Exportation des produits de terroir : La bureaucratie inquiète les opérateurs économiques

Les produits du terroir ont un avantage concurrentiel à l’exportation et pourraient constituer une valeur ajoutée pour l’économie nationale. L’insertion d’une centaine de produits de terroir, recensés jusque-là, dans le marché international est ainsi devenue impérative.

Certains ont déjà fait l’objet de labellisation, dont la figue sèche de Beni Maouche (Béjaïa), les dattes «Deglet Nour» de Tolga et le fromage traditionnel «Bouezza» d’Oum El Bouaghi, alors que d’autres attendent toujours la décision de reconnaissance comme étant des produits potentiellement labellisables, à l’image de l’olive de table «la Sigoise» de Mascara. Leur identification révèle l’originalité et une typicité qui leur confèrent une certaine réputation pour être des produits d’un territoire donné. Et les faire connaître à l’externe pourrait contribuer à protéger le patrimoine national, le savoir-faire algérien et une meilleure rémunération des artisans. Dans ce cadre, le ministre du Commerce vient d’autoriser les opérateurs économiques actifs dans le domaine des produits  agroalimentaires dérivés à exporter les produits du terroir, selon le mécanisme du régime douanier «admission temporaire, en vue d’améliorer la fabrication dans la production et l’étiquetage». Une démarche qui doit, selon le président de la Chambre de commerce et d’industrie Mezghana (CCIM), «être précédée par une vulgarisation de la liste de ces produits afin de mieux les faire connaître à l’interne, tout en déterminant les critères de leur identification pour pouvoir les valoriser auprès du consommateur». Pour Mohammed Zeghda, «assurer une traçabilité et une classification à un produit procure à un savoir-faire et à une qualité une reconnaissance technique».  L’exportation doit, dit-il, «être une action commerciale prise en charge par les opérateurs économiques loin des tracasseries administratives». Or, déplore-t-il, «l’opération économique demeure otage des procédures administratives, alors qu’elle devrait être gérée par l’offre et la demande du marché». Et puis, renchérit-il, «nous avons besoin de mettre en valeur nos produits d’abord sur le marché local pour qu’ils soient aussi attrayants que ceux importés de l’étranger». D’ailleurs, «le département du Commerce devrait imposer un système d’emballage aux normes internationales et le réglementer pour qu’il devienne une obligation lors de la vente des produits, toutes catégories confondues», plaide-t-il. Il est important, selon lui, «d’offrir au consommateur algérien la même qualité d’exposition du produit que ceux destinés à l’exportation pour amener les importateurs étrangers à s’intéresser à la production nationale».
L’exemple turc
Le PDG du groupe ABD Invest, spécialisé dans le conditionnement et l’exportation des produits agricoles, estime, pour sa part, que «les formalités, les procédures douanières, ainsi que les difficultés relatives à la logistique doivent sérieusement être prises en charge». Abdelhak Bousbia affirme qu’«il n’est plus possible pour les exportateurs de valoriser leur activité en l’absence de mécanismes et d’une réglementation stable et flexible qui garantirait les intérêts aussi bien des exportateurs que du Trésor public». Car, explique-t-il, «c’est au marché de déterminer les produits demandés à l’externe et qui pourraient constituer une plus-value à l’économie nationale».
Pour s’en convaincre, il cite «l’exemple de la Turquie qui a réussi à placer sa production nationale sur le marché extérieur à travers la libéralisation de l’acte d’exporter». Le PDG d’ABD Invest insiste sur la nécessité de «libérer l’économie nationale de la bureaucratie administrative pour que l’exportateur puisse élaborer une stratégie d’exportation à moyen et à long terme, et investir en conséquence». D’après lui, «il est inutile d’attendre l’autosuffisance du pays vis-à-vis d’un produit pour procéder à son exportation. On n’exporte pas l’excédent de la production locale, puisque les clients potentiels ont des exigences que le producteur et l’exportateur sont tenus d’assurer». «L’exportation est, avant tout, une stratégie à mettre en place, à commencer par l’étude des besoins du marché ciblé, avant d’entamer la production selon les quantités et les qualités demandées.»
Assia Boucetta