listes indépendantes. Qu’on le veuille ou pas, les partis politiques ayant triomphé ont des bases populaires solides. Qu’elles soient saines ou malsaines, elles sont là pour les soutenir vaille que vaille. C’est le mal d’autres partis en manque d’électorat. Le FLN, le RND, le MSP, El Moustakbal et El Binaa ont des bases constantes, il faut le dire», affirme notre interlocuteur.
Ce dernier pense que de nombreux facteurs ont participé à ces résultats dont «l’abstention électorale et la rue, laquelle n’était pas prédisposée à voter compte tenu des conditions politiques et sanitaires actuelles». En attendant la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel, Boudane confirme que le jeu électoral est complexe. Il implique, selon lui, «de l’expérience, de l’ancrage populaire, et surtout des arguments et des moyens de conviction». Il appelle les partis n’ayant pas réussi cette épreuve à redoubler d’efforts afin d’améliorer leurs prestations électorales, et les prochaines élections locales sont à saisir.
Des partis s’expriment
  Djamel Benabdselam, secrétaire général du Front de l’Algérie nouvelle ayant arraché qu’un seul siège au sein de la nouvelle Assemblée, refuse de parler de déception. « Le seul tort de notre formation est le fait de ne pas avoir pu résister à la fraude. C’est une réalité amère. Nous sommes restés impuissants face aux manœuvres malsaines. Nous agissons avec la morale, alors que d’autres usent d’autres moyens pour gagner», regrette-t-il. De ce fait, il  rappelle que son parti n’existe pas uniquement lors des circonstances électorales. A ses dires, «ce n’est pas la fin du monde. Le combat continu pour réformer l’Etat et ses institutions». Habib Brahmia, chargé de communication du parti Jil Jadid ayant glané aussi un seul siège à l’issue des dernières législatives, avoue, quant à lui, que le scrutin du 12 juin n’a pas abouti aux résultats escomptés et son parti a convoqué d’ailleurs plusieurs réunions pour évaluer les conséquences de cette élection électorale. «Ce fut une expérience très instructive pour le parti. Nous avons discuté des bonnes démarches qu’a entreprises Jil Jadid, mais aussi les choses qu’il a peut-être ignoré surtout la question relative à la gestion du jour du scrutin. Nous avons l’impression d’avoir été moins bons sur ce qui a trait surtout à la surveillance des bureaux de vote. Il ne faut pas omettre aussi que nous avons des difficultés financières, car le parti est alimenté uniquement par les subventions de ses jeunes militants», explique-t-il avant de faire savoir que pour l’avenir, «son parti devra continuer à défendre son projet de la manière la plus politique qui soit». Il annonce la reprise des réunions du conseil scientifique et la structuration du parti au niveau local, et ce, tout en préparant les prochaines élections communales. Yazid Benaïcha, secrétaire général du Mouvement Ennahda qui ne siégera pas dans la nouvelle Assemblée, cache mal quant à lui son désarroi. Il jette son dévolu sur plusieurs causes ayant empêché, d’après lui, son parti d’atteindre ses objectifs. «Il existe des raisons légales, des motifs externes et internes au parti qui ont fait qu’Ennahda régresse dans cette élection. Je pense que l’opération électorale a échoué, car elle a été entachée encore une fois par des dépassements. Les anciennes pratiques sont toujours là et l’Autorité nationale indépendante des élections n’a pas été à la hauteur. Les résultats de ce scrutin ne traduisent pas la volonté populaire et l’abstention en est une preuve éloquente», dénonce-t-il avant de reconnaître que son parti a aussi une part de responsabilité, puisque il n’a pas réussi à convaincre les citoyens à aller voter, et ce, en plus de son incapacité à satisfaire aux conditions exigées dans le cadre de l’élaboration des listes électorales. Benaïcha indique que la parité et tant d’autres conditions ont constitué des difficultés pour le parti.
Karima Alloun