Position algérienne : Une doctrine constante et ferme

La politique extérieure de l’Algérie vis-à-vis de la crise libyenne demeure immuable depuis la chute du colonel Mouammar El Kadhadi. Elle a, toujours, prôné une solution politique et a, à maintes reprises, affirmé son refus à toute forme d’ingérence étrangère dans ce pays voisin, conformément au principe du non-interventionnisme adopté depuis l’indépendance.

Cette doctrine constitue une valeur fondamentale de la diplomatie algérienne qui défend le principe de la souveraineté des pays et leur indépendance politique. Une conjonction clairement assumée par les hautes autorités qui ont refusé l’implantation de bases militaires étrangères sur notre sol. Le soutien indéfectible de l’Algérie à la résolution pacifique de ce dossier a fait d’elle un médiateur incontournable dans ce conflit qui offre un terrain propice à toute forme de trafic menaçant la sécurité de toute la région. «La solution en Libye ne sera pas militaire», a déclaré le président de la République qui a, dans ce contexte, assuré que «l’Algérie se tenait à égale distance de toutes les parties impliquées dans ce conflit». Dans cette posture permanente de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, Abdelmadjid Tebboune a également précisé que «la solution est exclusivement inter-libyenne», considérant qu’«il était impératif d’impliquer toutes les parties libyennes dans le processus de règlement». Une position qui est à même d’assurer un règlement définitif de la crise, ne laissant aucune brèche aux différentes parties rebelles qui pourraient à l’avenir décider de retourner à la rébellion ou à l’action armée une fois le processus de paix enclenché. Bénéficiant d’un soutien régional et international, celles-ci laissent souvent planer le spectre de la division et le doute sur la réelle volonté du gouvernement actuel à organiser des élections, d’où la résurgence ces dernières semaines de nouvelles opérations militaires.
Approche plausible
Devant la fragilité et la complexité de la situation, l’approche algérienne s’avère la plus plausible. Elle s’explique par le besoin de limiter les menaces qui pèsent sur l’autorité internationalement reconnue à Tripoli pour éviter une autre escalade. Ce qui a été, d’ailleurs, réaffirmé par le président de la République lors de sa rencontre, la semaine dernière, avec les vice-présidents du Conseil présidentiel libyen, Moussa Al-Koni et Abdullah Al-Lafi, en visite à Alger. Tebboune avait ainsi déclaré que «le soutien sans limite de l’Algérie aux frères libyens pour la construction de l’Etat libyen est à même de préserver sa souveraineté et son unité», réitérant «la disposition de l’Algérie à abriter les rencontres de réconciliation nationale, en réponse aux demandes des frères libyens». Avec une politique étrangère aussi claire que constante, l’Algérie ambitionne de parvenir à la normalisation politique, sécuritaire et institutionnelle de la situation dans ce pays partagé, depuis dix ans, entre deux autorités rivales qui luttent pour le contrôle des ressources naturelles et notamment pétrolières. Le vice-président Abdullah Al-Lafi semble parfaitement adhérer à cette démarche et dit attendre de l’Algérie qu’«elle puisse nous aider lors de la prochaine période en vue de passer l’étape des élections prévues à la fin du mois de décembre prochain». L’achèvement du processus constitutionnel se heurtait, jusque-là, aux composantes de la société libyenne. Des divergences persistent, ainsi, sur notamment l’unification des forces de sécurité divisées entre Tripoli, Benghazi et Tobrouk, le rôle des groupes sociaux et la forme de l’Etat à mettre en place. Mais la participation pour la première fois du gouvernement de transition à la conférence internationale sur la paix en Libye à Berlin est considérée comme un signe positif pouvant conduire à une stabilisation durable du pays. Le rétablissement de la situation passe, néanmoins, par de nombreux défis politiques que cette conférence tentera de surmonter, en décrochant un accord définitif sur la tenue simultanée des élections présidentielle et législatives avant la fin de l’année en cours.
Assia Boucetta