Pr Mustapha Khiati, président de la Forem : «La sensibilisation des parents, un impératif »

Depuis que les smartphones ont envahi les foyers algériens, les parents s’inquiètent sur la nocivité des ondes sur la santé de leurs progénitures, et des dangers collatéraux de la toile. Le Pr Mustapha Khiati, président de la Forem apporte des réponses à ces questions et évoque l’âge idéal pour offrir un téléphone portable à son enfant.

Aujourd’hui, la plupart des adolescents, voire même des enfants de bas-âge passent un temps fou face à l’écran. Les parents ont-ils raison de s’inquiéter ?
Le sujet fait effectivement débat au sein de la famille depuis quelques années déjà.  L’utilisation excessive de l’écran empêcherait l’évolution du cerveau de l’enfant. Se basant sur une étude faite sur des enfants âgés de moins de 15 ans, des chercheurs américains ont prouvé en 2018 que les enfants abusant des écrans auraient un cortex prématurément aminci; en d’autre termes, cela compromettrait le développement du cerveau. Bien évidemment, cela engendrerait plusieurs troubles, comme le manque d’inattention et la baisse de capacité cognitives, notamment.
Justement, la plupart des parents évoquent la baisse de l’acuité visuelle chez leurs enfants suite à l’utilisation exagérée des smartphones…
En fait les conséquences sur la santé de l’enfant sont multiples, mais c’est le cerveau qui en pâtît le plus. La lumière bleue dégagée des écrans favoriserait la destruction des cellules de la rétine qui sont essentielles à la vision. Ces  cellules ne se renouvellent pas. Un usage abusif et incontrôlable des écrans peut également avoir un retentissement majeur sur la santé, entraînant différents problèmes. Il a été prouvé que les enfants qui restent plus de 3 heures par jour scotchés à un écran ont de moins bonnes capacités cognitives que ceux dont l’exposition est plus limitée. Les hyper-connectés souffriraient, par ailleurs, de troubles musculo-squelettiques, d’obésité, d’anorexie… La sédentarité, associé à une alimentation déséquilibrée, augmente significativement le risque cardiovasculaire. Les activités nocturnes sur écrans peuvent, en outre, empiéter sur le temps de sommeil, qu’à long terme, peut dérégler le rythme biologique et générer un épuisement et une fatigue chronique.
Comment identifier la dépendance de l’enfant à l’écran ?
Les signaux alarmants sont souvent traduits par la perte de concentration, avec une émergence d’irritabilité, de frustration et de colère quand la personne ne peut plus accéder à son jeu. Il y a aussi l’isolement. Les hyper-connectés tendent à se replier sur eux-mêmes, à se couper du réel pour se réfugier dans le monde virtuel. Ils se désintéressent complètement du monde extérieur, de leurs proches. Ils évoluent dans un monde irréel, les écartant progressivement de leur monde réel.
A votre avis, quel est l’âge idéal pour offrir un téléphone portable
à son enfant ?
L’académie de pédiatrie des Etats-Unis, tout comme l’académie canadienne, ont émis une série de recommandations quant à l’usage de l’outil informatique. Il est conseillé de ne pas exposer les enfants de moins de deux ans aux écrans, de limiter à une heure par jour pour les enfants entre deux et cinq ans, et pas plus de deux heures entre six et onze ans, mais toujours avec le contrôle parental. Le problème qui se pose, c’est que l’enfant a besoin de stimulation avant l’âge de 5 ans et le fait de le mettre devant l’écran le rend passif. Il reçoit les informations sans pouvoir y participer.
Quelles sont les méthodes que vous préconisez afin de limiter la dépendance des enfants aux jeux électroniques et autres ?
J’estime qu’il y a un réel décalage entre  générations. C’est-à-dire que notre génération qui n’a pas connu cet engouement pour l’outil informatique a tendance à minimiser son impact. Cependant, la nouvelle génération qui a été bercée par ces nouvelles technologies aune autre vision des choses. Il faut sensibiliser de plus en plus les parents et non les enfants. Les parents ont les clés et peuvent prendre les bonnes décisions. Il ne faut pas se tromper de cible. La toile est entre les mains des parents.
Entretien réalisé par Samira Azzegag